Pétrole : vengeance posthume des dictateurs ?

La Révolution Islamique Iranienne de 1979 s’était accompagnée d’un arrêt complet et immédiat de la production pétrolière de ce pays. En fait, ce n’est que très progressivement que la production pétrolière devait se rétablir puisque, de 5’750’000 barils par jour avant l’éviction du Shah, elle atteignait péniblement 2’250’000 barils un an plus tard, c’est-à-dire en 1980. Les tarifs pétroliers furent bien évidemment affectés par cette interruption subite conjuguée à cette extrême tension géopolitique puisqu’ils devaient grimper de 14.90 dollars le baril en 1978 à 25.10 en 1979 avant d’enregistrer des prix à 37.20 l’année suivante en 1980.
Ces prix nous semblent peut-être relativement insignifiants eu égard aux niveaux actuels du baril mais, en tenant compte de la variable inflationniste, les tarifs pétroliers de 1979 étaient autour de 75 dollars et ceux de 1980 autour de 99, exprimés en dollars d’aujourd’hui ! Tout choc pétrolier arrivant avec son lot de problèmes macro économiques et de tourmentes financières et sociales, les effets de celui-ci se déclinèrent en une accélération du chômage comme de l’inflation avec, à la clé, des cours de l’or qui devaient atteindre leur plus haut niveau historique et des taux d’intérêts américains poussés par la Président de la Fed de l’époque Paul Volcker jusqu’à … 20% !
Comparée à l’Iran qui comptait en son temps à hauteur de 5% dans la production globale de pétrole, la Libye fait aujourd’hui figure de nain car elle produit tout au plus 2% du pétrole mondial, soit à peine 1.8 millions de barils par jour par rapport à 84 millions de barils extraits au niveau international. Pourtant, s’il faut à l’évidence se réjouir pour la démocratie et pour les libertés qu’il annonce, ce printemps des peuples arabes – que d’aucuns comparent au 1848 européen - et qui essaime depuis la Tunisie jusqu’à l’Egypte en passant par la Libye, par Bahreïn, par l’Iraq et peut-être prochainement par l’Arabie Séoudite (qui ne manquera pas d’être contaminée par le Yémen), aura de sérieuses répercussions sur la production et sur l’acheminement du brut.
Les prix pétroliers avaient en effet, en même temps que ceux des denrées alimentaires et des matières premières, déjà entamé leur progression préalablement à ces évènements d’Afrique et du Moyen-Orient et ce sous l’impulsion directe de la politique US des baisses de taux quantitatives consistant à injecter dans l’économie des centaines de milliards de dollars. La chute programmée et inévitable du dictateur libyen sera – à n’en pas douter – suivie d’un prochain domino jusqu’à ce qu’un morceau de choix comme les Emirats Arabes Unis ou l’Arabie Séoudite ne soit le catalyseur d’une hausse incontrôlable des tarifs pétroliers. Car ces révolutions arabes, qui s’accompagneront forcément de climats économiques et sécuritaires défavorables à une production régulière, propulseront les cours du baril vers de nouveaux sommets historiques.
Préparons-nous donc à un nouveau choc pétrolier aux conséquences nettement plus dévastatrices que les précédents car, alors que les politiques monétaires de la Réserve Fédérale américaine étaient plus ou moins responsables et défendables lors des précédents épisodes, la conjoncture actuelle présage du pire. En effet, tandis que le chômage US était de l’ordre de 5% en 1979 et que les endettements publics du pays y étaient inférieurs à la moitié du P.I.B., le monde aborde aujourd’hui ces nouveaux périls avec une situation autrement plus catastrophique puisque le chômage américain est supérieur à 9% et que le déficit fédéral US se situe – avec ses 1’600 milliards de dollars – proche de 100% du P.I.B. du pays…
A quoi devons-nous nous attendre pour 2011 et pour 2012 si, partant de fondamentaux économiques et financiers incontestablement plus sains qu’aujourd’hui, les effets du choc pétrolier des années 1979-1980 furent une aggravation du chômage et de l’inflation aux conséquences – pour l’époque – incalculables ? Espérons que ces autocrates ne nous entraînent pas dans leur chute…
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