Tournée générale à la Société Générale
La planète financière est perturbée. Les mandataires sociaux des compagnies aidées par le gouvernement américain vont-ils finir par s’expatrier en France ? La situation de leurs collègues français, en plein débat sur leur tax shield, fait des envieux.
Une semaine après les faits, la Société Générale a communiqué hier la décision de son conseil d’administration d’approuver un gigantesque plan de stock options attribué à 2 500 de ses cadres.
Parmi ces élus, le Président du Groupe, Daniel Bouton, n’a pas été le mieux servi : seules 70 000 stock options lui ont été offertes. Son Directeur Général, Frédéric Ouéda, a été mieux récompensé : 150 000 stock options. Les deux Directeurs généraux délégués, Didier Alix et Séverin Cabannes, en ont perçu 50 000 chacun. Prix d’exercice annoncé de ces options : 24,45 €. Le calcul est rapide.
Seul désagrément, ces options sont conditionnées aux bonnes performances de la Société Générale et ne seront exerçables qu’au bout de 3 ans. Le Conseil d’Administration va devoir faire ses calculs et affiner sa stratégie. Pour atteindre ses objectifs, il lui sera difficile de ne pas accepter la seconde tranche du fonds de secours de l’Etat (1,7 milliards d’€ prévus en 2009) afin de « poursuivre sa mission de financement de l’économie française ».
Cinq autres banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Banques populaires, Caisses d’Epargne et Crédit Mutuel) sont sur la liste et ont déjà profité de ce dispositif en contrepartie du renoncement aux bonus de leurs dirigeants en 2008, mais pas aux stock options, cette habile parade.
De son côté, le Medef avouait n’avoir ni les moyens, « ni même le désir » d’imposer quelque chose. « Le Medef a une autorité morale, mais pas plus que ça », concédait Laurence Parisot.
Cette annonce tombe en plein débat sur la loi de finances rectificative à l’Assemblée Nationale et les affres du bouclier fiscal.
Pour mémoire, le coût total du bouclier fiscal a été chiffré à 458 millions d’€. Son coût a doublé au seul profit des contribuables les plus aisés. En 2008, 14 000 foyers fiscaux en ont bénéficié, mais, en réalité, deux tiers du bouclier (307 millions d’€) sont allés à seulement 834 contribuables qui ont reçu un chèque moyen de 368 000 €.
Censée rapatrier les exilés fiscaux, cette mesure n’a finalement incité aucun contribuable à revenir en France (la perte de recette d’ISF liée à l’expatriation a été chiffrée à 17,6 millions €, ce qui atténue considérablement son efficacité). Enfin, l’impôt « de justice sociale » (CSG et RDS) est intégré au bouclier ; sa probable hausse en 2009 se posera à nouveau vis à vis de celui-ci.
L’actualité se télescopant, la curiosité « morale » conduit à se demander si, en outre, les mandataires de Soc Gen, comme on dit dans la finance, appartiendraient à ces 834 contribuables aussi finement cuirassés ?
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