Vers un monde durable : Où notre économie nous mène-t-elle ?
Le sommet du G20, rassemblé le mois dernier à Washington à la demande de notre président, n’a pas refondé l’économie mondiale. Mais ça, on s’en doutait déjà avant.
Il y a deux attitudes possibles face à l’économie en général : se résigner à n’y rien comprendre et subir aveuglément les politiques économiques ou décider d’apprendre les bases de l’économie et se libérer des discours trompeurs. Le problème, c’est que les français en grande partie ne connaissent pas grand chose à l’économie. Pourtant l’économie n’est pas une science exacte, c’est une science sociale. Donc accessible à tout le monde et pas seulement à une poignée d’experts auxquels nous devons nous en remettre. Si l’Etat ne veut pas nous l’enseigner, il y a des solutions pour s’instruire avec plaisir, sans lire un gros livre rébarbatif : par exemple “L’économie pour les nuls”, dont le Journal du Net en a publié les meilleurs extraits. Il y a aussi L’économicon et le film “L’argent dette” de Paul Grignon.
Alors on apprend que dans notre capitalisme actuel, entre emprunteur et créancier, on spécule sur des produits dérivés de plus en plus complexes et qui n’ont plus de rapport avec l’économie réelle. On a créé une dimension parallèle à notre économie réelle qui repose sur l’endettement : on ne peut pas réussir sans s’endetter ! Le modèle américain en est l’illustration la plus extrême. Mais ce modèle s’effondre aujourd’hui : cette économie financière n’est qu’une suite de bulles qui provoquent de graves crises quand elles éclatent (krachs boursiers comme celui de cette année).
Nous avons besoin de bourses qui gonflent
Ok, je sais comment on va régler le problèmes des krachs : on va supprimer la bourse ! Youpi !… attends mais alors, comment les entreprises vont-elles se financer ? Ben oui c’est pour ça que les actions (et obligations, etc.) sont là après tout. Car même si les échanges d’actions “d’occasion” sur le marché secondaire de la bourse ne rapportent effectivement rien aux entreprises, ces échanges sont quand même nécessaires pour faire fonctionner le marché primaire, sur lequel les entreprises se font leur capital en mettant les actions neuves en vente. Avec les voitures il n’en va pas autrement : seules les voitures neuves rapportent de l’argent à Renault et consorts, mais on aime bien pouvoir revendre sa voiture quand même !
Pareil quand la CGT dit : “Actionnaires heureux… salariés en souffrance… ça suffit !”. Comment régler ce problème ? Rendre les actionnaires moins heureux ? Sauf que s’il n’y a plus d’actionnaires, il n’y a plus de financement. Dans notre économie, l’argent est définitivement roi : c’est le capitalisme, quoi. C’est pourqoi on ne pouvait pas laisser les banques “imprudentes” couler au moment de l’éclatement de la crise : avec le système actuel, si les banques coulent, c’est tout le système qui coule. Difficile d’accepter ce cataclysme…
Donc si ça va mal, la réaction toute naturelle de ceux qui tiennent les rênes du capitalisme est de mettre de l’huile dans le moteur en favorisant le crédit et la consommation ! Car le spectre de la déflation plane au-dessus de nos têtes… Or qui dit baisse des prix dit baisse de la demande, ce qui entraîne une réduction de la production par les entreprises, donc l’augmentation du chômage. On a donc besoin de la croissance économique. Ne serait-ce que parce que la population de la planète augmente !
“L’argent dette” explique parfaitement le mécanisme actuel de création monétaire : tout simplement, les banques peuvent prêter de l’argent qu’elles n’ont même pas ! Elles peuvent avancer un certain nombre de fois plus que ce qu’elles ont (que nous épargnants leur mettons à disposition), ce qui de proche en proche permet de générer des sommes astronomiques ! Tant qu’on ne garde pas notre argent dans un coffre-fort à la maison (il paraît que cette solution devient de plus en plus populaire), notre argent atterrit forcément sur les marchés financiers, pour naviguer dans les rouages du capitalisme… Et ce qui est fascinant, c’est la façon dont les organismes financiers ont, grâce à ce fameux effet de levier, réussi à fabriquer de la monnaie, sans que les états soient obligés de faire tourner la planche à billet. Les capitaux ainsi en orbite représentent plus que ce qu’il est possible matériellement d’acheter ! Or à un moment ou à un autre, tout cela retombe sur Terre, et on se rend compte qu’il y a des dollars qui “sentent la sueur” et d’autres qui ne sont que virtuels. Le plus grave est que les pertes de monnaie “virtuelle” sont comblées par de la monnaie “réelle”, celle des impôts ! Jusque dans les années qui ont suivi la guerre, le capital était basé sur les biens matériels, n’étant qu’un vecteur permettant les échanges. C’est à partir du moment où le capital a généré ex-nihilo du capital que la situation s’est emballée. Aujourd’hui on est dans le mur. Le capitalisme n’est certainement pas mort, mais il devra trouver d’autres bases. Va-t-il falloir se repencher sur les théories de Marx ?
Le communisme, une utopie contradictoire qui bute de toute façon sur la croissance démographique
Peut-on espérer arriver un jour à un équilibre stable ? Pas sûr, car la tendance à l’inégalité est au-delà de la nature humaine, c’est même un principe fondamental de notre univers… Chacun garde ce qu’il a et essaye de s’accaparer de ce que son voisin possède. Alors la régulation se fera par la guerre (par forcément par les armes : la guerre peut être économique) à l’intérieur des nations et entre les nations… à la Darwin ! A l’opposé de cette réalité, on pourrait rêver de mettre toutes les ressources de notre planète dans un pot et de répartir au niveau mondial … solidarité totale ! Par miracle on trouverait le moyen pour que personne (aucune nation ou partie du monde) n’ait la tentation de tout s’accaparer. A chacun selon ses besoins (fondamentaux) dirait Marx. Cette approche utopique aurait l’avantage, par exemple, de donner à tous l’accès aux matières premières et leurs sous-produits, à la science et ses bienfaits, etc. Il n’y aurait plus les inégalités entre les chanceux nés du côté riche de la planète et les moins fortunés nés du côté pauvre, car il suffirait de partager selon le principe du vase communiquant. Alors l’humanité atteindrait un équilibre stable le temps que la nature décide de sa fin (en principe avec l’extinction du soleil dans plusieurs milliards d’années). Mais je ne crois pas en l’homogénéisation des richesses, la concurrence et l’individualisme sont dans la nature des choses, et il y en a toujours qui tireront leur épingle du jeu mieux que les autres.
C’est normal qu’il y ait des inégalités. Si on voulait l’égalité pour tous il faudrait une impitoyable dictature à la 1984 : le communisme, ça ne marche pas. La philantropie ou l’altruisme ne sont que notions de culture. Ces sentiments peuvent être réels et sincères chez de nombreuses personnes, mais il ne prendront jamais le pas sur les fondamentaux. Ce serait carrément surhumain de demander à chaque homme de partager les richesses qu’il accumule avec ceux qui sont plus faibles que lui et n’ont pas pu accumuler autant… Du point de vue sociologique, le dilemme des hommes est qu’il faut optimaliser le bonheur du groupe sous la contrainte du bonheur individuel. Cette hiérarchie n’a pas la faveur du monde occidental, malheureusement la pensée dominante. Le développement durable ne peut se faire que si tout le monde y participe, ce qui veut dire que les plus riches doivent aider les plus pauvres. L’Union Européenne en est un bon exemple, qui devrait s’étendre au-delà de l’Europe…
Sauf si un jour, comme certains le pensent, le travail n’existe plus et que toute la production et tous les services sont accomplis par des robots. Dans ce cas le partage des richesses sera automatique, les hommes ne seront plus que des légumes consommateurs, cf Wall-E (le film de Pixar)… Mais bon, n’exagérons pas.
En cela, la société humaine n’est pas comparable à la société des fourmis, n’en déplaise à Bernard Werber ! La différence fondamentale entre l’Homme et la fourmi est la conscience de soi, et donc cela induit une part d’égoïsme, volens nolens. De toute façon, même en imaginant une société “idéale” au sens communiste du terme, le partage rigoureux des ressources améliorerait effectivement l’existence des trois quarts de la planète, et permettrait à ressources égales un plus grand nombre d’habitants. Mais même dans cette hypothèse, la croissance exponentielle finira par buter sur la finitude des ressources terrestres : si tout le monde sur terre consommait comme un Européen moyen, on aurait besoin des ressources de plusieurs planètes Terre… Mais prenons donc le seul invariant commun à chaque être vivant : survivre et se reproduire. Là encore l’Homme a une particularité : il est capable de maîtriser sa reproduction. Or si on régulait les naissances, on pourrait au moins éviter que les inégalités deviennent trop importantes, en garantissant la durabilité des ressources.
Une régulation par les Etats est nécessaire au niveau mondial
Quoiqu’il en soit, visiblement il faut tendre vers une régulation plus forte (sans forcément aller jusqu’à la nationalisation) des banques, pour que la croissance de la bulle monétaire puisse être contrôlée. Ceci dit je ne suis pas d’accord avec le fait que les intérêts doivent être supprimés (comme le suggèrent la finance islamique et le film de Paul Grignon), parce que sinon il n’y a plus de banques du tout… Simplement les intérêts doivent raisonnablement rémunérer le travail des banquiers. Petit rappel à propos de la finance islamique : à la base (au moyen Age), on dit que faire de l’argent avec de l’argent c’est sale, que c’est un travail de juif (seule religion qui autorise les intérêts au départ)… Mais à y regarder de plus près, car comme je l’ai mentionné dans ce billet, “mais finalement n’est-ce pas qu’une variante de notre système basé sur les intérêts” ? Quoiqu’il en soit il est bien sûr possible de supprimer les intérêts, mais alors les banquiers doivent être des fonctionnaires payés par des taxes, que qui va payer ? Ben ceux qui font des emprunts… Et on se retrouve avec une forme d’intérêt…
La régulation est nécessaire au niveau mondial. On reproche aux Etats de s’endetter jusqu’au cou, mais les Etats ne font que comme tout le monde, en prenant ce qu’il est possible de prendre. L’endettement d’un pays, pour cause d’augmentation de son capital (infrastructures nationales), vient d’un droit exorbitant du privé : la création monétaire. Si ce droit était utilisé pour des infrastructures, ce droit serait légitime, mais dans le fait, il ne sert qu’à créer des bulles. C’est donc illégitime. La création monétaire par l’Etat peut être encadrée au niveau constitutionnel. Plus difficile en revanche pour les entreprises mondialisées, qui sont des conglomérats multinationaux incontrôlables par les Etats seuls : une union monétaire et politique (ou du moins des accords de libre-échange) seraient nécessaires au niveau mondial. Et là on se heurte aux grandes différences culturelles… En fait, le libéralisme serait épanouissant s’il ne s’appliquait qu’à de petites structures type PME, qui n’ont pas besoin de beaucoup de capital. Dès qu’on dépasse un seuil, il semblerait finalement que les grosses structures commencent à prendre les travers que l’on reproche à l’Etat. En ce cas, mieux vaut donner notre argent à l’Etat, où il sera dépensé dans des choses plus sociales ou plus scientifiques qu’une Rolex ou une quinzième résidence.
Ouvrons le débat : public vs privé
Pour la répartition des tâches entre le public (l’Etat) et le privé (entreprises), je propose la chose suivante :
- ce qui est vital (survie individuelle et de société) doit être géré par des entreprises publiques : on s’en moque si elle ne sont pas rentables puisqu’elles sont nécessaires. Ce capital doit être gérable et réparti entre tout le monde.
- ce qui appartient au domaine des loisirs est géré par des entreprises privées. On peut limiter ce domaine : une crise économique ne mettrait pas en danger les ressources vitales, mais seulement les loisirs, ce qui n’est pas grave.
Après le débat peut porter sur la frontière survie/loisirs, sans épiloguer sur les mérites de tel ou tel modèle économique (ce qui en soi n’a finalement guère d’intérêt). Alors, faut-il privatiser La Poste et supprimer des postes dans l’éducation nationale ? Ca allège les dépenses de l’Etat sans doute, mais est-ce ce que nous voulons ? Les grèves (totalement inefficaces, comme d’habitude - soit dit en passant) qui accompagnent ces décisions de notre gouvernement (pour La Poste et pour l’éducation nationale) semblent montrer que non. Mais alors, pourquoi ça arrive ? On serait tenté de dire qu’on ne récolte que ce qu’on sème : ce gouvernement a été élu par la majorité de la population (même si cette majorité n’est pas large) pour prendre ce genre de mesures, non ? Moi je pense quand même que même si le gouvernement peut s’appuyer sur une majorité pour agir, tout ça manque de communication : ce serait trop demander que d’expliquer au peuple et surtout aux gens concernés pourquoi on prend des mesures d’économie budgétaire ? Et puis, pourquoi pas mettre en place un référendum sur des questions comme celles-ci qui concernent tous les Français ? Il suffirait de demander : seriez-vous prêts à payer plus d’impôts pour un meilleur service postal et pour que vos enfants bénéficient d’une meilleure prise en charge dans les écoles ? Ou mieux : le service d’impôts à la carte ! On nous demande sur quels services d’Etat nous serions prêts à payer plus d’impôts (ou devrait-on dire : cotisation), et lesquels ne nous intéressent pas. Ainsi l’Etat aurait des budgets alloués automatiquement et s’occuperait des services publics en fonction de ça. Assez complexe à mettre en oeuvre bien sûr, mais pourquoi pas ? Autre question dans le même genre : la télévision publique. Pourquoi ne nous a-t-on pas demandé de choisir entre pub et taxe ?
Serrer la ceinture
Nous vivons actuellement un tournant majeur. Attachons nos ceintures et commençons par accumuler des coquillages et des pièces d’or, et planter quelques topinambours dans le jardin… Avec la crise actuelle nous avons l’occasion de laisser repartir sur de bonnes bases cette économie ravageuse (les exemples de destruction de l’environnement sont nombreux : la forêt amazonienne, la mer à Dubai, le pillage du sable des Caraïbes…) : quelles sont les priorités ? Comment allier économie et écologie ? Car il est bien facile de comprendre ceci : dans un monde fini, il ne peut pas y avoir de croissance infinie ! Suite dans le prochain article…
(Cet article fait suite à celui-ci : Vers un monde durable (introduction) : Un problème global)
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