COP 21 Chronique n° 5 thematic day et Alternatiba

L’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD) est en train de devenir un sujet dans les discussions de la COP et c’est une très bonne nouvelle. Le 4 décembre dans l’espace Génération climat au Bourget c’est pour la première fois au niveau des ministres que la question a été mise en avant. Nous avions 4 ministres et nous étions 200 représentants des administrations, des associations, des syndicats, des entreprises… venant de tous les pays du monde. Les Francis Thubé, Olivier Blanc, Thierry Lerévérend, Joëlle van den Berg et bien d’autres, grands coureurs de fond de l’EEDD sont là… pas mal de participants de l’ENC aussi. Des élus de la République sont là, Marie Blandin sénatrice à notre écoute et à l’action depuis des années pour l’EEDD, Michelle Rivasi députée européenne membre du collectif à l’initiative de l’événement, Barbara Pompili députée, membre de la commission éducation à l’assemblée nationale (première rencontre, j’ai sa carte dans ma poche), Eric Piolle maire de Grenoble… d’autres certainement.
Une démarche de la base
C’est une longue histoire la tenue de ce – Thematic day éducation – dans le cadre de la COP. Une poignée de citoyennes et de citoyens se sont dit que ça devenait franchement insupportable que la question de l’éducation ne soit pas sur la table des négociations de la COP. C’est pourtant tellement évident que l’éducation fait partie des solutions. Alors ils ont réuni, réfléchi et pris le bâton de pèlerin, rendez-vous au cabinet de la ministre de l’Education nationale et à l’Elysée aussi et le chemin de la création d’un « thematic day éducation » a été pris. C’est dans le dialogue que ça s’est construit et c’est bien légitime que le coordonnateur du Collectif Paris éducation 2015, l’ancien député belge Yves Reinkin, se retrouve animateur de la séance. Merci à l’Education nationale puissance invitante d’avoir accordé cette reconnaissance et cette confiance.
Une ministre pour la pédagogie de projet, les savoirs faire et savoir être
C’est Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, qui prend la parole en premier. Elle dit en substance que : « toute nouvelle idée rencontre de la résistance. Le changement se construit avec une volonté politique. L’éducation au développement durable est un destin mondial (ce qui consolide l’idée de créer un Espace mondial de concertation pour l’EEDD). Au-delà de ces thèmes, il est nécessaire de s’attaquer aux inégalités vis-à-vis de la connaissance scientifique, vis-à-vis de la compréhension du changement climatique. Plus que par la négociation c’est par un changement profond des systèmes éducatifs que cela se fera. S’adapter au changement climatique doit se faire dès le plus jeune âge. L’ensemble des ministères de l’Education nationale de l’ensemble des pays doit promouvoir cette nouvelle éducation (EDD) avec les adaptations propres à chaque pays. L’EDD n’est pas un gadget. Le DD est un rapport au monde : les élèves deviennent acteurs, acquérant les savoirs, mais aussi les savoirs faire et savoirs être, par la pédagogie de projet. Le défi dans l’éducation : c’est comment impulser cette nouvelle dynamique auprès de personnes non formées. Ce sont les ONG qui ont initié cette dynamique et un partenariat sera conclu avec le ministère de l’EN. L’EEDD sera désormais partie intégrante des programmes de l’EN car c’est bien l’école qui toujours a permis les changements importants de la société. »
Se donner les moyens de rétablir l’harmonie entre les humains et leur environnement
Ségolène Royal, ministre de l’écologie dit ensuite : « L’éducation circulaire est à promouvoir dans ce sens que les enfants transmettent à leurs parents et grands-parents ce qu’ils ont appris à l’école. Traditionnellement, ce sont les anciens qui expliquent aux plus jeunes les bouleversements subis par la nature au cours du temps : remembrement, pollutions, etc . Il s’agit de se donner les moyens de rétablir l’harmonie entre les humains et leur environnement… Pour répondre à l’ensemble de ces défis, Il faut repartir de l’école, des élèves, des enseignants partout dans le monde. Et la ministre livre un scoop : adoption le 2/12 par l’ensemble des pays de l’article exigeant la promotion de l’EEDD par l’ensemble des pays.
Faire de l’éducation à l’environnement un fer de lance pour le changement
C’est ensuite l’intervention du ministre de l’EN du Maroc, Rachid Belmokhtar : le Maroc est déjà confronté au changement climatique et a commencé à chercher des réponses. En 2009 a été adopté la charte ministérielle d’engagement de lutte contre ce changement. Le couple énergie/matière censée apporter le progrès de l’humanité mais a aussi apporté l’esclavage, la croissance démesurée, les guerres. Que faire : changer les cultures, les habitudes par l’éducation et la solidarité. Faire de l’éducation à l’environnement un fer de lance pour le changement. Il dit qu’il reste beaucoup à faire pour la COP 22 : changer les mentalités.
Repenser nos modèles économiques et nos modes de consommation
Vice-président de la CONFEMEN, Florentin Moussavou Ministre de l’EN du Gabon : « la CONFEMEN est la 1re institution de coopération francophone en matière d’éducation. L’éducation inclusive à l’environnement et au DD est un gage d’apprentissage de la paix, repenser nos modèles économiques et nos modes de consommation. Dans le contexte africain, il y a plusieurs défis : social, économique et environnemental. En Afrique subsaharienne beaucoup d’enfants quittent l’école sans savoir ni lire ni écrire et les femmes forment la plus grande part de la population analphabète dans un monde où la connaissance est généralisée sur Terre. Sécheresse récurrente, érosion des côtes, perte de la biodiversité… L’heure n’est plus au débat entre le juste et l’injuste, mais c’est l’heure de l’effort partagé. Cette COP 21 représente un espoir pour les générations futures.
Nous traversons une profonde crise de sens. Il faut redéfinir une vision.
Irina Bokova , directrice générale de l’UNESCO dit qu’ « il y a quelques semaines à l’UNESCO a été cité, la révolutionnaire Olympe de Gouge qui posait la question « es-tu capable d’être juste ? ». Ici à la COP21 se pose la question de la justice internationale vis-à-vis du dérèglement climatique. Nicolas Hulot, invité surprise dit : « oui la crise est d’abord culturelle et c’est aussi une crise de civilisation. Nous traversons une profonde crise de sens. Il faut redéfinir une vision, replacer l’homme dans sa dimension d’homme. L’homme fait partie de la nature, il en est la partie consciente. Nous devons donner aux enfants cette conscience, nous sommes une famille humaine, nous pouvons nous « augmenter » grâce à cette diversité humaine. »
« Nous faisons confiance aux enseignants »
Il y aura ensuite deux tables rondes successives. Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire, parle elle aussi de pédagogie de projet. Le représentant de la Finlande, pays connu pour sa réussite éducative, Aleksi Kalenus nous fait rêver, il dit que chez eux le système est décentralisé et : « Nous avons introduit le concept de la confiance – nous faisons confiance aux enseignants – (ce qu’on retrouvera dans le film Demain). Comme c’est bien la Finlande ! Cela semble si simple de tout changer et de réussir parce que même PISA le dit, eux ils réussissent là où nous, nous échouons.
Un « ancien » de l’école des Colibris aux Amanins
Et puis la bonne surprise, j’ai rencontré Samuel, de Crest dans la Drôme, encore elle ! Pour beaucoup le moment le meilleur de cette matinée aura été la déclaration de trois jeunes dont Samuel, est-ce un hasard, qui a passé deux années dans l’école des colibris avec Isabelle Peloux aux Amanins. Et comme lui a eu la bonne idée de parler français, j’ai noté que ces jeunes souhaitent : « une école qui nous ouvre l’esprit, qui nous apprend à apprendre, nous donne l’esprit critique… que l’interdisciplinarité soit la norme… une école qui développe un réel intérêt pour l’autre ici comme à l’autre bout du monde ». Bien joué Monde pluriel.
Les projets d’EEDD seront-ils financés en 2016 ?
En fin d’après-midi, le CFEEDD a eu sa conférence avec le CNAJEP, le CAPE, Solidarité laïque et le collectif Paris éducation 2015. Plus de 100 personnes dans la salle. La question des financements des actions est très présente. Un participant s’étonne de ne voir aucun représentant de l’Education nationale dans la salle. Le même c’est Maurice Wellhoff du Loubatas en fait, dit que ce qui est important ce sont les méthodes pédagogiques, le travail en équipe, la coopération, la pédagogie de projet (encore elle), le terrain, le lien à la nature : « on n’est pas là pour apporter la bonne parole mais pour apprendre à coopérer ». Il nous annonce que la DREAL a averti cette semaine qu’il n’y aurait pas de financement pour l’EEDD en PACA pour 2016. Ça fait tâche dans cette belle journée avec des ministres si favorables à l’EEDD. Question à creuser. Jean-Karl Deschamp de la Ligue de l’enseignement dit que le territoire réuni tout le monde et qu’il doit produire son projet d’EEDD. D’un coup la poésie est avec nous, Delphine Grimbert qui donne la parole aux enfants est dans la salle, elle nous montre la petite bouteille créé par Aïcha pour Obama. Message d’un enfant envoyé dans la mer immense. Plusieurs participants disent que nous manquons de réflexion politique. Mais nous nous donnons rendez-vous pour les assises qui deviennent internationales et commenceront en février 2017.
Bien l’éducation à Alternatiba
Bien l’éducation à AlternatibaLe 5 décembre c’est tout autre chose. Le Réseau Ecole et nature à son stand dans le quartier éducation du Village Mondial des Alternatives Alternatiba à Montreuil. Fantastique réussite encore une fois ce rassemblement de toutes les bonnes idées et les bonnes volontés. Ça fourmille et parle toutes les langues dans les couloirs du Lycée Jean Jaurès, jeunesse, sourire, créativité, c’est l’Alternatiba que nous connaissons. Super c’est là que se déroule l’atelier sur l’éducation animé de mains de maître par Alexandra des Petits débrouillards, on n’a pas arrêté, on s’est pas ennuyé, on a beaucoup rencontré et on s’est bien amusé… et appris aussi on s’en doute. Arrêtons une bonne fois ces tribunes aux successions de déclarations plus ou moins rasantes et ce public passif, vite devenons tous à égalité participants. Le stand d’Ecole et Nature ne pouvait pas être mieux placé dans l’école Stéphane Hessel, le grand résistant que nous savons, entre le stand du Printemps de l’éducation et celui de l’observatoire de la violence éducative ordinaire.
A suivre
Roland Gérard codirecteur du Réseau Ecole et Nature
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