Photographier l’environnement
Décidément le thème du développement durable est porteur... et rémunérateur. Pendant des années, pour visualiser une approche environnementale, le seul type de photo disponible était l’inévitable papillon-qui-allait-disparaître-à-cause-des pesticides, le phoque sauvagement exterminé par les chasseurs cupides ou la grande gentiane bleue... Donc autant de photos « positives » représentatives de lieux, d’espèces menacées. Ces documents ne montraient en rien le chemin par lequel on en était arrivé là. Dorénavant nous sommes dans une situation assez symétrique, tout aussi préoccupante : des photographies - « négatives », mais parfois splendides - de montagnes de déchets, d’estuaires-cloaques sont affichées, diffusées, mises en ligne... Ce qui rend difficile d’échapper une nouvelle fois aux pièges de la consommation, si vertement dénoncée. N’est-il pas temps de construire une « grammaire visuelle » de l’environnement ?
Certes, d’abord il faut capter l’attention ; mais cette démarche ne risque-t-elle pas d’être superficielle et de donner bonne conscience ? Inversement, sous certaines conditions, des images « quotidiennes », apparemment sans lien direct avec l’environnement, permettent de relier les grandes questions (réchauffement de la Terre...) aux autres dimensions environnementales, sociales et économiques. Car là réside précisément la difficulté : explorer vraiment toutes les possibilités - éducationnelles, médiatiques, techniques, politiques... pour rapprocher - sinon concilier- ces trois pôles antinomiques. Or ces trois dimensions peuvent s’observer conjointement et visuellement plus souvent qu’il ne paraît.
Client d’une galerie commerciale, enfant tout fier dans sa voiture-jouet, ferme abandonnée, canons à neige, autoroutes glissant à l’infini sous les lignes à haute tension à travers des hectares de champs de maïs irrigués... il est facile d’ouvrir les yeux, de trouver des centaines, des milliers de photos qui illustrent les grincements et heurts des trois pôles, économique, social et environnemental. Mais à des milliers de kilomètres, des enfants malgaches, chinois ou philippins attendent un développement économique.
Il faut donc aller plus loin que l’étalage sur papier glacé de nos angoisses. D’abord, l’ouverture à des sources, des approches photographiques diverses et multiples peut faire surgir une critique constructive.
Ensuite, le refus du spectaculaire et du global peut offrir de nombreux atouts : implication et reconnaissance de soi-même par le spectateur.
Enfin, ces documents (images plus largement que photographies) doivent permettre de multiplier les connexions et relations avec d’autres démarches : celles ancrées dans la matière (physique, chimie...) ; celles placées sur le plan des échanges (sociologie, psychologie...) enfin celles qui se situent sur les plans de l’espace et du pouvoir (géopolitique, urbanisme...) A ces trois « chapitres » ou volets - ébauches d’une sorte de grammaire visuelle de l’environnement - il faut évidemment ajouter une quatrième dimension : celle de l’imaginaire, celle qui, en faisant appel à la créativité, à l’art, à l’humain, doit permettre de comprendre et d’établir d’autres formes de rapport à la matière, à l’homme et à l’espace-temps.
Ces propositions - et d’autres- ont permis d’initier un projet (http://Images-4d.org ), sans aucune visée commerciale mais purement éducationnel. Ce projet n’en est qu’à ses débuts ; il attend les remarques et contributions de tous.
Le développement durable n’est pas qu’une gigantesque affaire technique, monstrueusement grave et planétaire ; il sous-tend évidemment une certaine place de l’homme, de l’art et de la démocratie.
NB : en réponse à une remarque formulée à la suite d’un premier article (qui avait peut-être été mal rédigé), je tiens à souligner que les photos issues du rapport de
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