Belgique : la « démission » était une manœuvre politique
Comme on le pressentait, le roi Albert II a refusé la démission d’Yves Leterme. Celui-ci reprend donc le collier, avec des prérogatives réduites aux affaires socio-économiques. Pour le communautaire, place à une nouvelle commission de « sages ».

Le communiqué du Palais est tombé jeudi à 22 h 49, mettant provisoirement fin à la nouvelle crise née de la démission d’Yves Leterme lundi soir : cette dernière est refusée et trois émissaires royaux sont nommés pour « examiner de quelle manière des garanties peuvent être offertes pour entamer d’une manière crédible un dialogue institutionnel ». Un petit air de déjà entendu, puisque c’est peu ou prou par une formule identique que le roi avait lancé en piste l’« explorateur » pas plus tard que… l’été dernier. Ces trois « sages » ont jusqu’à la fin du mois pour faire rapport au souverain (photo). On notera que tous trois sont issus du sérail francophone (et catholique), et leurs noms en étonnent plus d’un : le Bruxellois François-Xavier de Donnea (MR), le Wallon Raymond Langendries (CDH) et le germanophone Karl-Heinz Lambertz (PS). Une nouvelle exigence du CD&V qui estime, après que la négociation eut carbonisé successivement Jean-Luc Dehaene, Herman Van Rompuy et Yves Leterme, que c’est désormais au tour des francophones de glisser sur les savonnettes. Quant aux personnalités désignées, si chacun se réjouit de voir (enfin) la communauté germanophone associée au processus de réforme de l’Etat via son ministre-président M. Lambertz, MM. de Donnea et Langendries ne sont pas à proprement parler des jeunes loups ni des novateurs… Aussi les observateurs sont-ils très sceptiques sur cette nouvelle « commission des sages », après une précédente initiative analogue morte avant d’avoir vécu. Cela dit, ce triumvirat sera flanqué d’… Yves Leterme, que le CD&V, encore lui, ne souhaite pas voir écarté du dialogue institutionnel et privé de l’éventuel mérite d’un succès par ailleurs peu probable.
« On joue la montre »
Ces différents constats accréditent l’hypothèse selon laquelle la démission de M. Leterme était une manœuvre tactique, un psychodrame ourdi pour gagner du temps et récupérer le soutien du chef de l’Etat en le plaçant dans l’obligation de trouver une solution avant les festivités du 21 juillet. Désormais, le gouvernement et la négociation institutionnelle peuvent rouler en roue libre jusqu’aux élections régionales et européennes de juin 2009, auxquelles seront adjointes des législatives fédérales anticipées. C’est ce qu’affirment quelques acteurs très proches du centre de décision : « On joue la montre. On va négocier quelques mois ; ça ne fonctionnera pas, et il y aura une nouvelle crise. A temps pour tomber et aller aux élections en juin 2009. » Les Belges n’ont qu’à avaler encore quelques couleuvres, au point où ils en sont… Par exemple celle-ci : on annonce comme une grande nouveauté le dialogue entre régions et communautés et qui retrouve-t-on aux manettes ? Deux prépensionnés, respectables certes, mais n’ayant pas de vraie représentativité communautaire ou régionale, flanqués du ministre-président de la plus petite entité fédérée du pays. Alors qu’en 2007 le CD&V avait fait un joli croc-en-jambe à la paire Langendries-Decroo, quand même plus emblématique, va-t-il entériner soudain les conclusions de cette sélection bis ?
Silence, on bosse
Pour terminer sur une note optimiste, rapportons cette déclaration du porte-parole du « Seize », mercredi, expliquant que, malgré tout, le Premier ministre continuait de s’investir à fond (Le Soir, 16/07) : « Il a beaucoup de choses à faire, ses dossiers, ses contacts, il a travaillé jusqu’à 17 h 30, avant de rentrer à la maison, à Ypres ». Nous voilà pleinement rassurés !
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