Brexit, plan de relance, Turquie : quand l’union (européenne) affaiblit l’Europe
Les crises sont des révélateurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce révélateur est extraordinairement cruel pour l’UE. Si l’union peut faire la force, les négociations du Brexit, celle du plan de relance et les rapports avec la Turquie démontrent que, parce que les pays de l’UE ne tirent pas dans le même sens, l’union, loin de nous rendre plus fort, affaiblit tous les pays qui la composent.
Londres qui gagne et relance européenne asthmatique
Si le tardif plan de relance pouvait donner le change auprès des eurobéats, les tribulations des derniers mois le remettent à sa (petite) place. Déjà, il faut rappeler que ce plan est très modeste par rapport aux efforts annoncés plus rapidement par les pays. Dès le printemps, les Etats-Unis ont mobilisé 2000 milliards de dollars, l’Allemagne environ 1000 milliards d’euros et la France, plus de 500. Les 750 milliards faisaient doublement pale figure. D’abord, c’était la somme de 390 milliards de budgets théoriquement nouveaux et de 360 milliards de prêts, hypothétiques et peu utiles étant donné le niveau des taux, même pour les pays du Sud. Le montant était faible et arrivait bien tard : à peine 0,4% du PIB de dépense supplémentaire par an de 2021 à 2027 selon l’accord conclu aux forceps en juillet.
Mais cet accord tardif et insuffisant n’était qu’une base de négociation. Fin septembre, le calendrier était concentré de 2021 à 2023, mais les budgets additionnels avaient fondu de 20%, à 312 milliards d’euros, soit 0,7% du PIB de dépenses en partie additionnelles sur 3 ans... Depuis, les négociations se poursuivent avec difficulté, le parlement demandant la mise en place de conditionnalités liées à l’état de droit, refusées par la Hongrie et la Pologne, qui bloquent le processus. Début octobre, Bruno Le Maire espérait au mieux la libération de 10% des aides pour avril 2021 ! La réponse de l’UE à la plus grave crise économique de ses membres depuis 70 ans pourrait démarrer par un versement dérisoire de 30 milliards plus d’un an après le début de la crise ! L’UE démontre ici son inutilité complète.
De manière tout aussi intéressante, les négociations sur les ressources propres que devrait mettre en place l’UE pour payer directement les sommes avancées piétinent, rendant toujours plus probable que les Etats soient contraints de régler la note. En effet, la Chine n’est guère favorable à une taxe carbone européenne aux frontières, qui pénaliserait ses exportations vers l’UE, et les Etats-Unis renâclent à une taxe GAFA. Dans les deux cas, c’est l’Allemagne qui relaie l’opposition de ses clients, ses excédents commerciaux la rendant dépendante et perméable à ces arguments. Une nouvelle démonstration du fait que l’union ne fait pas forcément la force, mais peut au contraire nous affaiblir car les intérêts sont trop divergents entre les pays de l’UE. Ici encore, notre union fait notre faiblesse.
Les négociations du Brexit sont tout aussi cruelles pour l’UE. Derrière les déclarations martiales de Michel Barnier, c’est bien Londres qui mène aux points. La balance commerciale l’explique avec 265 milliards d’importations et 172 milliards d’exportations : c’est l’UE qui serait perdante de l’absence d’accord, que Boris Johnson, logiquement, ne craint pas. C’est ainsi que malgré le scandale de la remise en cause de l’accord de 2019, c’est l’UE qui ne cesse de céder, dans tous les domaines, aussi importants soient-ils. Nous avons donc appris que le futur parquet européen parlera anglais. Plus incroyable, sans même attendre l’accord sur le Brexit, Bruxelles a déjà accordé aux chambres de compensation britanniques de continuer à opérer les transactions financières en euros jusqu’à mi-2022…
Cette information, relayée par le Figaro est totalement extravagante. D’abord, on y apprend que malgré le début du Brexit, il y a plus de 4 ans, Londres conserve 90% des transactions et n’a rien perdu face à Paris ou Francfort, contrairement aux menaces de certains bremainers. Plus effarant, Bruxelles cède à Londres sans contre-partie alors que cela aurait pu être un argument de négociation clé pour l’accord en cours de discussion. Plus globalement, Londres ne pâtit pas du tout du Brexit, et renforce sa position de 2ème centre financier mondial, alors que Paris n’est que le 18ème, contredisant une nouvelle fois les prévisions des bremainers… Idem, sur la pêche, ce serait l’UE qui serait prête à lâcher du lest. Bref, dans les négociations actuelles, c’est bien Londres qui garde l’avantage sur Bruxelles.
Et alors que les provocations d’Erdogan franchissent une nouvelle étape avec les manœuvres dans les eaux Grecques, puis les insultes à Macron et les appels au boycott de produits Français, l’UE démontre encore une fois son inutilité. Bien sûr, les dirigeants européens expriment leur solidarité. Mais, il est effarant que la procédure d’adhésion à l’UE de la Turquie ne soit pas purement et simplement interrompue. Oui, le rassemblement de 27 pays pourrait nous permettre de peser face à Ankara. Mais ici encore, les intérêts contradictoires des uns et des autres dont que notre dénominateur commun est si petit que cela nous condamne de facto à l’impuissance, comme face à Erdogan.
Coralie Delaume avait bien raison de parler des « Etats désunis d’Europe ». Le dénominateur commun des 27 est beaucoup trop petit pour peser ou permettre des politiques ambitieuses, comme le révèlent les négociations du Brexit, du plan de relance ou l’attitude à l’égard de la Turquie. Ce faisant, loin de faire notre force, l’UE affaiblit ses membres. En sortir reviendrait en fait à nous renforcer.
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