En manque d’« europlanisme »
Depuis plus de cinq ans, nous comptons en euros. Et lui, on le suit à la trace. « Mais, à part ça », comme on dit dans la chanson et certains rêveurs qui en espéraient bien plus de l’idée européenne ? Mystère ou bonheur mal compris. « Planisme » : doctrine selon laquelle l’expansion économique ne peut être assurée sans risque qu’au moyen de la planification" (Larousse).
Le 25 mars 2007, c’est la fête pour l’Europe. Son cinquantième anniversaire via le Traité de Rome qui instituait et concoctait, de fait, la Communauté européenne. Cette idéologie a généré un enthousiasme sans conteste. Ce sera probablement le cas encore le 24 mars à Bruxelles. La différence sera plus de monde pour applaudir : les 6 du début ont fait des petits et sont à 27 étoiles sur le drapeau aujourd’hui. L’objectif initial était volontairement un rapprochement économique des Etats membres pas avec une intégration politique. Ce stade arrivera en 1986 avec l’Acte unique européen. Aujourd’hui, l’Europe est en panne. Après l’élargissement de 2004, l’idée maitresse d’éviter les guerres et la famine ne suffit plus, il faut remotiver et remobiliser les populations. Le "non’ français et hollandais à la Constitution est à considérer pour remodeler le "melting pot".
Une concertation entre les acteurs d’une pièce avec des accents, des cultures, des religions et des langues différentes est pourtant à l’origine d’un planisme imparfait. Les acteurs de la discorde sont pourtant tous des Européens plus ou moins convaincus et qui vivent, jusque à présent du moins, géographiquement sur le même continent mais avec des spécificités politiques et culturelles propres et tellement opposées en pouvoirs et en potentiels.
N’est-ce pas la raison d’avoir crée cette identité européenne ?, se verra-t-on répliquer.
L’opinion des Européens est souvent assez négative. La monnaie unique, par exemple, l’euro est considéré avantageux par moins d’un Européen sur deux. Quand il s’agit d’accentuer la cohésion par des réunions des mandataires, un dialogue de sourds s’engage dans l’hémicycle de la CE à Bruxelles. En finale, les échecs sont remisés à une prochaine réunion. Ne surtout pas toucher à la souveraineté des membres. Les concertations manquantes n’ont pu uniformiser des situations par la recherche des bons points de chacun et le rejet de ce qui manifestement n’apporterait aucun bénéfice commun. La pièce est pourtant jouable, mais elle semble être une suite de plans, d’actes avec trop de metteurs en scènes. Le PPCD, le plus petit commun dénominateur, a été choisi pour colle à cet ensemble hétéroclite. Le bien commun, le social comme on a l’habitude de le nommer, a simplement été mis dans les articles du "nice to have" mais pas du tout à l’ordre du jour des réunions au sommet. Alors, dans les conflits entre partenaires, on se bat et on se défend vaille que vaille sans véritables concertations préliminaires suivies de lois.
Il y a eu des articles célèbres, mode "Bolkenstein" vivement contestés, remodelés, recontestés et c’est tant mieux. Mais, qui n’avance pas, recule, dit-on.
Pouvoirs et potentiels toujours en compétition dans la lute pour l’existence.
Expériences vécues récentes, banales mais révélatrices et multipliées très certainement de nombreuses fois. Un bref coup d’œil sur un magazine français et je fixe mon dévolu sur lui. Une consultation du prix attractif pour couronner ma décision et me voilà à la caisse, pressé de prendre connaissance des nouvelles fraîches avec mon PC dont est friand votre serviteur. Les euros sont déposés ostensiblement pour bien montrer que j’ai compris la hauteur de mes "ambitions". C’est là, que les choses se "corsent". Je n’ai pas du tout compris la "filière" qu’il a fallu prendre en charge pour me faire parvenir les quelques pages colorées qui miroitent devant mes yeux.
Et le transport, vous l’oubliez ? Je n’ai pas jeté un coup d’œil sur le bas de la page de garde en petit caractère ou en code barre. Le prix belge est, lui, 53% plus cher qu’à Paris d’où le magazine est issu. Un rapide calcul, je suis à Bruxelles, donc 300 kilomètres qui séparent producteur et consommateur. Distance Paris et Nice, 640 kilomètres. Schengen, Europe, esprit d’intégration des pays de ce grand machin qu’est l’Europe qui se targue d’avoir une monnaie unique depuis 2001. Le nationalisme a encore des lunes de réflexions avant d’arriver à une uniformité sociale et commerciale.
Dans l’enseignement, très innocemment, fin du mois d’août, l’acceptation des inscrits pour l’année de cours suivante doit passer par un nouveau jeu pour la Communauté française en Belgique : le "loto". Pas le loto sportif, mais le loto intellectuel qui ne s’embarrasse pas de choisir de manière réfléchie et en connaissance de cause des valeurs des jeunes, eux-mêmes. Trop d’étudiants se présentent pour suivre des cours qui tournent autour de la santé. Ce secteur coûte trop d’argent. Pourquoi investir dans cette direction trop prétentieuse et avec trop de prétentions ?
Et l’Europe dans tout cela, me direz-vous ? Simple, le trop-plein d’étudiants ne se voit pas nécessairement en provenance du strictement local mais de bien plus loin : France, Pays-Bas, Allemagne. Des représentants de leurs jeunes têtes zélées se pressent aussi au portillon. Alors, quand on n’a plus d’idées générales, plus de réflexions là où elles devraient avoir lieu, on réinvente le nouveau jeu à gratter tellement montré comme la panacée à la télévision. Les "déchets" ne sont pas nécessairement là où on le pense. Mais ce n’est pas grave quand on est pressé par le temps et l’ouverture des portes de la grande école est trop proche.
Les particularismes qui se perpétuent, j’ai déjà eu l’occasion d’en sortir un du chapeau pointu de l’innocence dans "Mobilité contrôlée". Il s’agissait alors de rappeler une situation qui fait que les autoroutes ne s’arrêtent pas aux frontières des "anciens" Etats qui constituent notre Europe, mais sont bel et bien constituées du même bitume, des mêmes conventions de conduite à de très rares exceptions près (elles s’uniformisent, on s’y emploie). Tout semble aller dans le bon sens, oui, mais... Pour des raisons commerciales pures, des raisons qui n’ont plus rien avoir avec l’état qui a cédé dans beaucoup de pays ses droits de préemption au privé, voilà que l’on continue à penser instaurer des vignettes, des péages de toutes formes sur ces autoroutes en oubliant que certaines frontières ouvertes devaient s’accompagner de mesures drastiques de partage et de solidarité dans la maintenance et dans la récolte des fonds pour l’assurer.
Les créateurs, "les marchands d’Europe", auront beau jeu de citer pas mal de points positifs à notre européanisation. Et ils auront raison dans le fond. Nous avons fait beaucoup de chemins mais il y a un véritable boulevard en avant plan.
L’Echo du 3 novembre 2006 remarquait que l’aide apportée aux entreprises nationales par les gouvernements européens profitait souvent aux autres pays. On ne peut être plus clair. On veut donner l’impression de défendre les entreprises "nationales" contre leurs concurrents "étrangers", étrangers mais peut-être aussi européens.
Du "patriotisme économique" (expression du 1Premier ministre De Villepin) au "protectionnisme", commencez à compter le(s) pas ! Vite un Alca-Seltzer pour les "étranges voisins". Il était constaté dans le même article que le lien entre les nations européennes et les entreprises étaient de plus en plus ténu. Insensiblement, on divise tout de même l’Europe en blocs d’influences, en grands et petits.
Entre-temps, le chiffre d’affaires de l’entreprise généré à domicile, lui, ne s’élève qu’à 38% en moyenne et continue à baisser. Les emplois suivent le même rythme que les ventes.
D’où l’impression de départ, mais quand on aime, on ne compte pas, non ?
En janvier 2007, la simplification des brevets européens était aussi à l’agenda des parlementaires à Paris. Des entrepreneurs et des scientifiques étaient à l’affût. Payer une fortune pour l’obtention d’un titre de propriété dans chaque "morceau" d’Europe. Quand on sait qu’il faut aussi les traduire en 27 langues. Ratifier, qu’ils disaient.
En février, à la Commission, on parlait de Commerce pour protéger les consommateurs de biens par les achats électroniques. Les recours ne sont actuellement pas très nombreux en cas de litiges. Nous sommes à l’étage du dessous, celui du national.
Une politique d’approvisionnement et de recherches des sources d’énergie auront bientôt atteint un point d’importance sans précédent. La Commission dévoilait en début d’année un "embryon" de politique énergétique commune. Sur la table des négociations, tout y est en vrac : sécurité d’approvisionnement, réduction du CO2, ozone, renouvelable, charbon, nucléaire. Conclusion : c’est à chaque État membre qu’appartient la décision de recourir ou non au nucléaire.
Le problème de l’immigration, vaste sujet, tellement vaste qu’il y a encore des difficultés de le placer au bon niveau de l’Europe. Les pays qui sont les plus au sud, près des frontières naturelles avec l’importation de main-d’oeuvre à "bon marché obligatoire" ne savent plus absorber le flux de l’immigration. Alors, quand on s’essouffle on ne court plus. Quand l’eau coule trop rapidement du robinet, ferme-t-on le robinet ou agrandit-on le bassin en dessous ? Une gestion des frontières complexifiée est une réalité. Que l’on ne recommence surtout pas la solution Ceuta et Méllilia. Bizarrement, les pays considèrent ce contrôle des frontières comme national et veulent continuer à le chapeauter via des directives nationales. La sécurité, ça ne se donne pas, ça se prend. Alors, on filtre, on enregistre les voyageurs, on stocke des informations chacun de son côté, on pilote à vue dans l’espace du cockpit.
Dernièrement, à la "Foire du livre" de Bruxelles, j’assistais à une interview en commun de deux convaincus, anciens premiers ministres belges, Marc Eyskens et Wilfried Martens qui étaient là pour la promotion de leur livre. Ils n’ont pas manqué de citer avec ferveur les bons points de notre UE. Les cultures différentes qui naturellement apportaient notre richesse intellectuelle et fonctionnelle. J’ai pourtant été très surpris qu’ils n’aient, tous deux, jamais relevé avec emphase les difficultés qui résident dans l’utilisation de langues aussi diverses dans notre concert des nations. Tous deux sont flamands et c’est peut-être la raison qui les a poussé à ne pas citer notre problème typiquement belge. Nos langues nationales constituent la plus grande pomme de discorde. Si les problèmes sont communs, la manière de les exprimer reste la pierre d’achoppement. En Belgique, nous avons fait le premier pas avec la devise l"Union fait la force". Mais la contestation gronde même à ce niveau réduit.
Se comprendre pour commercer est une obligation. Transiter par une langue passepartout internationale (anglais ou espéranto) est peut-être la solution mais qui se cantonnera toujours à des classes sociales privilégiées ou dans le grand commerce. La langue maternelle, celle du terroir, véhicule de nos pensées intimes restera encore longtemps l’obstacle à une intégration homogène. Ce ne sont ni les Français, ni les Allemands, souvent unilingues, qui me contrediront. Les patois, les accents, enfin, ne sont que des preuves de plus que même dans une seule et même langue, le passage ne sera pas automatique.
L’auditoire était presque complet. Une définition précise du but de la construction européenne était visiblement encore une interrogaton comme l’avait reconnu Philippe Maystadt, président de la BEI. Il osait parler de crise grave pour cette oeuvre de paix, de démocratie et de prospérité à l’origine.
Au sujet de l’Europe et de ses institutions, une information m’est apparue, troublante. Il existe au sein du Parlement européen un usage bien ancré qui fait qu’une fois par mois, le parlement européen, au grand complet, déménage pour quelques jours à Strasbourg avec tous ses collaborateurs et un inventaire de bureaux presque complet. La seule raison en est la volonté de la France qu’il en soit ainsi. Cependant, 99% de la facture (environ 200 millions d’euros pas an) est payée par les autres pays membres.
Aujourd’hui, un certain nombre de parlementaires de différents partis et de différentes nations, ont entamé une action pour stopper ce gaspillage ridicule de capitaux. Pour cela, ils ont besoin d’un million de signatures afin de pouvoir faire inscrire le sujet à l’agenda de la Commission européenne.
En moins de deux jours, un peu moins de 25.000 signatures ont déjà été récoltées, mais il en faut un million.
Ce 15 mars, le compteur en est à 1.065.266 signatures et il continue de tourner. Si vous partagez l’avis de ceux que révolte ce gaspillage absurde, il a donc atteint le million nécessaire.
Surfer peut-être sur http://www.oneseat.eu et, signer la pétition. Ce sera quelques gouttes de moins dans l’océan des dépenses. Mais les ruisseaux font les grandes rivières.
Un véritable espace public européen avec une légitimité démocratique est demandé à corps et à cris en “Think&Act” par les scientifiques avec surtout des idées européennes. Trop de plexiglass dans le bocal entre les poissons ?
TV5, c’est bien, EuroNews, c’est encore mieux. Le “5e pouvoir”, celui du peuple à l’écoute peut-être ?
Comme le disait quelqu’un de la Commission à Dublin : "Il ne faut pas minimaliser l’Europe mais bien la maximaliser". Sécuriser les consommateurs pour donner confiance. On demande à voir.
Nous ne sommes pas à la première anomalie et la dernière n’a probablement pas encore montré le bout du nez.
Alors, on pourra parler des États-Unis et de l’Europe unie. C’est bizarre comme le pluriel et le singulier se mélangent les pinceaux actuellement !
Bon anniversaire, Europe, parce qu’on veut y croire et qu’on le vaut bien...
L’enfoiré
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"Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences...", Anna Gavalda
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"Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite.", Henry Ford
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"Chacun, en Europe(s), souhaite, au mieux, rejoindre le nouveau monde ; au pire, en suivre les aventures à la télévision.", Jacques Attali
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"Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la Terre.", Albert Jacquard
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