Hongrie : l’intérêt à agir de l’Europe
L’Union européenne se montre frileuse sur la nouvelle législation hongroise limitant la liberté de la presse. Pourtant son intérêt à agir est grand.
"Si la presse n'existait pas, il faudrait ne pas l'inventer" (Balzac). Apparemment, Viktor Orban, le président hongrois est un francophile balzacien, puisqu'il a suivi et même dépassé le conseil de l'auteur de "La Comédie humaine". Le 1er Janvier 2011 la nouvelle loi hongroise sur la presse est entrée en vigueur, cette nouvelle législation votée par le parlement en décembre dernier, stipule que tous les médias doivent se faire recenser auprès d'un conseil des médias, ce dernier, composé en intégralité par des membres du Fidesz (le parti au pouvoir) peut infliger des amendes allant jusqu'à 730 000 euros pour "atteintes à l'intérêt public, l'ordre public, la morale" ou encore pour "informations partiales". Evidemment cette loi peut être un formidable outil pour museler la presse, d'abord le montant des amendes suffit à "tuer" certains journaux, chaines de télévision ou stations radio, ensuite le fait que ce conseil des médias soit intégralement composé de membres d'un parti qui n'hésite pas à teinter son discours et ses actes d'un certain populisme autoritaire est évidemment inquiétant, enfin la formulation de la loi extrêmement vague, peut faire condamner un média pour tout ou n'importe quoi, plus une loi est vague, plus elle laisse de place à l'arbitraire. De fait on peut aisément déduire de cette conjonction de facteur, que les journalistes, ne voulant pas prendre de risques, vont s'autocensurer un maximum.
Le Fidesz de Viktor Orban n'en n'est pas à son coup d'essai en matière de régression démocratique puisqu'il avait déjà considérablement affaibli le poids de la cour constitutionnelle. Depuis le début de la présidence semestrielle de l'UE par la Hongrie cette loi sur la presse fait beaucoup parler, puisque l'Allemagne, le Luxembourg et plus tardivement la France on fait part de leur inquiétude face à laquelle Viktor Orban s'est montré particulièrement ferme. Un autre élément de cette affaire interpelle : le calendrier, en faisant voter sa loi à quelques jours de la présidence de l'UE, Orban montre qu'il ne craint pas des institutions européennes apathiques, incapable de contrecarrer les volontés d'un gouvernement national détérminé. Or dans cette affaire seule l'Europe semble pouvoir arreter l'entreprise de démolition d'Orban, car ce n'est certainement pas la faible opposition de gauche au parlement ni les hongrois, durement touchés par la crise et qui pensent avoir des choses plus importantes à faire que de défendre leur démocratie qui pourront se dresser efficacement sur le chemin du président.
De fait la commission européenne se doit de sortir de son silence et, tout mettre en oeuvre pour faire reculer Orban, elle a beaucoup à y gagner. L'Europe a ici une occasion unique de montrer à ses citoyens et de rappeler à ses membres qu'elle n'est pas seulement un espace économique libéral (première cause de défiance des citoyens envers elle) mais bel et bien un espace de valeurs et de pratiques démocratiques, un défenseur des droits humains et de la paix. En somme l'Europe a ici une opportunité de montrer son autre visage, son visage politique et idéologique, celui qu'elle ne montre que trop peu souvent mais qui existe bel et bien. Nous le savons l'Europe traverse une profonde crise de sens, un bon nombre de citoyens européens ne font plus confiance en l'Europe comme le montre les eurobaromètres et les taux de participations aux élections européennes, on se demande partout qu'est ce que l'Europe. Cette crise de sens affaiblit la construction européenne ainsi que ses réalisations comme l'Euro, car avec une Europe qui a du sens, (bien sur la condition est que les citoyens reconnaissent ce sens) il ne fait aucun doute que l'Euro serait plus solide sur les marchés. Evidemment cette affaire ne résoudra pas à elle seule la crise de sens que traverse l'UE mais un coup d'éclat de cette dernière, c'est à dire l'endiguement du travail de sape du président hongrois, permettra de redonner un petit peu de sens à l'europe et qui sait de faire naitre une nouvelle dynamique.
Mais pour cela l'Europe doit agir, les dirigeants européens doivent s'entendre et avoir un minimum de courage politique. Il est facile pour les dirigeants politiques d'invoquer l'Europe en tant que communauté de valeurs pour interdire l'édification de minaret et lutter face à l'immigration, il l'est un peu moins lorsqu'il s'agit de combattre les pratiques douteuses d'un pays parfaitement européen. Cette affaire constitue un test pour la puissance européenne (la puissance est le pouvoir de contraindre un acteur à faire quelque chose contre sa volonté) qui va ici pouvoir mesurer son réel pouvoir de coercition. Une des vertues de l'Europe est qu'elle à considérablement accéléré le processus de transition démocratique des pays de l'ex bloc soviétique, elle apparait contrairement aux Etats Unis comme une "puissance batisseuse", batisseuse de démocratie. La situation actuelle en Hongrie en premier lieu, mais également dans un certains nombres de pays en proie au populisme nous montrera si l'Europe est capable de préserver ce qu'elle a contribué à construire
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