Militant de la première heure pour la cause gitane en Espagne, premier Rom élu au Parlement européen, Juan de Dios Ramirez-Heredia parle avec franchise de son peuple méconnu au delà des clichés, de sa vie et de ses rêves de jeunesse. Portrait d’un homme à l’énergie contagieuse.
Juan de Dios Ramirez Heredia ne fait pas son âge. A 67 ans, l’énergie de sa voix, les traits fins et saillants de son visage, ses grandes mains puissantes, son sourire espiègle et malin, lui donnent des allures de jeune homme fringant. Quand il vous parle, il vous tient le bras avec douceur : vous êtes déjà un ami à lui.
Pas étonnant qu’il ait été le premier Rom élu au Parlement européen (affilié au groupe du Parti socialiste européen). La politique, c’est le combat. Et lui s’est battu toute sa vie. Contre le sort qui le confinait à devenir un illustre inconnu : né d’une mère analphabète, elle eut néanmoins « l’intuition que son fils devait étudier ».
Il arrive donc à 18 ans à Barcelone et commence le droit à l’Université. Né dans la province de Cadiz au Sud de l’Espagne, issu d’une famille nombreuse, il se souvient : « J’étais seul, gitan, autant dire perdu. Il va aussi se battre contre les préjugés : « Si tu es un artiste gypsy : là on t’applaudit ; Mais sinon, on préfère voir les gitans en prison. Alors imagine la politique ! », s’exclame-t-il.
Pourtant, depuis ses 20 ans, il nourrit un rêve. Voir se réaliser ce qu’il appelle le « gypsy power » : la participation au pouvoir politique des gitans. Et il veut en être l’exemple. A 24 ans, après ses études, il s’engage à Caritas Madrid. « J’y ai rencontré des gens formidables qui m’ont aidé dans mon idéal politique ». Mais celui-ci devra attendre. A l’époque, Franco règne encore avec une main de fer sur l’Espagne. Les Roms sont mal vus. « Quand Franco est mort, tout a été plus simple », poursuit Juan de Dios. « J’étais une espèce rare, dans un parti qui venait de naître », se souvient-il (NDLR : la Parti socialiste espagnol).
Il s’imagine alors qu’ailleurs, dans les régimes communistes, les gitans sont autonomes politiquement et égaux vis-à-vis du reste de la population. Il fait son premier voyage dans les pays de l’Est. Le choc est énorme. « Je me suis rendu compte que nous étions toujours mis de côté et discriminés ».
Selon lui, si les gitans sont encore vivants, c’est un miracle. Durant la seconde guerre mondiale, les tsiganes ont aussi fait l’objet d’un génocide. « Mais nous sommes toujours là, nous sommes un peuple qui ne veut pas renoncer », analyse-t-il.
Et lui ne renoncera pas à son idéal politique. Il est élu au Parlement européen en 1987 après une campagne réussie. Son livre « Nous, les gitans », l’a propulsé sur le devant de la scène. « Nous étions 8 millions en Europe et j’étais le premier à porter leur voix sur le plan politique européen, j’étais fier ». Aujourd’hui, père de cinq enfants, il a une autre fierté : sa fille, gitane et médecin à Barcelone. « Je reste bouche bée dès que je la vois, elle m’impressionne tellement », dit il en souriant.
Quand on lui demande pourquoi les Roms sont mal vus en Suisse, il répond que « le peuple gitan est méconnu ». Il croit surtout dans l’éducation, cette « baguette magique capable de résoudre tant de problèmes, mais qui est le parent pauvre des politiques gouvernementales ».Seule l’éducation fait les gens libres : « Dans notre communauté, nous devons produire des leaders politiques qui seront capables de défendre et de faire connaître notre minorité, capables de prendre en main notre destin ».
Il y a un mois, il est venu à la conférence sur le racisme à Genève promouvoir la participation politique des minorités. Il avait alors une extinction de voix. A la fin de sa présentation, le modérateur s’est exclamé : « Imaginez si il avait eu toute sa voix ! »..
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bravo pour cet article on ne parle pas assez du fait qu’ils ont tout autant souffert des camps de concentration nazi c’est un peuple discret trop souvent conspué
Merci, merci pour ce magnifique article, qui nous rappelle quelle chance nous avons, en France, d’avoir de dignes représentants de ce peuple fantastique.
Quelle joie d’accueillir dans nos campagnes ces colonnes de caravanes, emplis de gens cultivés, adeptes de la non-violence, d’une honnêteté exemplaire, toujours prêts à aider leur prochain et à préserver l’environnement...
Leur permettre d’accéder au pouvoir à notre tour ne serait que la minimale et digne récompense pour leurs innombrables bienfaits. Le « gypsy power » ne doit pas rester un vain mot, surtout dans notre monde empreint de communautarisme. Il est grand temps que cette communauté reçoive enfin les subsides de tous ses efforts au profit de la société.
Personnellement, les mots me manquent pour vous remercier.
Bon article et belle cause. La plus part des gens n’aiment pas les gens qui ne sont pas comme eux, et c’est bien dommage. Comme toujours, c’est la méconnaissance de ce peuple qui lui vaut autant d’animosité.
Pourtant sur de nombreux sujets, les Roms sont plus évolués que nous, mais ces qualités sont masquées par la pauvreté et l’exclusion. La solution réside dans l’éducation et la prise en charge par elle-même de la communauté Rom dans une sorte d’autogestion militante. Les nouvelles générations feront ce que les anciennes n’ont pas pu faire.
J’ai écrit cet article lors de la conférence contre le racisme qui s’est tenu à Genève le mois dernier. Je l’ai interpellé à la fin de la conférence puis j’ai bu un café avec lui. Juan de Dios Ramirez m’a tout de suite plu. Son discours mériterait un plus grand echo. Les gens ne se rendent pas compte des réalités et en restent si facilement sur leurs préjugés ; Je suis heureux de savoir que certains sont d’accord avec moi et ont aimé l’article. Merci à vous !
Donnez-nous des nouvelles de son parcours, car on entend jamais parler des Gitans autrement que par « voie de faits » ou de folklore...Comme si on voulait nier leur existence politique...Or s’il existe bien des « apatrides » qui ont besoin d’être représentés, c’est bien eux il me semble !
Bravo pour l’article et merci d’avoir fait connaitre l’itinéraire de Juan de Dios Ramirez. Instructif d’apprendre les écueils rencontrés par un gitan qui veut devenir autre chose qu’être réduit à un cliché. J’ai donné mon sentiment sur ce peuple toujours soupçonné sur www.pensezbibi.com Article : Les Roms : gibier européen.
AU
mois de mai 1999, le Parlement suédois décidait d’indemniser les
victimes de la politique de stérilisation forcée menée dans ce pays
entre 1934 et... 1975. A partir de l’entre-deux-guerres, dans toute
l’Europe, sous la pression d’une « nouvelle science », l’eugénisme, et
dans le cadre d’une inquiétante fièvre nationaliste, se mettent en
place des politiques d’élimination ou de contrôle des « déviants
sociaux » et étrangers. L’Allemagne nazie les portera à leur paroxysme,
mais elles ont été aussi suivies, sous d’autres formes, par le
gouvernement helvétique à l’égard des Tziganes.
Sollicitons le Prix Nobel de la Paix ou le Prix Nobel de Littérature pour Madame le Docteur Mariella MEHR http://www.mariellamehr.com/ pour son oeuvre, pour son combat§
Pas évident de vive en France avec tous ces racistes. Heureusement, l’Etat a donné 200000 euros à ces pauvres ères. Ca fait 5555 euros/ mois, heureusement sans loyer, sans impôts et surtout sans travail à exercer. Il faut qu’ils se reposent. Mais c’est normal, après tout ce qu’ils doivent avoir souffert dans leur beau pays. C’est le minimum que l’on puisse faire pour eux. Et puis, quand on a 9 enfant et 2 femmes, c’est normal d’avoir des besoins conséquents. J’espère qu’on pourra en aider beaucoup d’autres de la sorte...