Un « couloir » pour relier Bruxelles à la Wallonie ? C’est l’idée pittoresque lancée par les présidents du Sénat et de la Chambre pour assurer une continuité territoriale francophone belge entre la capitale et la région. Et permettre, ainsi, de scinder BHV sans isoler Bruxelles. Pendant ce temps, le CD&V précise ses exigences d’autonomie pour la Flandre…
Mais que fait donc Yves Leterme ? Rien, si l’on en croit les confidences de ses collègues du gouvernement. KO debout, le jeune locataire du 16 rue de la Loi encaisse les bons et les mauvais coups. Sans broncher. Selon certains, le Premier ministre serait comme tétanisé par l’imminence de la date butoir du 15 juillet qu’il s’est lui-même fixée pour présenter son projet de réforme. Dans ce climat étrange, les autres ministres, tiraillés entre loyauté et perspectives électorales, ne s’engagent dans aucune initiative. A ce train-là, le gouvernement Leterme Ier va droit dans le mur et l’on ne donne plus cher de sa peau !
Poisson d’avril en juin
Pourtant, certains travaillent dans l’ombre, comme les présidents du Sénat et de la Chambre. Armand De Decker (MR) et Herman Van Rompuy (CD&V) cherchent, dans la douce torpeur des bureaux capitonnés du Parlement, une solution à la crise BHV. Celle qu’ils ont sortie de leur chapeau, samedi matin, a provoqué stupeur et incrédulité : la création d’un corridor unissant, sur 2,5 km de large, Bruxelles à la Wallonie. A retenir pour un premier avril ! Pourquoi pas un pont aérien ? Résumons : l’idée est de prélever une bande du territoire de Rhode Saint-Genèse, l’une des communes flamandes de la périphérie à large majorité francophone, et de l’octroyer à la région bruxelloise. Oui, mais : cette bande, qui longe la route nationale 5 et traverse Rhode sur 3,5 km avant de rejoindre Waterloo (Région Wallonne), se trouve être occupée par… la forêt de Soignes, plus grande hêtraie d’Europe et zone protégée. Autrement dit, le corridor ne serait accessible qu’aux cyclistes, aux cavaliers, aux piétons endurants et aux chiens. Au pays du surréalisme, l’inspiration est sans limites. Lundi, la proposition se trouvait bel et bien sur la table des négociations, assortie, il est vrai, d’un certain nombre d’autres contreparties à la scission de l’arrondissement maudit.
Offensive en règle
Pendant que les éminences s’amusent à ce subtil stratego, le parti du Premier ministre taraude à coups répétés l’édifice de plus en plus fragilisé de l’Etat fédéral. Dernière offensive en date : le CD&V propose de régionaliser une partie des soins de santé et l’impôt des personnes physiques. Il s’agit nettement d’une radicalisation, l’agence Belga rappelant qu’en février dernier, ce même CD&V avait déclaré que, dans le deuxième paquet de la réforme de l’Etat, « il ne serait aucunement question de remettre en cause la solidarité interpersonnelle, en particulier, la Sécurité sociale ». C’est pourtant ce que le parti du Premier ministre vient de faire. Or, la régionalisation des soins de santé est l’un des tabous par excellence, puisque chacun sait que la position des Francophones sur ce point est un « niet » farouche aux remboursements différenciés par la langue.
La révision de la loi de financement de 1989, également mise sur la table par le CD&V (avec cette fois la bénédiction de l’Open VLD), suscite les mêmes questionnements. Les Flamands proposent que les régions perçoivent l’IPP, ne laissant au fédéral que la TVA, les accises voire l’impôt sur les sociétés. Là aussi, les francophones opposent un non catégorique car ce mécanisme avantage la Flandre prospère, lèse la Wallonie et surtout laisse Bruxelles exsangue. Sans parler de l’Etat fédéral, privé de revenus alors qu’il doit faire face au vieillissement de la population via les pensions. Enfin, le CD&V ajoute à son train de revendications les wagons prévisibles d’une régionalisation des chemins de fer, des allocations familiales et de la politique de l’emploi.
A l’arrivée, un menu bien lourd à digérer pour les francophones et pour un Premier ministre sans ressort pour qui la date du 15 juillet ressemble de plus en plus à une gare terminus.
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"...la création d’un corridor unissant, sur 2,5 km de large, Bruxelles à la Wallonie. A retenir pour un premier avril ..." avez vous écrit,
C’est ç’là oui, et pourqui pas un mur comme au bon vieux temps de Berlin...J’irai même plus loin, je pousserai ce corridor jusqu’à Anvers, quitte à finir par un tunnel sous la ville aux diamants...Après tout, le siège de la plus grosse concentration de diamants du monde entier se doit obligatoirement de s’inclure dans un partage des profits. Ce peuple manque outrageusement du sens du partage, il n’y a qu’à regarder l’île de Saint Martin...
"la date du 15 juillet ressemble de plus en plus à une gare terminus"
Aux dernières nouvelles, ce ne serait plus tout à fait vrai car les Flamands accepteraient une "déclaration d’intention". Ceci eu égard à la voix du peuple qui réclame de plus en plus fort et avant tout des mesures en vue d’améliorer le pouvoir d’achat.(l’inflation belge est une des plus haute de l’UE). La nation Flandre se veut aventurière mais pas téméraire.
"La nation Flandre se veut aventurière mais pas téméraire." A voir, il y a une différence d’aspiration entre la classe politique flamande, dont l’indépendance est l’objectif final, et la population flamande, plutôt attachée à un renforcement du fédéralisme. En tout cas, ce nouveau "corridor" est un exemple supplémentaire du surréalisme total dans lequel mon pays agonise
"La nation Flandre se veut aventurière mais pas téméraire." A voir, il y a une différence d’aspiration entre la classe politique flamande, dont l’indépendance est l’objectif final, et la population flamande, plutôt attachée à un renforcement du fédéralisme. En tout cas, ce nouveau "corridor" est un exemple supplémentaire du surréalisme total dans lequel mon pays agonise