Elections américaines : tous les espoirs sont permis
De l’importance de comparer ce qui est comparable.
Même si de funestes prévisions et de tenaces superstitions semblent vouloir ne pas encore y croire, on voit mal ce qui pourrait aujourd’hui inverser la tendance, modifier le scénario, et créer la surprise (fatale à l’Amérique) d’une défaite du candidat démocrate.
Beaucoup comparent maladroitement cette élection, en termes d’issue, à celle de 2004, en annonçant un décompte imprévisible des votes, un recomptage ou même un trucage. Ces analyses méconnaissent l’équilibre des forces de l’époque, car John Kerry était loin d’avoir une avance aussi confortable que son homologue Obama, ni de connaître un soutien populaire comparable. En effet, l’Amérique de 2004 n’a pas le même visage qu’en 2008. Les supporters de Bush, que ce soit en matière fiscale, de sécurité intérieure, ou même de soutien de la guerre en Irak, étaient alors bien nombreux. Et qui se souvient du programme de Kerry à l’époque ? Beaucoup d’Américains ont même certainement oublié jusqu’au nom de l’opposant de Bush. Car il ne faut pas méconnaître un facteur de taille : les Américains ont massivement élu Bush, recomptage des voix en Floride ou pas.
Imaginer qu’un tel scénario puisse se reproduire le 4 novembre, c’est montrer bien peu de confiance dans la démocratie en Amérique, si chère à notre Tocqueville, et qui a largement inspiré les bâtisseurs de la démocratie en Europe continentale, quoi qu’en disent ses détracteurs. C’est également méconnaître l’histoire de cette démocratie et son fonctionnement du point de vue purement institutionnel. Oublions donc les craintes qui semblent tarauder ceux qui méconnaissent l’histoire des institutions américaines et de sa politique. Ce ne sont là que prévisions trop insidieuses d’oiseaux de mauvais augure.
Reste une grande inconnue, une crainte largement vécue actuellement par les démocrates : la question noire. Si certains électeurs ignares s’arrêteront au second prénom d’Obama pour faire leur choix, ils sont, soyons-en convaincus, minoritaires. Ce qui est sans doute à craindre également, c’est que certains électeurs, une fois seuls dans l’isoloir, laissent s’exprimer librement leur peur de voir un homme de race noire accéder à la fonction de Commander In Chief. Mais face à cette crainte, se développe celle de voir Mme Palin y accéder en cas de décès du candidat républicain. Et nombre d’Américains la nourrissent, beaucoup plus informés des dérives de la colistière républicaine que ne semblent le croire les médias français.
Reste la grande inconnue des Etats du Sud : la mobilisation des Noirs pour Obama. Car, traditionnellement, les Noirs se déplacent moins dans les urnes que les Blancs. Ce qui crée ce paradoxe : dans les Etats à majorité noire, ce sont les candidats républicains et conservateurs qui sont traditionnellement élus. Seul Robert Kennedy avait failli faire mentir cette tendance, en étant le candidat mobilisateur du vote noir. Mais Obama, même s’il n’a pas pris le risque de se présenter comme le défenseur de la cause noire dans son pays, réussira peut-être là où tous les candidats progressistes et libéraux (au sens américain du terme) ont échoué.
Alors même s’il reste beaucoup d’inconnues, il faut encore faire confiance à l’Amérique et croire en sa foi démocratique, en sa capacité à choisir le candidat du programme, le candidat qui ne dénigre pas, mais qui affirme. Il faut encore y croire : tous les espoirs sont permis.
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