En quelques jours, deux des principaux champions actuels de l’agressivité et de l’intolérance, ont gonflé leurs muscles, serré les dents et se lancent à nouveau des regards et discours assassins. Iraniens et Israéliens, ou du moins à défaut des citoyens, les chefs de ces deux nations belliqueuses, viennent en effet de reprendre, à distance comme toujours, leur duel d’invectives et menaces.
Provocation, sur fond musical nucléaire, ou poker menteur ?
Dans cette nouvelle partie, jonchée de part et d’autre d’accusations vociférées et de sous-entendus guerriers et…feutrés, on trouve d’un côté le perse Mohammad Ahmadinejab, Satan pour les uns, Héros pour les autres. Ses tirades et discours entamés à la fin du mois dernier et poursuivis au tout début du mois présent ont été les plus détaillés par tous les médias du monde et abondamment commentés par tous les gouvernants. C’est que ce président à la dégaine pourtant effacée et au regard en coin n’y est pas allé de main morte. Comme toujours dit-on !
« Annonce de la prochaine construction en Iran d’une dizaine de nouvelles usines d’enrichissement d’uranium destinées à approvisionner les réacteurs du pays… Eventualité d’une rupture des discussions avec l’Association Internationale de l’Energie Atomique (AIEA)…. Clôture du dossier sur l’enrichissement de l’uranium proposé par les Occidentaux… Possibilité pour l’Iran de produire lui-même l’uranium enrichi à 20%… Erreur de la Russie de s’être associée aux sanctions prévues contre son pays par les instances internationales.. . ». Et enfin que « …l’occident est impuissant sans l’aval du régime sioniste » et que« …nul ne pourra isoler l’Iran ». Tels ont été ses principaux propos.
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Face à lui un adversaire de taille cette fois. Un octogénaire qui en connaît un bout sur les armes en général et surtout les nucléaires. Shimon Peres en personne. L’ex-prix Nobel de la Paix, l’ex-travailliste devenu figure du centre-droit, l’un de ceux à qui on doit les accords (défunts) de paix entre israéliens et palestiniens d’Oslo, le Président actuel de l’Etat d’Israël.
Au contraire du champion iranien, cet ancien de la Haganah (1) s’est fait beaucoup plus discret, plus souriant même, mais aussi, beaucoup plus menaçant. Pas de discours tonitruant. Simplement quelques révélations, faites avec froideur lors d’un entretien accordé à deux cinéastes de son pays, rapportées par la publication locale Yediot Aharomot, et relayé en France, apparemment par un seul quotidien, Le Monde. Sujet de la discussion : « le programme Samson » soit en plus clair, la capacité nucléaire de « dissuasion » d’Israël (75 à 200 têtes nucléaires selon Arms Contrôl Association).
Cet entretien a pris l’allure d’un plaidoyer pour le nucléaire militaire israélien dont Shimon Peres, ancien directeur général du ministère de la Défense, avait été l’initiateur en 1960 (2). Sans jamais prononcer le mot de bombe et après avoir assuré que celui « … qui voudrait détruire Israël se détruirait lui-même… » le vieil homme s’est laissé aller à quelques confidences. Il a ainsi dévoilé que le pays pouvait compter sur deux réacteurs dont l’un était implanté dans un lieu secret, avant d’ajouter qu’à l’époque, à la tête du pays, il avait été le seul à plaider pour le nucléaire, au contraire de tous les autres dirigeants, politiques et militaires, qui craignaient que « …le monde ne les laisserait pas faire . » Il a également précisé qu’en cette période, l’équipement nucléaire d’Israël avait coûté « 100 millions de dollars, soit plus de 1 milliard de dollars actuels… qu’il avait fallu en passer par là pour compenser la petite taille de cette nation et ainsi empêché sa destruction… », avant de conclure, évoquant sans les nommer ceux qui la menacent, « … leur doute est notre force ».
Il est évident que cet entretien, qui ne semble pourtant pas avoir eu une grande diffusion, a été provoqué par le durcissement de la position iranienne quant à l’équipement nucléaire que « le monde », dans une position diamétralement opposée à celle qui avait été la sienne voilà bientôt soixante ans, « … ne lui laisse pas faire… ». Propos guerrier, il est ainsi venu au secours de la diplomatie occidentale, en panne sur cet épineux dossier.
Et pendant ce temps là, les Etats-Unis se félicitent de leur coopération avec Abou Dhabi concernant le transfert à l’émirat « de la technologie et de l’expertise du nucléaire…civil. » Une coopération identique à celle mise en place depuis quelques années avec l‘Arabie Saoudite, la Jordanie et Bahrein. Et si l’on ajoute à ces démarches la volonté de l’Egypte de se munir elle aussi du nucléaire mais sous la forme d’une arme, tout en s’interrogeant sur la fiabilité du Pakistan qui lui, la détient la « bombe », on est en droit de s’interroger sur les conséquences que pourraient avoir dans la région et pourquoi pas le monde, si jamais ce poker menteur entre Israël et l’Iran ne l’était plus dans quelques années.
(1) Organisation clandestine sioniste crée en 1920, destinée à protéger les juifs installés en Palestine, et devenue la branche armée de l’exécutif sioniste avant de former la colonne vertébrale de Tsahal, à la création d’Israël, en s’agrégeant à deux autres groupes armés.
(2) C’est à l’issue d’une étroite coopération entamée avec la France depuis 1956 que Shimon Peres obtient du gouvernement de Guy Mollet le premier réacteur nucléaire israélien et des avions de combat Mirage.