Israël : Ehoud Olmert s’en va... la paix aussi ? (2)
Acculé à la démission, Olmert quitte le pouvoir en pleines négociations avec les Palestiniens et les Syriens. Une difficile succession qui va remettre en cause une nouvelle fois l’espoir de paix. Suite.

Dans un premier article, j’avais évoqué le départ du Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et sa difficile succession. Je poursuis en évoquant le processus de paix enclenché entre Israël et l’Autorité palestinienne.
Arrêter la guerre, c’est rompre un cercle infernal
Rappelons d’abord que, quel qu’il soit, un processus de guerre ou de paix est un cercle vicieux ou vertueux. La guerre appelle la guerre et la paix appelle la paix. Passer de la guerre à la paix, c’est rompre un cycle infernal et cela demande aux dirigeants des États impliqués une haute vision et du courage politique tant vis-à-vis de la partie ennemie que de ses propres troupes qu’il faudra arriver à convaincre.
Un exemple concret a été donné avec les relations franco-allemandes. Ennemis pendant près d’un siècle, Français et Allemands avaient tout pour continuer cette haine réciproque à la Libération. D’ailleurs, certains Français aujourd’hui appellent encore les Allemands ‘Boches’, et pas les plus âgés… Le processus de la construction européenne et la volonté, singulière, de deux hommes d’État, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, ont permis de faire de l’Allemagne et de la France deux pays amis, très amis même (il suffit de voir le nombre de communes françaises jumelées avec une commune allemande).
Instaurer la paix, souvent un courage improbable
Pour faire la paix, il faut beaucoup d’éléments :
1. Représenter son pays et avoir non seulement une légitimité politique, mais aussi militaire (surtout dans le cas d’Israël). La légitimité politique est faible concernant la partie palestinienne, notamment à cause des luttes militaires entre le Fatah et le Hamas.
2. Être ennemis. Inutile de faire la paix entre amis. Cela a l’air d’être une lapalissade, mais cela signifie que ce n’est jamais facile, ne serait-ce se serrer la main.
3. Faire preuve de courage politique et physique, pour aller vers le dirigeant du pays ennemi, mais aussi pour faire face à une probable impopularité dans son propre pays, un accord de paix ne pouvant qu’être des concessions au camp ennemi pour les plus extrémistes. Faire la paix se fait souvent au péril de sa propre vie (Sadate et Rabin en savent hélas quelque chose).
4. Faire preuve donc de beaucoup de pédagogie, tant vis-à-vis de ses interlocuteurs que vis-à-vis de son propre peuple.
5. Avoir une bonne vision de l’intérêt à long terme de deux camps et, donc, favoriser la prospérité économique commune, vrai gage de maintien de la paix.
La personnalité des individus, point majeur d’une négociation
Il y a évidemment d’autres conditions, mais ce qui semble évident, l’Histoire l’a fréquemment démontré, c’est qu’un processus de paix dépend très fortement de la personnalité des individus chargés de le négocier. Confiance réciproque, représentativité, autorité nationale et internationale…
Changer d’interlocuteurs, c’est assurément risquer de reprendre à zéro toute la démarche. C’est à peu près ce qu’il s’est passé pour les négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis une trentaine d‘années.
Par ailleurs, pour initier la paix, c’est sans doute les plus "belliqueux" qui peuvent le mieux la réussir. Pourquoi ? Parce qu’ils sont plus aptes à contrôler les débordements des ultras de leur propre bord. D’ailleurs, souvent, les espoirs de paix d’un homme d’État sont sabotés par ses propres compatriotes parmi les plus extrémistes.
Inutile de rester au Proche-Orient pour avoir en France un exemple frappant : certains de l’OAS ont été parmi les plus gaullistes et ont cru que le général de Gaulle réussirait à rétablir la paix en Algérie… leur paix. Or, le processus initié par de Gaulle allait tellement contre leur vision qu’ils en ont été même à vouloir l’assassiner. On retrouve ce même phénomène lors de l’assassinat de Sadate ou de Rabin.
Un processus de paix déjà ancien
Reprenons les quelques tentatives de paix au Proche-Orient.
D’abord, il y a les accords de Camp David entre Menahem Begin et Anouar el Sadate sous le haut patronage de Jimmy Carter. Des accords historiques en deux temps : le 17 septembre 1978 et le 25 mars 1979, qui valurent à Begin et Sadate le prix Nobel de la paix 1978. Ce sont des accords sans précédent. Déjà par le simple fait qu’un pays musulman et Israël puissent discuter, échanger. Ensuite par la reconnaissance d’Israël par l’Égypte et la restitution à l’Égypte du Sinaï. Suivit la reconnaissance d’Israël par la Jordanie.
À l’époque, au Likoud comme Begin, Ehoud Olmert (alors jeune député) était contre Camp David. Aujourd’hui, il le regrette et accepte de dire qu’il s’était trompé. Il regrette même que Begin ne soit plus vivant pour qu’il l’entende lui donner raison.
Le 6 octobre 1981, Sadate est assassiné par un fanatique islamiste refusant le dialogue avec les Israéliens. Heureusement, Hosni Moubarak qui lui succède poursuit la même politique (et se maintient au pouvoir à l’aide de méthodes peu démocratiques certes, mais gages de stabilité dans la région).
La guerre du Liban n’a cependant pas facilité les choses. La guerre au Koweït (Première Guerre du Golfe) a peut-être eu des conséquences sur le processus de paix en Palestine (Arafat ayant soutenu en 1991 l’Irak de façon inconséquente). Les historiens le confirmeront (ou pas).
Du 30 octobre au 4 novembre 1991 se tient la conférence de paix de Madrid. Il n’en sort pas grand-chose sinon qu’Israël est prêt à un retrait limité du Golan (syrien). Le 19 janvier 1993, Arafat renonce officiellement au terrorisme et reconnaît Israël parallèlement à Rabin qui abroge une loi de 1986 interdisant de prendre contact avec l’OLP, le mouvement palestinien d’Arafat.
Dès février 1993, des négociations secrètes commencent qui aboutissent aux accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993 à Washington, poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin sous le haut patronage de Bill Clinton : création de l’Autorité palestinienne, sorte de pré-État palestinien aux pouvoirs spécifiques à Gaza et Jéricho.
Shimon Peres, l’un des artisans de ces accords, obtient avec Rabin et Arafat le prix Nobel de la paix en 1994.
Le 28 septembre 1995 sont ensuite finalisés à Washington les accords de Taba pour mettre la Cisjordanie sous autorité palestinienne et procéder à l’élection des dirigeants de l’Autorité palestinienne.
Hélas, le 4 novembre 1995, Rabin est assassiné par un extrémiste israélien qui n’a pas supporté l’idée de faire des concessions aux Palestiniens. Arafat est encore considéré comme un "terroriste", mais, historiquement, il était peu réaliste de la part des Israéliens de faire la paix avec un autre interlocuteur.
Son successeur par intérim, Shimon Peres, qui n’a jamais réussi à gagner une élection, est battu par un va-t-en guerre, Benjamin Nétanyahou (Likoud) qui devient Premier ministre le 18 juin 1996 (première fois où le Premier ministre est élu au suffrage universel direct). Ce dernier sabote les accords d’Oslo en encourageant le développement des colonies juives dans les territoires occupés (colonisations arrêtées depuis 1992).
Nétanyahou poursuit néanmoins les rencontres avec Arafat à plusieurs reprises, notamment sur le statut de Hébron.
Rattrapé par des affaires, il est battu par le travailliste Ehoud Barak qui lui succède le 18 mai 1999. Barak continue le dialogue avec les Palestiniens et se retire du Sud-Liban. Et c’est alors Yasser Arafat qui, à la fin de sa vie, refuse toute avancée, sans doute pour maintenir la cohésion de ses troupes et éviter la trop grande influence du Hamas.
L’échec du plan de paix proposé par Barak (Camp David II en juillet 2000) se fait avec l’incompréhension de la population israélienne et la provocation d’un autre va-t-en guerre, Ariel Sharon. En allant parader (comme chef de l’opposition) le 28 septembre 2000 (le lendemain d’une rencontre Arafat-Barak) sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, Sharon affronte des manifestants palestiniens, ce qui aboutit à la seconde Intifada.
Les causes réelles de la seconde Intifada sont cependant très floues : était-elle préméditée par Arafat à la suite de son refus du plan de paix de Camp David II ou les Palestiniens se sont-ils soulevés à cause de la venue de Sharon ? Le rapport Mitchell conclut que la venue d’Ariel Sharon ne serait pas à l’origine des émeutes.
Quelques mois plus tard, son opération politique a réussi puisqu’en exacerbant le sentiment anti-palestinien, Ariel Sharon gagne les élections et devient enfin Premier ministre le 7 mars 2001. "Enfin", car cette personnalité politique qui a créé le Likoud et qui a dominé la vie politique israélienne depuis deux décennies n’avait encore jamais obtenu le premier rôle.
Tant qu’Arafat est vivant, homme qu’il juge indigne et terroriste, Sharon refuse toute avancée vers la paix. Sorte d’ennemi personnel, Ariel Sharon veut avant tout un autre interlocuteur.
Entre-temps, Sharon continue la colonisation des territoires occupés et construit même un mur de la honte (décidé le 14 avril 2002, mais déjà envisagé par Barak en novembre 2000), d’autant plus odieux que le Mur de Berlin s’était écroulé depuis plus d’une décennie.
Ariel Sharon, un faucon. Son aspect belliqueux n’est plus à rappeler. Ministre de la Défense dans le gouvernement Begin, à la pire époque, celle des massacres de Sabra et Chatila les 16 et 17 septembre 1982. Impliqué dans cette tuerie monstrueuse.
L’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir se conjugue avec l’élection contestée de George W. Bush à la Maison-Blanche. Les attentats du 11-Septembre 2001, l’intervention en Afghanistan puis la guerre en Irak rendent de plus en plus illusoires les hypothèses de paix, d’autant plus que Bush Jr se soucie peu du problème israélo-palestinien au profit du Moyen-Orient.
Sharon va ensuite évoluer.
Dans un troisième article, je terminerai sur la phase récente du processus de paix ainsi que sur les chances de la paix provoquées par le départ d’Ehoud Olmert.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (5 août 2008)
Pour aller plus loin :
Dépêches de presse sur la démission d’Ehoud Olmert et sa succession.
Documents joints à cet article







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