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Israël-Palestine : pourquoi le bain de sang ?

En 1967, Israël a remporté en six jours une victoire éclatante sur trois grandes armées arabes, alors qu’en près de six ans le pays n’a pas réussi à vaincre des milices qui ne possèdent ni avion, ni char, ni artillerie. Ce parallélisme entre les deux conflits suffit à montrer que la violence, d’où qu’elle vienne, ne résoudra rien.

L’Intifada est la révolte massive d’une population contre une occupation militaire. Elle n’est pas due à la volonté d’un seul homme, fût-il le leader historique des Palestiniens. Préparée par personne, elle se profilait pourtant depuis des années. Pour s’en rendre compte, il suffisait d’observer la société palestinienne dans ses multiples composantes, ce que nombre d’Israéliens ne firent pas. En 1998, j’avais rencontré à Gaza, en Cisjordanie et en Israël, plusieurs résidents étrangers, et notamment des diplomates ou coopérants européens et américains. Tous m’avaient dit d’une façon ou d’une autre : « La frustration du peuple palestinien est telle qu’une révolte, un jour, éclatera. Et celle-là sera si considérable que personne, vraiment personne, ni en Palestine, ni en Israël, ni ailleurs, ne pourra la contenir. Pour le gouvernement d’Israël, il est temps de tout faire pour l’éviter. » La visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées le 28 septembre 2000 en fut le détonateur imprévu, et non le « prétexte », comme on l’entend parfois. En réalité, ni Ehud Barak ni Ariel Sharon n’imaginaient qu’une telle visite serait suivie d’un pareil tumulte. Les deux principaux acteurs de cette journée tragique étaient mus par des calculs politiciens : pour Ariel Sharon, parader en ce lieu était une façon de damer le pion à son éternel rival Benjamin Netanyahou ; pour Ehud Barak, qui ordonna à mille policiers d’escorter le provocateur, il fallait évincer Netanyahou et remettre en selle Sharon, l’homme de l’impopulaire guerre du Liban, jugé inapte à le battre lors d’élections futures... Ce qui s’avèrera un très mauvais calcul. Même après les morts du lendemain, dans la vieille ville de Jérusalem, peu d’hommes politiques, tant israéliens que palestiniens, pensèrent que les troubles dureraient. Il ne s’agissait pas d’une nouvelle intifada, mais d’une simple flambée de violence, comme la région en connaît régulièrement.

Plusieurs questions se posent depuis : Ehud Barak n’a-t-il pas commis certaines erreurs dans sa façon d’aborder la réalité palestinienne ? Quelle est sa part de responsabilité dans le déclenchement de l’Intifada ? A-t-il cru, avant septembre 2000, qu’un calme relatif allait régner pour toujours du côté des territoires ?

A Camp David II (juillet 2000), les négociations furent infiniment plus complexes qu’Ehud Barak n’a cherché à le faire croire (son ancien ministre de la Justice, le travailliste Yossi Beillin, le reconnaît lui-même aujourd’hui). En dépit de certaines concessions, Ehud Barak refusa jusqu’au bout l’idée d’un Etat palestinien non inféodé à Israël. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, la situation était déjà explosive, les conditions de vie s’aggravant comme jamais. S’il est vrai qu’Ehud Barak a fait quelques propositions intéressantes aux Palestiniens lors de la rencontre de Taba en janvier 2001, à la fois poussé par le parrain américain et par l’urgence du moment, les négociateurs palestiniens n’oubliaient pas que ce même Ehud Barak, comme tous ses prédécesseurs, travaillistes ou membres du Likoud, et en dépit de ses discours pacifistes destinés à endormir l’opinion internationale, avait poursuivi sans relâche la politique de colonisation des territoires, comme pour empêcher à jamais l’émergence d’un Etat palestinien viable. Taba ressemblait à une ruse de plus, destinée à sauver Ehud Barak du désastre électoral annoncé. Les accords proposés dans la précipitation n’étaient assortis d’aucune garantie sérieuse, dans un contexte marqué par la fin du mandat de Bill Clinton. Pour le peuple palestinien enfermé dans des villes prisons, Ehud Barak était aussi le responsable de l’incroyable brutalité de Tsahal : plusieurs centaines de morts - dont de nombreux enfants, des milliers de blessés graves... La colombe de l’élection de mai 1999 était devenue l’un des plus durs faucons de l’histoire d’Israël (ce que de nombreux pacifistes israéliens, Uri Avnery en tête, n’ont pas manqué de souligner). Etait-il encore possible de signer un accord raisonnable dans un pareil chaos ?

Et Yasser Arafat ? Face à une population poussée à la violence par le désespoir, il ne pouvait donner le sentiment de servir les intérêts d’Israël. Rétrospectivement, les accords d’Oslo sont considérés par nombre de Palestiniens comme un marché de dupes, les zones dites « autonomes » devenant rapidement des lieux d’enfermement et de misère placés sous haute surveillance militaire. Sous peine de se voir submergé par les extrémistes, Yasser Arafat ne pouvait signer avec Ehud Barak un accord qui ne tienne compte, de façon très concrète, des principales revendications palestiniennes.

Si la communauté internationale, et notamment le gouvernement américain, n’impose pas un règlement aux deux parties, c’est au peuple d’Israël de dicter à ses dirigeants une solution raisonnable. Quelle solution ? Ariel Sharon l’a amorcée avec courage en démantelant, de façon inattendue et spectaculaire, les colonies de la bande de Gaza. Mais il faut aller plus loin. La plupart des colonies de Cisjordanie doivent être elles aussi évacuées, la présence de colons protégés par Tsahal au cœur des territoires étant considérée comme une provocation par l’immense majorité des Palestiniens, même les plus modérés. Tous les spécialistes de la région le savent : la violence durera tant que l’occupation durera. Après la disparition de Yasser Arafat, d’Ariel Sharon et la victoire écrasante du Hamas aux élections législatives palestiniennes, la solution militaire proposée par le candidat du Likoud Benjamin Netanyahou ne mène nulle part, les populations étant trop imbriquées pour qu’Israël « gagne » la guerre.

En 1967, Israël a remporté en six jours une victoire éclatante sur trois grandes armées arabes, alors qu’en près de six ans le pays n’a pas réussi à vaincre des milices qui ne possèdent ni avion, ni char, ni artillerie. Ce parallélisme entre les deux conflits suffit à montrer que la violence, d’où qu’elle vienne, ne résoudra rien.

Au peuple d’Israël d’exiger la fin de l’occupation, avec ou sans négociations avec les Palestiniens. Au Hamas de déposer les armes et de reconnaître l’existence d’Israël. L’absurde bain de sang cessera à ces deux conditions. Seule la création d’un véritable Etat palestinien - démocratique et laïc - permettra de pacifier durablement la région, un Etat ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres Etats, des frontières bien définies, une continuité territoriale - avec un passage entre Gaza et la Cisjordanie, la possibilité comme tout Etat d’échanger avec le reste du monde, et notamment avec Israël, afin de permettre à plusieurs millions d’êtres humains de vivre - enfin - dans la dignité, seul « rempart » efficace contre l’extrémisme et la violence.

L’élection de Netanyahou serait une catastrophe qui s’ajouterait aux précédentes catastrophes.


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2 réactions à cet article    


  • (---.---.102.65) 31 janvier 2006 10:33

    C’est vrai, ça ? Pourquoi le sang ?

    Pourquoi les palestiniens vont jusqu’à perdre leur vie en se faisant sauter ?

    Quelle en est donc la raison ?


    • freddo (---.---.0.150) 8 février 2006 07:33

      peut etre faut il justement que ça soit Netanyahou qui vainqueur des élections pourqu’il y est enfin des avancées supp.

      Sharon ou même isaac rabin n’étaient pas les plus gentils avec les palestiniens et pourtant c’est avec eux qu’il y a eu les plus grandes avancées avec le monde arabe.

      les extrêmes s’attirent !!!!

      peut être tout simplement ce que je dis sont des conneries !

      mais tout de meme, il faudra bien se responsabiliser à la fin, quand enfin on a toutes les cartes avec soi

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