L’aggravation de la situation au Tibet interpelle les candidats à l’élection présidentielle en France
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Dans nombre de régions tibétaines, on assiste à une escalade des tensions de plus en plus préoccupante. La situation s’est dégradée depuis 2008, qui vit des manifestations pacifiques tibétaines lourdement réprimées, faisant au moins 200 morts et 5000 prisonniers Depuis, nous assistons à une escalade dans les événements qui se déroulent au Tibet. Depuis mars 2011, près de 30 Tibétains se sont immolés par le feu, et plus de la moitié sont morts. Récemment d’importantes manifestations se sont déroulées à Serthar, Draggo et Ngaba. Au moins cinq Tibétains ont été tués par les forces de sécurités chinoises au cours de ces manifestations et beaucoup d’autres blessés. Le Tibet est actuellement fermé et aucun journaliste étranger n’est autorisé à y pénétrer.
On vient d’apprendre que les forces de sécurités chinoises dans le Sichuan ont ordre de "tirer pour tuer" après une explosion le 24 février 2012 à Dergé. Selon une source, un Tibétain, Tashi Relpa, avait prévu de s’immoler par le feu après avoir posé une bombe pour détruire un bâtiment du gouvernement. Ce bâtiment est une nouvelle base du gouvernement pour la surveillance des villages alentours. Les villageois avaient protesté contre sa construction. La bombe a explosé plus tôt que Tashi Relpa ne l’avait prévu, provoquant sa mort. A la suite de cet attentat, la police du comté de Dergé a reçu l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants qui ne pourraient être arrêtés. Selon une source de la région : "Maintenant, les autorités chinoises menacent les Tibétains de cette région en indiquant que si quelqu’un fait quelque chose contre l’autorité chinoise, la police locale est autorisée par les autorités chinoises centrales et provinciales à tirer sur quiconque commet un crime contre le gouvernement. Les personnes impliquées dans des manifestations et autres activités seront arrêtées. Celles qui ne pourraient pas être arrêtées seront abattues par balle".
Outre le fait que cet événement révèle une aggravation des tensions, il démontre aussi l’inefficacité de la politique de répression mise en place par les autorités chinoises. La décision de monter d’un cran la sécurité en légitimant le meurtre d’Etat ne peut qu’aggraver encore la situation. Cette décision montre aussi que les autorités chinoises ne sont pas prêtes à remettre en cause leur politique répressive. Aucune mesure n’a été prise pour calmer le jeu. Entre et 1987 et 1989, les autorités chinoises ont fait appel au précédent Panchen-lama pour apaiser les Tibétains lors de manifestations. Mais, après sa mort en 1989, son successeur désigné par le Dalaï-lama a été placé en résidence surveillée, et Pékin le remplaça par un faux Panchen-lama, qui n’étant pas accepté par les Tibétains ne peut intervenir pour les apaiser. Pour y parvenir, les autorités chinoises pourraient accepter une visite du Dalaï-lama, d’autant plus qu’il s’est retiré définitivement de la vie politique en 2011. Mais les autorités actuelles sont-elles suffisamment mûres sur un plan diplomatique pour une telle action symbolique ?
Dans le contexte français de la campagne électorale, les candidats à l’élection suprême, voire le Président en exercice, pourraient apporter leur concours à l’apaisement des tensions. La commémoration du 10 mars 1959, où cette situation sera rappelée pourrait en être l’occasion. Des mesures politiques européennes pourraient être prises pour promouvoir les discussions entre les Tibétains en exil et le gouvernement chinois.
Le 10 mars prochain aura lieu une manifestation pour commémorer le soulèvement tibétain de 1959 qui fit, selon les chiffres chinois, 87 000 morts dans la seule région de Lhassa. A Paris, la manifestation en solidarité avec le Tibet aura lieu le samedi 10 mars 2012 à 15h au Trocadéro, suivi d’une marche vers l’Ambassade de la République populaire de Chine à Paris. La communauté tibétaine en France appelle à cette occasion le gouvernement chinois à libérer tous les prisonniers politiques, à retirer ses troupes, à rendre le Tibet accessible aux médias étrangers, à une action internationale pour envoyer une mission d’enquête, et à des pourparlers entre les représentants tibétains et chinois.
Les associations ont invité les candidats à l’élection présidentielle à participer, aux côtés des parlementaires du groupe Tibet, les appelant à prendre position sur la question tibétaine.
On peut notamment attendre de nos candidats, voire du Président en exercice, qu’ils se prononcent en faveur de la nomination d’un représentant spécial de l’Union européenne pour le Tibet. Il existe en effet une dizaine de tels représentants pour différentes régions du monde, ayant une vocation diplomatique pour faciliter la résolution de conflits. Dans le cas du Tibet, une telle nomination est demandée depuis plus de 10 ans, et elle se heurte à la difficulté d’une décision à l’unanimité des 27 pays de l'Union européenne. Si certains pays, sous l’influence de la Chine, s’opposent à une telle nomination, il est peut-être possible de nommer un tel représentant au nom d’un nombre restreint de pays européens. Outre atlantique, un tel représentant existe depuis longtemps, et une nomination d’un représentant européen permettrait d’envisager une approche concertée de la question tibétaine, ce qui ne pourrait que faciliter le dialogue entre les responsables politiques chinois et tibétains en vue d’une solution négociée de la question tibétaine. Une rencontre entre le premier ministre chinois Wen Jiabao et le premier ministre tibétain Lobsang Sangay serait par exemple envisageable.
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