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Accueil du site > Actualités > International > Mali : histoire tragique et choix du Président de la République

Mali : histoire tragique et choix du Président de la République

L’élection présidentielle n’est pas un jeu de téléréalité : des vies humaines seront toujours mises en cause dans les conséquences de l’élection présidentielle par le jugement, le discernement et les décisions du Président de la République.

En voyant ce vendredi 11 janvier 2013 au soir les images de la courte allocution du Président François Hollande annoncer l’engagement des troupes françaises au Mali, une vieille réflexion me revenait en boucle. Quand on élit un Président de la République, ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une course de chevaux, avec ses écuries, ses parieurs, ses bookmakers. Ce n’est pas qu’un festival de postures, qu’un concours de marketing politique, qu’une compétition de clichés et de relationnel presse.

L’histoire est tragique. Le choix d’un Président de la République va influer sur la vie de nombreuses personnes. Pas seulement sur sa qualité (logement, emploi, précarité, éducation etc. et c’est là très difficile d’en avoir la certitude). Non. Sur le fait même de vivre encore.

Certaines décisions présidentielles entraîneront inéluctablement la perte de vies humaines. Je ne sais pas lesquelles, ni dans quelles circonstances, mais c’est sûr. Peut-être même la mienne. Ou la sauver. Lorsque Jacques Chirac le 14 juillet 2002 a décidé d’être très sévère sur la sécurité routière, plus de 20 000 vies ont été sauvées depuis dix ans. 20 000 vies sauvées ! Peut-être la mienne. Ou la vôtre. Qui sait ?

Sauver parfois (rarement).
Détruire plus sûrement.

L’engagement dans des conflits armés (Kolwezi, Tchad, Koweït, Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye…) est du seul ressort présidentiel, résultat d’une solitude angoissante, et a pour conséquence la perte de vies humaines. Je ne discute pas de la pertinence ou pas de ces engagements. Le non-engagement (comme en Syrie) pourrait même coûter plus cher en vies humaines. Quelles qu’elles soient. Mais c’est un fait. Le lien est clair. Un Président peut décider, en ricochet, du sort de votre vie ou de celle de vos proches.

Que lorsqu’on glisse son bulletin de vote au second tour d’une élection présidentielle, il ne s’agit pas de se faire plaisir, de choisir la personne la plus jolie, la plus baratineuse, la plus démagogique. On choisit celui qui pourrait déclencher une guerre thermonucléaire totale. Ou plus certainement, celui qui va, d’une manière ou d’une autre, de loin ou de près, générer un certain nombre de deuils. Volontaires ou pas, par maladresse ou par incompétence, par calcul ou par terreur,par stratégie ou par peur.

yartiMali02


L’engagement de la France au Mali du 11 janvier 2013 a hélas déjà enregistré ses premiers lots de désolation. Plusieurs morts. Directement liés à la décision présidentielle (attention, je ne dis pas que s’il avait décidé autrement, il y en aurait moins, mais probablement pas les mêmes). Un pilote français a été blessé dans la nuit du 11 au 12 janvier 2013 lors d’un raid et a succombé à l’hôpital peu après. Probablement qu’il y a eu des victimes aux frappes nocturnes.

Ailleurs, au même moment, une opération française en Somalie pour libérer Denis Allex, un otage français détenu depuis juillet 2009 a fait de nombreux morts, un ou deux soldats français, dix-sept terroristes qui avaient participé à la prise d’otage et l’otage français lui-même serait tué ou vivant et bientôt "jugé" selon ses ravisseurs, et dans sa cas, sa vie ne tient qu’à un fil.

Ces deux faits sont sûrement intriqués. Les terroristes islamistes le proclament d’ailleurs très ouvertement : « Il y a des conséquences, non seulement pour les otages français, mais aussi pour tous les ressortissants français où qu’ils se trouvent dans le monde musulman. Nous allons continuer à nous résister et à nous défendre. Nous sommes prêts à mourir au combat. » (Sanda Ould Boumama, du groupe rebelle Ansar Dine, à Reuters).

Un autre a dit à peu près la même chose : « Stoppez votre assaut contre nous, ou vous creuserez la tombe de vos propres enfants. » (Abdallah al Chinguetti, d’Al-Qaida Maghreb islamique, sur Internet).

Ce samedi 12 janvier 2013, à l’issue du conseil de défense tenu à l’Élysée, François Hollande a annoncé un renforcement du plan Vigipirate sur toute la France.

Je suis bien incapable aujourd’hui d’avoir une analyse avisée sur la situation au Mali et ses répercussions sur le territoire français. Il me paraît effectivement nécessaire d’éviter à tout pris que des terroristes islamistes s’emparent d’un État et en fasse un État terroriste qui minerait la sécurité en particulier des Français en France pendant de nombreuses années.

Je souhaite à François Hollande la plus grande clairvoyance pour qu’il minimise au mieux toute perte de vies humaines, quelles qu’elles soient, françaises comme non françaises.

Mais ce triste baptême du feu militaire pour François Hollande rappelle amèrement que la réalité tragique rattrape toujours les responsabilités, graves et immenses, de tout Président de la République française, même un normal. Élire un Président de la République est toujours un engagement fort et grave qui peut mettre un terme à bien des vies. C’est à cela qu’il faut penser avant tout quand on passe dans l’isoloir. Pas au sourire de la crémière.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 janvier 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sécurité routière.
François Hollande.
Tragédie des otages.
Tragédie des engagements militaires.

yartiMali03

 


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4 réactions à cet article    


  • SEPH SEPH 14 janvier 2013 10:28

    Hollande renoue avec le passé colonial de la SFIO au MALI

    François Hollande, un va en guerre qui admire le sionisme et les conquêtes coloniales.

    Après avoir approuvé, lui et le parti socialiste l’intervention militaire en Libye qui a tué plus de 100 000 civils et détruit un pays pour du pétrole, puis il a été le premier, en Occident, à expulser l’ambassadrice de la Syrie à Paris et le premier aussi à approuver une autre guerre en Syrie. Voilà qu’il se lance dans une guerre coloniale au Mali avec la bénédiction de l’Empire US-Sioniste pour des réserves gazières et pétrolières au Mali.

    N’oublions pas le peuple Touareg persécuté par le gouvernement central du Mali. Ce peuple a droit à son indépendance. L’action de la France est que ce peuple demeure sous le joug du gouvernement de Bamako .

    Mais au final, l’intervention de la France pourrait être également due a d’importants enjeux économiques et financiers, encore une fois sur fond de forte odeur de pétrole et de gaz.

    Pure coïncidence ou remake d’un scénario proche de celui prévalant en Afghanistan  ? … Voire mise à exécution d’une stratégie du chaos menée par les  lobbies pétroliers et militaires américains en échange de soutiens financiers de campagnes électorales US  pour éviter une avancée trop importante de majors pétrolières étrangères concurrentes ? 

    1 - Un important gisement de pétrole au nord du Mali

    La carte d’implantation d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) au Sahel correspond à tout point à celle du  bassin de Taoudeni …large de 1,5 million de kilomètres carrés, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger …

    . Les récentes découvertes de richesses minières contenues dans cette zone  provoquent en effet depuis quelques mois un vif intérêt pour cette région.

    Jean François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total avait ainsi fait état d’immenses découvertes gazières dans le secteur, freinant la progression du puits vers la zone pétrolière, en Mauritanie et le conduisant même à parler « d’un nouvel Eldorado ».


    2 - Découverte d’un important gisement de gaz au sud Mali

    La Société d’exploitation pétrolière du Mali (Petroma), Aliou Boubacar Diallo, PDG de Wassoul’Or a fait la découverte d’un gisement gigantesque de gaz à Bourakèbougou (cercle de Kati, Commune rurale de Dièdougou Torodo). Les essais d’exploitation du gaz ont déjà commencé.

    Situé à 60 km de Bamako et 45 km de Kati, le site de Bourakèbougou renferme un grand gisement de gaz. Petroma SA, dont Aliou Boubacar Diallo, PDG de Wassoul’Or SA, est le promoteur, vient d’y faire la découverte de cet important gisement de gaz.

    Le gaz de Bourakèbougou, c’est de l’hydrogène à l’état pur (98,8 % hydrogène et 2 % méthane). Selon M. Diallo, c’est la première fois qu’on découvre un gisement d’hydrogène au Mali et dans le monde. "Il y a beaucoup d’application avec ce gaz. Mais, on a décidé de faire l’électricité avec", dira-t-il. Et de souligner que les indicateurs montrent qu’il y a une réserve gigantesque dans la zone.

    ( cf : http://www.malijet.com/actualite_economique_du_mali/44150-kati-decouverte-d-un-important-gisement-de-gaz.html

    http://www.afrik.com/article25745.html


    3 - François Hollande renoue ainsi indéniablement avec le passé colonial de la SFIO

    La SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière),- ancêtre et matrice de l’actuel PS – qui, en 1956, alors qu’elle dirigeait le gouvernement dit de «  Front républicain » avait voté la loi dite « des pouvoirs spéciaux » qui déléguait les pouvoirs civils à l’armée en Algérie.

    Ces pouvoirs spéciaux, votés avec le soutien de la droite et des députés PCF, allaient donner à l’armée – celle des paras du général Massu et du colonel Bigeard- un rôle considérable dans cette guerre génocidaire contre le peuple Algérien.

    En effet, cette loi servira ainsi, en particulier dans la capitale, à justifier les arrestations massives, les exécutions sommaires, la systématisation de la torture, les disparitions, les viols. C’est cette même armée qui, en mai 1958,sera au centre des tous les complots algérois qui allaient entraîner – avec la prise du gouvernorat général, la création des comités de salut public – la chute de la IVème république et le retour aux affaires du général de Gaulle, retour adoubé par les dirigeants de La SFIO et particulièrement par son secrétaire général, Guy Mollet.

    Il ne faut surtout pas oublier que pendant les trois premières années de la guerre d’Algérie 1954-1957, François Mitterrand, futur secrétaire général du PS et futur président de la République, est tour à tour ministre de l’Intérieur puis ministre de la Justice. Il est l’un des personnages de premier plan des gouvernements de la IVeme République qui appliquent en Algérie une politique particulièrement répressive. Celui qui fut Garde des Sceaux entre 1956 et 1957, au sein du gouvernement socialiste de Guy Mollet, laissa guillotiner 45 moudjahidinne Algériens en s’opposant à 80% des recours en grâce

    François Mitterrand dira " L’Algérie, c’est la France". Et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne.

    Mais au colonialisme français, on peut répondre : les algériens n’ont jamais demandé que la France occupe leur pays, sachant que le colonialisme français a spolié les meilleures terres, établi un apartheid : les arabes n’avaient pas les mêmes droits que les autres habitants de l’Algérie. En effet , les musulmans étaient de naissance sujet de la France, ils n’en n’ étaient pas citoyens, pour le devenir ils devaient trahir leur religion !!!! - aux musulmans les terres pauvres, aux colons les beaux domaines, sachant que les indigènes aux yeux des colons étaient fait pour les taches les plus serviles et ne comprenant que la manière forte !!!


    CONCLUSION

    C’est trop facile le chantage au terrorisme que fait le gouvernement français. Ce terrorisme islamiste dont tout le monde sait qui le finance et qui le soutient.

    Ainsi la France fait la guerre aux djihadistes au Mali, au même moment en Syrie, elle leur fournit une aide logistique et un soutien diplomatique en partenariat avec les pétro-monarchies du Golfe et des USA.

    Mais tout ceci a un point commun : le GAZ, car la Syrie comme le Mali ont d’énormes réserves de gaz.

    La gauche anti-impérialiste doit de nouveau affirmer sa solidarité avec les peuples contre le colonialisme.


    • gaston gaston 15 janvier 2013 00:10

      Sur le fond,cet article me semble assez juste.

      Avec la cinquième République,nous remettons
      notre sort,et bien au-delà,à un Homme seul.
      Il faudrait peut-être,enfin,que nous,en principe citoyens,et non sujets,
      pensions à remplacer les institutions ...

      • Carl 15 janvier 2013 10:10

        J’ai failli pleurer... très touchant votre texte... mais sans aucun fondement... car le président n’est pas du tout obligé d’assumer seul cette décision, en effet, il peut solliciter un vote de l’assemblée.
        Seulement, cela lui aurait enlevé de sa superbe... l’occasion de montrer le grand homme qu’il est.
        Il sera d’ailleurs contraint de solliciter un vote de l’assemblée si l’engagement se poursuit au delà de quatre mois...

        • ecolittoral ecolittoral 15 janvier 2013 12:26

          Le chef de l’état est aussi le chef des armées. Heureusement pour nous !

          Voyez la situation dans les pays ou ce n’est pas le cas.
          Un jour ou l’autre, un chef d’état peut faire appel à ces armées pour défendre les intérêts du pays. Sans blague ! Je croyais qu’il le faisait pour s’amuser !!!!
          Bien sûr que les engagements, y compris militaires sont en rapport avec NOS intérêts.
          Nos intérêts vis à vis des matières premières, des « relations » inter états, internationales etc...
          Malheureusement, lors d’une guerre, il y a des morts....C’est ce qu’on appelle une guerre !
          Autrement, on peut se la jouer à l’américaine :
          - Sous traiter au privé. Des mercenaires aux combats.(on le fait déjà...un peu).
          - Le droit au port d’arme. Moins de guerre mais beaucoup de morts.
          Notre président doit décidé. Dans notre pays, on lui confit certains pouvoirs (pas tous).
          Et la France est encore un pays « vivable ». 
          Quand l’UE et l’euro auront disparus, on sera bien content de retrouver notre organisation politique indépendante. Même si, en tant que gaulois, on râle tout le temps.
          Et nos interventions « extérieures » ne sont pas toutes catastrophiques. Loin s’en faut.
          « Les autres » s’en souviendront.

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