Monde nouveau en 2008 (I) 1962-2001
Le monde change. Il y a des gens compétents, reconnus, habilités à exposer leur vision des tendances dans les médias, les Fukuyama, les Attali, les Kagan, les Minc, les Huntington. Je vous propose une vision d’un citoyen sans habilitation ni autorité spéciale si ce n’est sa sincère réflexion. Cette année 2008, il se peut bien que le monde ait dévoilé quelque infléchissement signifiant. Comment et pour aller où ?
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Un fait important dans l’actualité cet été 2008. Comment sonder les raisons de la présence de l’Otan en Afghanistan ? Plusieurs explications, l’officielle et puis toutes les supputations publiées dans les journaux et surtout sur le net. Nos gouvernants parlent de lutte contre le terrorisme. Alors que, pour l’opinion alternative, ce serait le pétrole, cause arrivant sans doute en top réponse, puis l’installation des bases américaines, ensuite, l’impérialisme. Et si on essayait d’insérer ce conflit dans une perspective plus vaste, dans le temps et dans l’espace ? Notamment en dessinant l’évolution récente du monde depuis 1990.
Il se pourrait bien que la présence de l’Otan ne soit que contingente, n’ayant d’autres raisons qu’un travail à achever et qui paraît inachevable. La fameuse thèse du bourbier. Et un choix entre Charybde et Scylla. Impossible de nous barrer, ça risque de virer à la boucherie, mais impossible d’envisager une issue et, donc, condamnés à rester cinquante ans. Comme l’avait voulu GW Bush après le 11-Septembre. L’Amérique s’engageait dans un combat contre les forces du mal devant durer cinquante ans (moins qu’un millénium Dieu merci). On se dit alors, en mécréant citoyen, que, si une issue alternative est envisageable, eh bien les Américains feraient tout pour qu’on n’y parvienne pas. Revenons maintenant à l’Histoire.
Il était une fois deux super puissances, chacune disposant de milliers d’ogives nucléaires, qui s’affrontaient par divers moyens et en divers lieux. On a appelé cette période la Guerre Froide. C’était il y a très longtemps. La Guerre Froide fait suite à la défaite de l’Allemagne nazie et du Japon en 1945 et au traité de Yalta. Mais les historiens la font commencer en 1962 avec la crise des missiles à Cuba. Ce qui paraît sensé. La Guerre Froide a opposé deux blocs, chacun ancré dans des principes, des valeurs et, surtout, des modes de fonctionnement pour l’économie. Deux blocs qui ont su se définir par la victoire contre l’ennemi universel en 1941, nazisme plus impérialisme nippon (à noter le visionnaire Carl Schmitt qui a bien expliqué cette donne géopolitique). Cette rivalité a commencé très tôt. Qu’il s’agisse des Etats-Unis, de l’Europe, de l’Union soviétique, les batailles de chiffres allaient bon train. Qui avait la meilleure croissance en 1960, en 1970, en 1980 ? Et puis, la compétition pour l’espace, les manœuvres impérialistes, les conflits, les zones d’influences et des sociétés en transformation avec les mouvements sociaux, les technologies. Bref, l’Union soviétique a éclaté en 1991, entre-temps, l’Allemagne fut réunifiée, les pays du bloc de l’Est furent libérés de la tutelle soviétique qui, laminée économiquement, a vécu une période chaotique, entre le moment Eltsine et l’avènement de Poutine. Entre-temps, la crise économique russe en 1998 ; la plupart des économistes étaient inquiets pour l’avenir de la Russie. Alors que ces années 1990 voyaient l’Amérique de Bill danser sur la nouvelle économie, éprise de start-up et de profits faciles, comme du reste l’Europe et, plus timidement, le Japon peinant à se remettre du séisme de la bulle financière, mais toujours vaillant, encore maintenant avec ses écrans plasma somptueux de chez P... De vrais kamikazes en économie, ces Japonais. Avec de vraies technologies de pointe.
Les années 1990 ont vu le monde se redessiner, mais nous n’avons rien vu. 1991, une guerre en Irak, filmée sans reporters. Une guerre presque virtuelle. Au sein de la grande histoire des grandes puissances et des nouveaux équilibres naissant, l’Afghanistan ne fut qu’un jouet que les puissances croyaient utiliser, mais qui résista en jouant de combines économiques et géopolitiques. Thanks la CIA et les puissances occidentales. Bref, les talibans ont pris le pouvoir après la défaite soviétique, la nébuleuse Al-Quaïda s’est installée et a pondu ses œufs maléfiques, tel le papillon venant butiner pour engendrer une chenille prête à devenir papillon et voler sur le ciel des Etats-Unis un 11-Septembre. Et en 2001, les Américains de bouter les talibans hors de Kaboul avec l’appui des Pachtouns du Nord, de faire quelques centaines de prisonniers, trophée bien conservé à Guantanamo. Puis l’officialisation par l’ONU, le relais de l’Otan pour reconstruire l’Afghanistan. Jusqu’à l’enlisement que l’on connaît. Les théoriciens de l’impérialisme y verront le signe de l’hégémonie américaine, les apôtres de l’universalisme humain y verront une volonté de démocratiser et civiliser le peuple afghan et le défendre contre les affreux talibans, les rares philosophes admettrons comme recevable la thèse d’une succession d’accidents de l’histoire et les Afghans se diront qu’il aimeraient bien être maîtres chez eux et qu’on les fasse plus chier, mais comme un Afghan est de même nature qu’un Américain, s’il est valide, doué, affairiste, bien placé, il voudra faire du profit et, pour cela, il sait qu’il doit compter sur la mondialisation. Y compris pour vendre le pavot ou son opium.
Retour sur ces années 1990, où rien ne semble se passer après la chute du Mur et où tout se met en place pour un round dont nous voyons quelques traits imprévus en 2008. La Russie est gagnée à l’économie de marché. On comprend pourquoi. Dans l’ancienne Union soviétique, le système n’était guère motivant pour progresser, se perfectionner et produire. Un système bloqué, puis déverrouillé, et les affaires peuvent enfin prospérer. Non sans une transition rude pour les déclassés. L’ère des ennemis de classe a été révolue. Un système repose pour beaucoup sur des élites et une classe moyenne servant de courroie de transmission, de tissu structurant, avec en bout de chaîne les classes laborieuses. Si un système est bon pour les élites, c’est qu’il n’est pas si mauvais pour le peuple et s’il n’est pas perçu comme bénéfique pour ce peuple, les élites savent y aller de la propagande pour faire croire aux bienfaits du système, bienfaits avérés, mais modestes, mal répartis et bien en deçà de ce qui est récupéré par les élites. La police se charge de museler les mécontents. Ce descriptif s’applique parfaitement à la Russie de Poutine. Il s’applique aussi aux Etats-Unis et aux nations européennes d’après 1990, mais il est moins visible car ces nations ont un niveau de vie très élevé. Le système soigne les gros poissons faisant des profits et de la croissance. Tel est le national capitalisme, universel, mais décliné avec des variantes selon les pays concernés. Un peu plus d’égalité et de démocratie dans des zones spéciales, en tête les pays scandinaves, puis le Canada, l’Europe, les Etats-Unis, etc., pour continuer avec la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, le Venezuela, moins d’égalité, moins de démocratie. Voilà ce qu’on peut dire en général, sans noyer sous la simplification, des réalités économiques.
Mais les jeux économiques, joués aux échelles nationales, mettent en jeu des règles légales et, quand ces règles ne règlent rien, la force se met en branle, avec les conflits, qu’on désigne comme guerre quand il s’agit d’Etats et qu’on ne sait pas désigner, quand c’est plus diffus, comme en Afghanistan, zone de convergence entre des guerres civiles ayant servi d’instruments à des guerres idéologiques dans les années 1980, sur fond de montée en puissance de l’islamisme. Et maintenant, une guerre que plus personne ne comprend, même pas les belligérants, du moins à travers ce qu’il en ressort des opinions publiques, car on ne peut exclure quelques plans, pas forcément B, ni noir ou blanc, secrètement concoctés par les généraux de l’Otan. Nous vivons à travers les conséquences de cette longue histoire ; qu’il fallait rappeler. A suivre… si vous le voulez bien.
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