Au bon plaisir médiatique de Sarkozy
Exit Alain Genestar, le patron de la rédaction de Paris Match qui a fâché Nicolas Sarkozy. L’industriel Arnaud Lagardère, propriétaire du titre, a offert la tête du journaliste à son ami ministre de l’Intérieur. En août 2005, l’impertinent avait en effet osé publier en couverture de l’hebdomadaire une photo de Cécilia, l’épouse de Sarko, avec son amant, le publicitaire Richard Attias. Sans prévenir Arnaud Lagardère. Ce numéro de Paris Match s’était vendu à 900 000 exemplaires...
Depuis, Cécilia est revenue au bercail, juste à temps pour participer avec son époux à la course à l’Elysée 2007. Et le petit Nicolas peut à nouveau mettre en scène son bonheur conjugal pour les médias, comme le confirme la dernière une de... Paris Match.
Ce vaudeville réunissant un journaliste vedette, un industriel puissant, un homme politique ambitieux, sa femme et son amant, serait uniquement risible s’il n’était pas annonciateur d’une tentative de mise au pas des médias par l’un des principaux candidats à la présidence de la République et, peut-être, futur chef de l’Etat. Les poursuites engagées par le patron de l’UMP contre le journal suisse Le Matin sonnent d’ailleurs comme un autre avertissement à la presse française.
Sans rouvrir le débat sur le respect de la vie privée des hommes politiques et le bon goût des couvertures de Paris Match, Nicolas Sarkozy est évidemment particulièrement mal placé pour reprocher aux médias d’informer les Français sur son jardin si peu secret. Il a choisi depuis longtemps de faire de son couple et de sa famille des outils de conquête de l’opinion publique et du pouvoir.
Cela étant dit, qu’un homme politique tente de contrôler et de manipuler les médias, cela fait partie de son métier, comme l’avait un jour franchement expliqué l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy aux étudiants de l’Ecole de journalisme de Lille. Aux journalistes de résister, avait ajouté l’ex-maire de Lille.
Le plus inquiétant pour la liberté d’informer durant la prochaine campagne électorale est donc qu’Arnaud Lagardère, supporteur déclaré du candidat Sarkozy, ait décidé d’écarter Alain Genestar en lui offrant un placard doré dans le groupe Hachette Filipacchi Media. Celui-ci a eu raison de refuser d’être promu ou de démissionner.
Le plus navrant pour l’honneur des journalistes serait que la rédaction de Paris Match, tentée la semaine dernière de faire grève pour la première fois de son histoire, ne s’oppose finalement pas avec la dernière énergie au départ de Genestar, et ne bénéficie pas du soutien décidé de la profession.
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