Dans la peau d’un blanc qui regarde « Dans la peau d’un Noir »
Est-il facile d’être noir de peau dans la France d’aujourd’hui ? C’est avec cette question en tête, presque un postulat, que Renaud Le Van Kim produit et réalise le documentaire en deux parties « Dans la peau d’un noir » diffusé par Canal Plus en cette fin de mois de janvier.
Le docu-télé-fiction, qui soit invente un genre, soit restera l’unique spécimen de son ethnie, entraîne deux familles dans la peau de l’autre. C’est un peu Les Groseille contre les Le Quesnoy dans le film d’Etienne Chatiliez « Un long fleuve tranquille ». A l’exception notable, qu’ici les deux sont d’accord sur le fait que « le racisme c’est pas bien ». Cela n’empêche pas le débat, les oppositions, les désaccords, n’empêche. On pourrait gloser longuement sur les défauts du premier épisode. Son côté « Ile de la tentation », avec les témoins pris à part, quelques heures après le démaquillage dont aucun des aspects ne nous aura échappé. Le caractère peu scientifique également de l’enquête qui essaie parfois d’étayer les thèses de départ en dépit des faits. Mais ce serait faire injure à ce travail que de le qualifier de conversation de bistro mais du bon côté du comptoir.
Plusieurs raisons achèvent de convaincre de l’intérêt de cette initiative.
- Elle est citoyenne. Il n’est pas d’investigation objective. Le simple fait de poser son regard le dément. « Dans la peau d’un noir » assume ce côté-là. On ne regardera pas ce documentaire du côté du paquebot de Saint-Cloud. De toute façon, ils ne sont pas abonnés à la chaîne cryptée.
- Elle est teintée de bon sens. La vie est un ensemble de détails dont l’addition donne la forme générale. Après les opérations de testing menées par Sos Racisme, les études d’opinion qui montrent l’enracinement de la xénophobie dans notre société, cette émission vient mettre, avec la force dont disposent les images, les points sur les i. Oui, il existe un problème d’ethnicisme dans notre pays.
- Elle dit aussi des vérités aux opprimés. Le premier regard porté sur un individu est d’abord le sien. A plusieurs reprises, on sent la famille noire originelle éprouver ce sentiment de persécutions avant même la persécution. Le syndrome du condamné avant même sa condmnation.
- Elle n’apporte pas de solutions toutes faites. Le but n’était pas de moraliser, ni de démoraliser, de donner des leçons, simplement de montrer et démontrer. Mission remplie.
Quand Griffin écrit son livre « Dans la peau d’un noir » en 1959, ce sont les mêmes idées qui le mobilisent. Quand le pseudo-journaliste kazakh Borat nous ouvre les portes de l’Amérique profonde, idem. Avec un peu plus d’humour, avouons-le. Il n’est pas rare d’ailleurs de voir les journalistes, les enquêteurs de la vérité, se déguiser pour obtenir plus de réalisme. La dénonciation et l’indignation restent des armes démocratiques. Rendons grâce à Renaud Le Van Kim de l’avoir montré sans larmoyance.
N’empêche, malgré ma famille Benetton, une épouse d’origine chinoise, deux beaux-frères pareils, un autre antillais et le dernier d’origine russe, le sentiment est à la nausée, comment cela est-il à la fois possible et tolérable ? Comment supporter d’en être un complice silencieux ?
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