Porno moteur : la ruée vers l’or rose
A l’avant-garde d’évolutions technologiques majeures, l’industrie du X a souvent fait pencher la balance en faveur d’un standard ou contribué à la diffusion d’un produit grand public.

Big Bande
Au milieu des années 1970, la bataille fait rage entre les formats VHS (JVC) et Betamax (Sony) pour la conquête des magnétoscopes de salon, le nippon étant unanimement reconnu par les vidéophiles pour sa qualité supérieure malgré des durées d’enregistrement plus courtes. Malheureusement, l’ultra-protectionnisme de la firme japonaise envers sa licence Betamax offrira de sacrées longueurs d’avance à la concurrence. Alléchés par les juteuses perspectives de la vidéo domestique, les producteurs du X adoptent rapidement le VHS, entraînant Hollywood dans leur sillage. Le Betamax demeurera confiné au monde professionnel.
Au début des années 1980, la quasi-totalité des motels américains de banlieue ou de campagne - gigantesque marché adulte très prisé par le X - proposent ouvertement une pléthore de cassettes roses à la location ; les câblo-opérateurs emprunteront ensuite cette voie royale. Corollairement, l’essor de la hot video coupera définitivement l’herbe sous le pied du cinéma porno, bientôt victime de la contre-révolution reaganienne.
Cash en chaleur
Réalisant 95% de la production planétaire hot DVD pour un chiffre d’affaires annuel de 4,6 milliards $, San Fernando est l’étoile solaire du X. Ici, le krach de la bulle Internet de la fin des 90’s relève d’un conte fantastique. En effet, dès les premiers pas du Web, la Porn Valley a vite su trouver son business model : l’entreprise virtuelle agile.
Ayant installé ses myriades de serveurs dans des paradis fiscaux et/ou technologiques (Caraïbes, Pays baltes, Océanie, etc.), la vallée rose n’a quasiment rien à craindre de la législation américaine. D’ailleurs, selon le département de la Justice, à peine 30% de ses pages Web sont recensées par Google/Yahoo !/MSN. En externalisant habilement les plus coûteuses activités (casting, tournage et montage) au Canada, en Amérique latine, en Europe centrale-orientale et en Asie, elle orchestre et approvisionne quotidiennement plus d’un million de sites Internet dans le monde en contenus photo, vidéo et interactifs... pour une demande intercontinentale en constante expansion !
Depuis 2006, « San Pornando » produit ses premiers en films en HD DVD, technologie plus accessible et moins onéreuse que le Blu-Ray de Sony...qui devra encore cravacher ferme pour sauver son bébé. Toutefois, dans l’attente d’une conversion massive des fabricants et des consommateurs au nouveau standard, 90% du catalogue sont encore édités en DVD conventionnels.
Chair de boule
La scène hard a donc pu découvrir en avant-première les dommages collatéraux du fameux HD DVD. Minuscules brûlures de rasoir ou de cire, infra-cellulite, ridules, veinules, pores : toutes ces petites aspérités invisibles à l’oeil nu ou en définition classique transparaissent très clairement en haute définition. Les astuces usuelles (changements d’angle ou de position, poudres, fonds de teint, retouches numériques, etc.) révèlent leurs limites et font trop souvent grimper les budgets de production et post-production. Plusieurs professionnels du plan serré dénoncent cette image crue et presque médicale, d’autres apprécient ce pixel hyper-réaliste. Tous reconnaissent la nécessité d’innover drastiquement sur le plan vidéographique. Depuis peu, Hollywood est également confronté aux mêmes difficultés.
L’arrivée de la HD est une aubaine pour les chirurgiens plastiques, leurs cabinets sont littéralement pris d’assaut par des diligences d’actriX débutantes ou confirmées. La requête en vogue : « une peau de bébé intégrale ». Des pornstars comme Jesse Jane ou Stormy Daniels repassent pour l’enième fois sur le billard afin d’effacer d’infimes marques de grossesse ou d’implants mammaires, et des micro-cicatrices dues aux interventions précédentes. Leurs collègues masculins résistent, mais eux aussi sont instamment priés de soulever un peu plus de fonte, d’éliminer leur pilosité corporelle, de s’habituer à la liposuccion et aux cosmétiques. Ne l’oublions pas : des carrières et des milliards de dollars sont en jeu, cela vaut bien quelques coups de bistouri supplémentaires...
Xtrémistes
Bénéficiant d’exceptionnelles synergies technico-commerciales du fait d’un voisinage très favorable - Silicon Valley et Hollywood - les industriels de San Fernando ne comptent guère en rester là. Ils ambitionnent déjà de vendre la télésexualité à la demande (live sex on-demand) aux chaînes motelières d’Amérique et aux cybernautes du monde entier. Grâce aux merveilles d’une carte bancaire et de la convergence Web-TV HD, un couple dans sa chambre verra et interagira en temps réel avec un ou plusieurs autres en pleine action. Etape préalable pour les boss de Pink Valley : convaincre le très néoconservateur département de la Justice ou espérer une prochaine administration démocrate.
On le voit, les turpitudes de la hot video en particulier, et des médias numériques en général, laissent présager d’éventuelles conséquences socioculturelles. Quel sera l’impact esthétique de ce déferlement d’images HD ultra-léchées ? Verra-t-on émerger un culte de la poupée en renfort du culte de la maigreur ? A l’instar de la télé-réalité auprès des jeunes adultes, la télé-sexualité à la demande suscitera-t-elle de sulfureuses vocations ?
Une chose est sûre : dans le far-west digital, les régiments californiens de cavalerie tirent plus vite que leur ombre.
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