Affaire Cahuzac : suspicions sur l’Elysée
"Je pense qu'il savait, le tout est de savoir depuis quand". La droite ne s'embarrasse pas de gants pour s'engouffrer dans la brèche ouverte par l'affaire Cahuzac. Christian Jacob le patron des députés UMP a entamé dès ce matin la tournée des médias pour tenter de transformer le mensonge d'un ministre en mensonge d'Etat. Avec pour objectif de mettre en cause directement François Hollande.
La virulence de la droite secoue fortement le pouvoir socialiste. L'inhabituelle bonne prestation de Jean-Marc Ayrault dès hier soir au journal télévisé de France 2 n'a pas suffi à éteindre l'incendie. François Hollande, qui ne l'avait pas envisagé, se trouve contraint de faire une mise au point avant son départ pour un voyage officiel au Maroc.
Premier ministre et Chef de l'Etat ont-ils fauté par excès de confiance dans la parole d'un homme ou, se sont-ils, comme l'insinue principalement la droite et Mélenchon, à leur tour murés dans le cynisme ?
Les rumeurs étaient anciennes. L'Elysée qui chapeaute l'ensemble des services de renseignement français et qui a autorité sur les limiers de Bercy, pouvait-il ne pas savoir ou a-t-il préféré ne pas se donner les moyens de savoir ? Et savoir depuis quand ? Avant de nommer Cahuzac ou seulement à partir des premières révélations de Mediapart ??
La mise au point à laquelle devrait se livrer François Hollande sera déterminante pour la suite de son mandat. Le pire serait de recourir à un mensonge pour couvrir un autre mensonge et de sombrer à son tour dans la spirale infernale qui a aspiré Jérôme Cahuzac. Car les langues vont se délier. Dès à présent de nombreux fonctionnaires de Bercy font part des suspicions pour ne pas dire plus qu'ils avaient à l'égard de leur patron.
Aujourd'hui Mediapart tient solidement le bout du fil et compte bien, avec des airs de Robespierre parfois inquiétants, dévider toute la pelote. Les titres de ses articles principaux en ligne sont éclairants sur la quête de vérité absolue du journal : "Cahuzac : de la sidération à la déflagration", "un aveu et après ?".
Les rats commencent à quitter le navire. Et il ne s'agit pas seulement de quelques conseillers ministériels prudents pour leur avenir. "Est-ce que l'Elysée a protégé Jérôme Cahuzac ?" écrit Stéphane Alliès sur l'incontournable journal d'Edwy Plenel en reprenant en titre une interrogation du secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts. Car Pascal Durand dans un entretien express avec le journaliste va loin. Très loin. Suffisamment pour donner à ses propos l'air d'une remise en cause de l'alliance politique avec le PS . "Si effectivement, comme l'a écrit Le Canard enchaîné sans être démenti, l'Élysee était au courant de la véracité des informations de Mediapart dès décembre, nous sommes en droit de nous interroger sur la manière dont l'intérêt général est géré dans ce pays. La question reste entière : est-ce que l'Élysée a protégé Jérôme Cahuzac ?"
La pression s'est donc déplacée de l'ex ministre sur l'exécutif socialiste qui se trouve désormais dans une position pour le moins délicate. Il appartient désormais au Chef de l'Etat, par les mots qu'il emploiera, d'éteindre l'incendie ou de le laisser s'étendre même si le pire serait de le laisser couver par une riposte insuffisante. Ce quitte ou double entre les mains de la présidence fait trembler la République.
La situation est cependant paradoxale. La chute de Cahuzac est certes un peu la victoire de Mediapart et du journalisme d'investigation, elle est surtout la preuve d'un pouvoir qui a, le fait est suffisamment novateur pour être souligné, laissé travailler normalement la justice.
Il ne faudrait donc pas qu'à l'issue de cette affaire la classe politique dans son ensemble y voit des regrets et se persuade qu'une justice aux ordres peut constituer son assurance-vie. La meilleure réponse de l'Elysée, celle sans doute qu'attend une majorité de français est de passer des paroles aux actes. De graver dans le marbre les conditions de l'indépendance de la justice mais également de donner corps à la loi sur la moralisation de la vie politique promise par le candidat Hollande.
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