Pierre Laurent mis en minorité
Le résultat de ce vote conduit à la mise en minorité de Pierre Laurent. Le texte soutenu par le premier secrétaire du PCF et son conseil national est en effet arrivé second d’une courte tête, ne recueillant que 38% des voix ( 11 461 voix). Il est dépassé de 1300 voix par le texte alternatif “Pour un manifeste du Parti Communiste du XXIe siècle” qui totalise 42% des voix. C’est la principale évolution par rapport au résultat du vote préparatoire au 37e congrès (lire ici) en mai 2016. Toutefois, le texte de la direction et celui des éléments rénovateurs autour de Elsa Faucillon continuent de totaliser la majorité des votes.
Texte | nom du texte | nombre de voix | % | résultats mai 2016 (37e congrès) |
---|---|---|---|---|
Texte Laurent | Le Communisme est la question du XXIe siècle |
11461 | 37,99% | 14 942 voix (49,6%) |
Texte Chassaigne | Pour un manifeste duParti communiste du XXIe siècle | 12 719 | 42,15% | Pour mémoire : PCF 62 – FVR-PCF 3755 voix (12,46%) La Riposte 1574 voix (5,23%) |
Texte Faucillon | Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme |
3607 | 11,95% | Texte Alternatif 1 6910 voix (22,94%) |
Texte Dan Tran | PCF : Reconstruire le Parti de classe. Priorité au rassemblement dans les luttes |
2385 | 7,9% | Paris 15e : 2001 voix ( 6,64%) |
Blancs et nuls | – | 661 | 944 – 3,13% |
Les chiffres et les enseignements du scrutin : fonte du nombre d’adhérents et leadership de Pierre Laurent bousculé
Le premier enseignement du vote est la poursuite de la fonte du nombre d’adhérents actifs du PCF. Lors des votes préparatoires aux 37e congrès, le PCF comptait 52.933 adhérents à jour de cotisation et avait réuni 30.127 lors du vote. Si la mobilisation dans un contexte beaucoup plus tendu a été légèrement plus forte (30 833 vote), le nombre d’adhérents au PCF à jour de cotisation a lui poursuivi sa chute avec seulement 49 218 cartes, près de 4000 adhérents en moins en deux ans et demi !
Le second enseignement de ce scrutin est le net vote sanction de la direction Pierre Laurent, qui est mis en minorité, tandis qu’une opposition hétérogène vire en tête sans obtenir la majorité absolue. Toutefois, si le texte affichant clairement une orientation de liquidation ne recueille que 10% des suffrages, le texte de la direction Pierre Laurent se maintient à un niveau élevé, ces deux textes totalisant une majorité des voix.

Pierre Laurent, André Chassaigne et Brigitte Gonthier (PCF -PGE) avec Alexis Tsipras (SYRIZA – PGE)
Cependant, ces résultats traduisent également l’absence de leadership et de majorité à ce stade au sein d’un PCF qui apparaît affaibli et à la direction divisée, dans un contexte de résultats électoraux désastreux. Car ces résultats ne dégagent ni une majorité, ni une orientation politique claire. Le texte arrivé en tête n’est pas majoritaire et surtout il ne règle pas à ce stade de nombreuses questions importantes à trancher pour l’avenir du PCF. S’il est clair sur la nécessité d’un PCF affirmant son identité électorale en présentant des candidats aux élections, la définition du contenu de ses orientations politiques apparaît bien moins nettes, et ce d’autant plus que ce texte est le résultat d’un compromis entre des forces internes du PCF qui hier soutenait la mutation et étaient jusqu’à peu les soutiens de Pierre Laurent – comme la section économie du PCF avec Y. Dimicoli ou ceux autour d’ André Chassaigne – et une partie de l’opposition communiste interne à cette mutation autour des communistes de Faire Vivre et Renforcer le PCF. Lors du dépôt des différents textes de congrès, dans son analyse des différents textes le PRCF avait ainsi pu souligner certains des paradoxes du Manifeste, pour lesquels les militants du PCF auront à prendre des décisions claires et tranchées, s’inquiétant que pour certaines des questions les réponses apparaissent déjà largement tranchées. Notamment s’agissant de l’Union Européenne, le Manifeste ne se positionnant pas pour la sortie de l’UE ou de l’Euro, mais au contraire pour la réorientation de la Banque Centrale Européenne, soit une ligne identique que celle portée par l’actuelle direction Pierre Laurent.
Du simple point de vue de l’arithmétique électorale, ces résultats peuvent à ce stade être – sans se tromper – interprétés comme la coagulation d’une opposition au leadership de Pierre Laurent. En effet, les voix obtenues par le Manifeste pour un parti communiste du 21e siècle apparaissent essentiellement comme le total d’un vote sanction contre la direction Pierre Laurent : le texte de Pierre Laurent perd en effet 3481 voix tandis que des figures comme André Chassaigne ne le soutiennent plus mais le contestent et par rapport au premier texte d’opposition à Pierre Laurent en 2016, le texte soutenu par Elsa Faucillon perd 3 303 voix, indiquant ici probablement un effet de report des oppositions au leadership des personnalités de la direction vers le texte apparaissant comme le plus à même de faire tomber Pierre Laurent. À eux seuls, ces reports de voix expliquent les 2/3 du score réalisé par le texte de Chassaigne, les voix de la tendance autour de FVRPCF expliquant le tiers restant du score du Manifeste.
Le texte« Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » va donc servir de base à la discussion préparatoire à un texte pour le 38e congrès du PCF. Il sera important d’observer dans quels sens se fera la synthèse d’un texte de congrès qui au regard des rapports des forces pourrait ne se traduire que par le simple renversement de Pierre Laurent, sans que la mutation liquidation du PCF ne soit remise en question, et ce d’autant plus que les textes Laurent et Faucillon totalisent 50% des voix. Peut être que le conseil national du PCF le week-end prochain apportera quelques premières tendances.
JBC pour www.initiative-communiste.fr site web du PRCF
Retrouvez également le communiqué du PRCF :
Le texte de la direction du PCF-PGE mis en minorité, mais aucun des deux textes en compétition n’apporte de clarté politique
Un premier commentaire du PRCF. 10 octobre 2018
Les membres du PCF-PGE ont donc voté pour le « manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » élaboré et porté par un attelage hétérogène : la commission économique du PCF, laboratoire idéologique de la mutation et du réformisme syndical, le député André Chassaigne et les communistes du Réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF, qui se réclament du marxisme.
Nous avons dit, sur le fond, ce que nous pensons de ce Manifeste dont le flou et les affirmations qui tournent le dos à l’analyse de classe, se situe dans la continuité de la direction mutée de P. Laurent, expression comme « échec de l’URSS » et ” Nous voulons changer l’Europe pour une autre mondialisation”.
On se demande en lisant attentivement les deux textes si, comme disent déjà le souhaiter des animateurs des deux courants principaux, une synthèse ne serait possible. Forcément sur des bases réformistes et euro-constructives, le seul point faisant sans doute problème entre eux étant le rapport à la France insoumise.
R
efus de prôner une sortie de l’Euro et de l’ UE, qui sont la pièce centrale du dispositif du grand capital, refus de condamner l’anti-soviétisme en jetant le bébé avec l’eau du bain (le texte Chassaigne parle d’ « échec de l’URSS » et ne dit mot de la monstrueuse trahison de Gorbatchev, pour n’évoquer que cet aspect du fait majeur qui détermine notre époque : la contre-révolution !), refus de la référence pourtant existentielle pour un vrai parti communiste au léninisme (le seul texte en lice qui parlait de marxisme et de léninisme, celui de Paris-XV, obtient 7,5% des voix, ce qui en dit long sur les évolutions idéologiques au sein du PCF…), refus de la solidarité internationaliste à l’égard des partis communistes menacés d’interdiction comme le PC de Pologne ou les pays progressistes en bute à l’impérialisme…tous ces éléments et encore bien d’autres ne permettent en aucun cas de s’illusionner sur la transformation d’une révolution de palais, portant éventuellement au pouvoir un dirigeant nordiste qui se situe dans le sillage du mutant Bocquet, où un groupe remplace un autre trop usé pour mener la même politique, en une renaissance du parti communiste. Si personne, chez les communistes, ne devrait pleurer devant la claque que reçoivent P. Laurent et ses affidés, ce serait une erreur profonde que de croire que du flou, que du mariage de la carpe et du lapin, peut sortir un nouveau Congrès de Tours. Tours fut tout le contraire, une clarification autour des 21 conditions de l’ IC. Certainement pas un compromis boiteux entre les réformistes et les révolutionnaires alors que ni Chassaigne ni Laurent ne souhaitent rompre avec le Parti de la Gauche Européenne, dans la direction duquel figure Tsipras, l’homme qui vient de tenter d’interdire la grève en Grèce ! Rappelons qu’il n’y a jamais eu de Deuxième Internationale et demie viable dans l’histoire !
Le PCF a été démoli pierre par pierre – sans mauvais jeu de mots – par la mutation précédée par l’eurocommunisme délétère des années 70. Le sursaut des militants authentiquement communistes du PCF – et il y en a – serait stérilisé si “on changeait tout pour que rien ne change”. C’est sur le fond, c’est sur les positions, c’est sur les actions, sur le caractère de classe des analyses et perspectives politiques portées par l’organisation qu’on peut juger de la nature du changement et non dans un pari, perdu d’avance, que de cette agitation sortirait le parti communiste dont nous avons tant besoin.
De plus comme Lénine nous l’a montré, l’opportunisme de droite et de gauche se renforcent mutuellement : le refus réformiste du parti léniniste entraîne le refus sectaire de la politique de Front, l’isolement et la défaite. Car la politique de Front implique un parti communiste capable de porter le rôle dirigeant de la classe ouvrière en particulier dans et part la lutte de classe. Et pour ce faire, il ne suffit pas de constater, ce qui est l’évidence même, que la France Insoumise ne peut en aucun cas remplacer la reconstruction d’un vrai parti communiste, il faut mener campagne devant la classe ouvrière pour le Frexit progressiste pour qu’émerge un vaste front pour tirer notre pays du mouroir de l’euro/UE/OTAN.
Compromissions et sectarisme marchent la main dans la main.
Pour nous marxistes-léninistes il est de notre devoir de faire preuve de lucidité et de vérité devant les évènements et d’en faire une lecture de classe. Briser les illusions et les mystifications ne peut que renforcer le mouvement vers la renaissance communiste, la construction du parti léniniste de notre temps qui est la condition nécessaire d’une perspective de victoire pour les forces ouvrières, progressistes et patriotes de notre pays.
C’est pourquoi le PRCF organisera très prochainement un Tour de France du Frexit progressiste où seront bien venus tous les communistes qui veulent, non seulement marquer l’ « identité » d’un appareil gravement dégradé et discrédité, mais construire une alternative antifasciste, patriotique, progressiste, anti-impérialiste et progressiste.
Et pour cela, très clairement, sans changer la mutation en semi-mutation, construire le tous ensemble pour chasser Macron et sortir la France, par la porte à gauche, de l’UE supranationale du capital.