Démission du député Garrigue. L’UMP est-il voué à l’autodestruction comme le PS ?
Xavier Bertrand, tout nouveau secrétaire général de l’UMP, saura sans doute savourer ce cadeau de bienvenue. En effet, il découvrira ce mercredi sur son bureau de secrétaire une lettre de démission signée du Député de la Dordogne, Daniel Garrigue.

Vu de Paris, les récents événements politiques au sein de l’UMP du petit département de la Dordogne pourraient passer pour une histoire de clochemerle. Sauf qu’il y a quelque jours, Xavier Bertrand, le plus hyper actif après le Président, alors futur secrétaire général, est venu se mêler d’une réunion d’une importance déterminante et cruciale. En effet, la France, par ses temps de crise, observe avec une attention soutenue qui va emporter la présidence de l’UMP de Dordogne. Il n’est pas question d’éléphants mais d’un taureau, dixit Jérôme Peyrat, jeune prétendant à la présidence de l’UMP en Dordogne, lorsqu’il parle de son confrère et concurrent Garrigue. Qui lui rend la pareille en le traitant de belette ! Le différend entre les deux hommes a été commenté dans les médias locaux. Cette affaire n’aura pas de retentissement national. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est que Garrigue est un vieux routard, se réclamant du gaullisme social, et vu la région, on pourrait le qualifier de gaulliste truffé, comme on parle des radicaux cassoulets pour évoquer les fils spirituels de Jaurès et Bourgeois en terres d’Albi. C’est Garrigue qui il y a peu, voulait sortir le RSA du bouclier fiscal au nom de la justice fiscale. Broutilles d’euros certes mais du symbolique c’est sûr !
Faut-il alors accorder une attention particulière à ce combat de coqs politiques mené dans la plus pure tradition de la féodalité contemporaine ? Dans sa lettre de démission, Garrigue est assez explicite, livrant un tableau plutôt édifiant de l’évolution récente de l’UMP depuis que cette formation a été prise en main par Sarkozy en 2004 pour la transformer en machine électorale servant son élection ; comme du reste le RPR fut en son temps une machine électorale ajustée et formatée pour l’élection de Jacques Chirac en 1995, un RPR transformé en UMP à l’initiative d’Alain Juppé, le premier de la classe. Ce qui est certain, c’est que ces manœuvres visent à mettre hors jeu un vieux taureau du gaullisme pour le remplacer par un jeune loup dévoué à Nicolas Sarkozy et qui du reste, figure officiellement dans le trombinoscope de l’Elysée comme l’un des conseillers politiques du Président. L’électeur français moyen se demandera pourquoi tant d’agitation pour un enjeu de si peu d’importance dans un contexte de crise économique, doublé d’une configuration politique favorable à la majorité puisque le PS a perdu la confiance des Français. Mais ne sait-on jamais, mieux vaut anticiper pensent les gens de l’UMP, et pour satisfaire ce dessein, autant contrôler les choses sur le territoire et notamment la Dordogne, département qui avec le grand Sud Ouest, se plaît à bouder les sirènes de l’UMP. D’après Garrigue, c’est à cause de la politique antisociale de Sarkozy peu appréciée en ces terres de radicalisme et rigueur politique. Si tel est le cas, faire diriger l’UMP de Dordogne par un sarkozyste relève du non sens. Mais dans ce microcosme politicien, le non sens et les valeurs ont-elle la minorité lorsqu’il est question de pouvoir et de combats entre factions. Ce terme étant employé à dessein car il paraît évident que l’UMP tend à épouser la forme d’une faction, comme du reste aurait pu le faire le PS avec la faction Royal. Heureusement pour le PS, c’est encore un parti, enfin, il faut le dire vite. Deux factions se sont combattues il y a peu.
Faut-il prendre au sérieux les propos consignés dans la lettre de démission de Garrigue ? Une chose est certaine, cette lettre est argumentée et précise, livrant le sentiment de lassitude, pour ne pas dire de dégoût, exprimée par un député de l’UMP. On pourra toujours penser qu’il s’agit là d’un règlement de compte et que la barque est chargée. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage. Pourtant, ces propos sur la mainmise de l’UMP par les partisans de Sarkozy semblent confirmer ce que toute la presse branchée connaît des manœuvres présidentielles. L’arrivée à la direction de l’UMP de Xavier Bertrand n’étant guère surprenante. Comme si Bertrand était à Sarkozy ce que Medvedev est à Poutine. Un Bertrand déjà pressenti pour les élections de 2017. Incroyable, ce sens de la prospective chez les gens de l’UMP. Toujours est-il que la volonté de tout régenter se confirme et le récent pataquès avec Rama Yade n’infirme pas cette vision de la régence élyséenne. Cette effrontée n’a pas voulu conduire la liste UMP aux européenne, qu’elle soit châtiée, elle n’aura pas le maroquin de JP Jouyet. En avait-elle les compétences ? Mais pour Sarkozy, peut importe les compétences, seule compte la régence. Qui s’abat sur les frondes des députés. Y compris ceux qui s’affrontent au projet de travailler le dimanche. La méthode de Sarkozy et ses factieux, c’est le coup d’éclat, le coup de force, comme celui de Peyrat et Bertrand qui au sein de l’appareil local de l’UMP de Dordogne, ont usé de méthodes dignes d’anciens systèmes qu’on ne voudrait plus revoir. Des méthodes visant à isoler un membre et faire comme s’il n’existait pas. Des méthodes que l’on connaît dans les milieux professionnels comme relevant du harcèlement moral ! Voilà ce qu’est l’UMP sous la régence de Sarkozy.
Que nous raconte Garrigue au juste ? Des détails essentiels sur le fond. Les débats politiques, les joutes d’idées, auraient subitement disparu des arcanes de l’UMP après l’arrivée de Sarkozy aux commandes. Même le très intellectuellement surdoué et regretté Juppé n’y pouvait rien contre ce délitement de l’agora politicienne des sections, au profit d’une prise de contrôle par une faction comprenant entre autres Guaino, Guéant, et une palanquée de dévoués technocrates verrouillant les pouvoirs autour du Président. Et l’UMP ne serait plus qu’un ectoplasme où tout débat d’idée a été évacué et où les conseils nationaux ne sont plus que prétexte à joutes oratoires sans grandeur entre le secrétaire général et les vassaux adjoints et néanmoins rivaux, dixit Garrigue. Dont je tiens la lettre de démission comme un document historique d’importance qui sera utilisé encore dans 50 ans par les historiens.
Si Reims symbolise la déliquescence du PS, Périgueux et Bergerac sont deux villes emblèmes de la lente décomposition de l’UMP, avec ses figures conquérantes, les ralliés à la faction Sarkozienne, Darcos et Peyrat, et puis Bertrand en émissaire très spécial de la régence venue asseoir son pouvoir contre la fronde du Périgord noir menée par le démissionnaire Darrigue qui abdiqua sans avoir eu le loisir de devenir un petit prince de Condé face au Président qui d’ailleurs a désigné Bertrand comme son prince héritier. Les factions gouvernent ? Au PS, à l’UMP, et même la faction verte menée par Cohn-Bendit. Et le peuple, qu’en pense-t-il ? Il a sans doute oublié l’histoire et un certain Saint Just qui porta le combat en son nom avec comme étendard cette fameuse maxime, je ne suis d’aucune faction, je les combattrai toutes !
Pour le reste, les historiens se souviendront de cette époque comme celle des combats d’élites en tous genres et styles, des prises de pouvoir, des jeux de réseaux, des alliances entre factions. Quel aveuglement amène les sociétés au bord de l’abîme. Quelle folie amène les hommes à mettre en avant leur carrière et leur pouvoir, quitte à balancer les idées et les débats ? Ce constat est valable dans les milieux politiques mais aussi à l’Université où les présidents ont délaissé l’éthique des savoirs pour sacrifier à la logique des pouvoirs. Le monde va détruire la civilisation par un excès de pouvoir. Mais nous sommes avertis. Cela s’est déjà produit en 1940.
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