Eva Joly rejetée par les Bisounours
Elle est honnête, droite, convaincue, pas du tout démagogue, ce qui ne l’empêche pas de défendre des idées et un programme surréalistes, totalement en décalage avec la réalité économique du pays et de la planète. Et pourtant elle ne séduit ni les bobos, ni les enseignants moutonniers, ni la « gauche caviar », ni les chevaliers de l’Apocalypse qui parait-il nous pend au nez sous peu. Les fanatiques du tri sélectif et du Vélib ne vont pas voter pour elle, Eva Joly stagne dans les sondages, même son parti n’y croit plus. Daniel Cohn-Bendit, le fin démagogue, qui n’est pas plus écolo que Dassault n’est pacifiste, s’en fout totalement. Pour lui, ce qui compte, ce sont les élus Verts aux législatives qui formeront un groupe de pression (si ce n’est de chantage) sur le gouvernement, si possible socialiste. Idem à la Mairie de Paris, où le lobby vert tente le coup d’état permanent pour faire céder le faible Delanoë sur ses manies couteuses au contribuable parisien.
Eva Joly est dans les choux (sans engrais ni pesticides), mais cela ne veut pas dire que l’idéologie verte est morte. Cette pensée magique et incantatoire est tapie dans chaque parti, sauf peut-être au FN. La peur du nucléaire s’amplifie, les citoyens de base apprécient encore Nicolas Hulot, une majorité d’enseignants distille le venin vert à l’école et chacun de se demander quel geste il peut faire pour la planète. Et ce geste n’est surement pas celui de se masturber sur ses plantes vertes comme engrais naturel.
Eva Joly possède des qualités indéniables, elle est pondérée, sincère, d’une pugnacité certaine. Hélas, elle met son intelligence au service d’une cause mortifère et liberticide. Que peut-on lui reprocher ? Son accent nordique qui lui a valu bien des sarcasmes, sûrement pas ! Aurait-on osé s’attaquer à un accent magrébin ? Elle n’a jamais été mouillée dans la moindre affaire douteuse et son rigorisme fait froid dans le dos. Elle est tellement froide, pour ne pas dire glaciale, qu’elle ne peut être tiède. Débarrassée du carcan idéologique de l’écologie politique, elle aurait pu faire une bonne candidate, souverainiste, gaulliste, ou même socialiste (dans l’aile non farfelue ou corrompue). Avec elle pas de risque de Fouquet’s, de compromission, de scandale sexuel ou de prise de bénéfices indus. Pas moyen de lui coller un scandale ou un petit dérapage à la Zemmour sur le dos.
Et puis elle ne pardonne rien ni personne, ni DSK, ni les détournements crapuleux de politiciens en exercice, qu’ils soient de l’UMP ou du parti socialiste. Parti où elle aurait fait le ménage, tant dans les Bouches-du-Rhône que dans le Pas-de-Calais si elle y avait eu sa place. A l’écouter, on subodore qu’un député qui garde pour lui un stylo de marque après une signature officielle, mériterait au moins 3 ans de goulag. Mais les bobos, les électeurs de gauche, lui préfère Hulot, Yann « Plastic Bertrand », Jean-Louis Etienne, quand ce n’est pas Yannick Noah, Jamel Debbouzze ou Omar Sy. Pas assez démagogue, la vilaine Joly, pas assez people !
Qui n’a pas la fibre verte aujourd’hui ? Sarkozy en pur démagogue envoie NKM scander des incantations d’un ton éthéré devant les caméras. Et s’il y avait un nouveau scandale Montedison, elle demanderait pour sûr un net durcissement dans l’affaire des boues (bouts ?) rouges. Hollande a signé un accord électoral avec EELV dont il se mordra les doigts si jamais il est élu. Bayrou a récupéré des transfuges ambitieux et verdâtres, il cède doucement à la mode verte malgré son réalisme rural d’homme attaché au terroir. Même l’extrême-gauche essaye de verdir un minimum son drapeau. Borloo et Yade rongent leur frein vert et Dupont-Aignan ainsi que l’éphémère Villepin se sont mis au diabolo-menthe, certes, avec très peu de sirop. La seule qui résiste aux sirènes vertes, c’est Marine Le Pen qui ne s’en laisse pas compter. Peut-être que la couleur verte lui rappelle par trop celle du drapeau de l’islam ! Sinon, qui n’est pas un peu vert dans ses discours et profession de foi quotidienne ? Peut-être Rachida Dati, trop glamour pour apprécier les « bouseux » et les Balkany qui ont équipé leur Marie de 4x4 rutilants. Ce qui reste de Parti Communiste s’est doucement converti à la faucille et au poireau. Chase Pêche Nature et Tradition n’existe plus, il n’y aura donc personne pour dénoncer les fantasmes millénaristes des écolos.
Eva Joly, trop honnête pour être élue, fera un score pitoyable aux élections présidentielles et les Verts, qui l’ont choisie démocratiquement, lui feront le reproche de les avoir fait perdre. Cela dit, tous les candidats verts se sont pris une branlée à chaque élection présidentielle, ce ne sera qu’une de plus.
Eva Joly est une Robespierre, une Torquemada moderne qui va droit dans le mur avec la conviction des soldats de l’An II. Sa démarche serait sympathique, car elle va à l’encontre des modes et des engouements, si elle ne défendait pas une forme de stalinisme écologique. Elle aurait dû rester dans la magistrature et y dénoncer les pourris de tous bords, hélas, elle s’est laissé embarquer dans une aventure sans espoir. Tapie et Elf étaient des dossiers qui en valaient la peine, bien plus que le combat pour les éoliennes face au nucléaire. C’est peut-être parce qu’elle est une écologiste de fraîche date, qu’elle n’a pas encore assimilé tous les tics et les manies de ces groupuscules liberticides, mais sa rigueur nordique ne colle pas avec la mentalité gauloise, qui aime les passe-droits, les petits arrangements et qui a du mal à s’imposer une morale hygiéniste.
Eva Joly est donc une sorte d’OVNI ou de Cyborg dans le paysage politique français, on n’est pas prêt à en accepter d’autres du même acabit. L’écologie triomphera peut-être un jour, mais sans elle. Il faut être beaucoup plus menteur, retors, cynique et démagogue pour arriver à être élu.
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