Fillon triomphe. Un deuxième tour de la primaire de droite pour rien
On n'attendait pas de surprise et il n'y en a pas eue. Avec 66,5 % des voix, François Fillon est arrivé largement en tête et il représentera les chances de la droite et du centre à la prochaine élection présidentielle. C'est aussi lui qui a le plus de chances de devenir le prochain président de la République. Il est à noter que cette fois-ci, les sondages se sont révélés exacts !
François Fillon et la suite de sa campagne présidentielle.
Les Républicains ont à présent en la personne de François Fillon un candidat incontesté à la présidentielle. Il a déjà obtenu le ralliement des cadres de son parti. Il devra à présent élargir son équipe pour vraiment rassembler les Républicains et le Centre autour de lui et ce ne sera pas difficile.
François Fillon a parcouru le pays depuis quatre ans pour préparer la présidentielle de 2017 et il n'y a nul doute qu'il a compris quelles sont les aspirations de la France profonde. Elle sont aux antipodes des milieux élitistes parisiens qui s'autosatisfont en boucle complètement déconnectés de la réalité. François Fillon a eu le soutien de l'autre France, pas toute l'autre France mais plutôt celle de droite, majoritaire dans le pays et qu'on n'a plus écouté depuis cinq ans.
Certains diront qu'elle est réactionnaire, trop conservatrice, trop vieille mais elle est attachée à des valeurs comme les traditions, le patriotisme, la sécurité et est contre le multiculturalisme. C'est vrai, mais elle existe, elle s'est clairement exprimée et elle veut une droite qui la représente.
Si François Fillon arrive à maintenir sa ligne politique et à conquérir une partie des déçus de la gauche, c'est un boulevard qui s'ouvre devant lui pour une victoire en 2017.
Sur le plan international, un rapprochement avec la Russie sera bénéfique pour la France. Le rapprochement avec la Syrie est présenté de manière astucieuse. Il parle du rôle traditionnel de protecteur des chrétiens d'Orient que la France s'était attribuée et qui a été repris par la Russie depuis peu. Cela implique une lutte contre le terrorisme salafiste qui empoisonne la région et qui a tendance à s'étendre en Europe et dans le monde. Ce sera une autre occasion de rapprochement avec la Russie tout en préservant chacun ses intérêts nationaux.
L'avenir d'Alain Juppé.
Alain Juppé a sans doute commis l'erreur de se maintenir pour ce deuxième tour. Il a par cette décision hypothéqué ses chances d'encore avoir un poste influent dans un gouvernement de droite sous la Présidence de François Fillon.
Lors du débat télévisé du 24 novembre, celui-ci a précisé que les ministres devront avoir eu une conduite exemplaire ce qui devrait écarter Alain Juppé d'une désignation à un poste ministériel. A 71 ans, c'était sans doute sa dernière chance d'encore avoir une fonction ministérielle influente.
Son score à ce deuxième tour de la primaire et son ralliement obligatoire par discipline de parti à François Fillon lui laisseront un rôle politique marginal à l'avenir.
C'est probablement la volonté de François Fillon de rapprochement avec la Russie et la rupture avec la politique de renversement prioritaire de Bachar al-Assad qui ont motivé son maintien au deuxième tour. Sur ces points, Alain Juppé était en accord avec la politique de Barack Obama et de François Hollande ainsi que des milieux atlantistes en mal de justification de leur existence.
Ses programmes économique et social étaient peut-être moins radicaux mais ils étaient quand-même similaires dans les grandes lignes au programme de François Fillon.
Ce qui est sûr à mon avis, c'est que le Brexit et l'élection de Donald Trump ont créé une dynamique anti-élites qui a réveillé la France conservatrice et traditionnelle.
Il m'a aussi semblé que son sentiment de victimisation concernant le soutien de Vladimir Poutine à son adversaire et la controverse du détournement de son prénom en Ali au lieu d'Alain a desservi la crédibilité d'Alain Juppé. Il ne sied pas à un candidat président de prendre ombrage de tout ces détails. Prendre plus de hauteur ou traiter ces faits avec humour aurait mieux convenu.
Le rôle d'Alain Juppé comme ministre des Affaires étrangères en 2011 – 2012.
C'est Alain Juppé qui avait fait le forcing en 2011 pour que la Russie n'oppose pas son veto à la résolution 1973 sur la Libye qui a ouvert la porte à l'agression illégale d'un pays souverain par l'OTAN et le Président Sarkozy. Il avait à l'époque déclaré qu'on ne pouvait se contenter d'une résolution minimale. Le président russe de l'époque, Dimitri Mevedev, avait déclaré que le mandat de l'ONU avait été outrepassé par l'OTAN. Si Alain Juppé avait été honnête, il aurait dû démissionner de son poste de Ministre des Affaires étrangères d'autant plus qu'il avait été court-circuité par le pseudo philosophe Bernard-Henri Lévy que le président Sarkozy avait consulté en son absence.
Grisé par le trompeur succès militaire en Libye, Alain Juppé a voulu récidiver en Syrie en 2012 mais il a cette fois trouvé une Russie résolue à ne plus commettre la même erreur.
La victoire socialiste a alors écarté Alain Juppé de la conduite de la diplomatie française mais il n'y a nul doute qu'il aurait suivi la même ligne que l'incompétent Laurent Fabius.
Je pense que par son manque de clairvoyance à l'époque et à son absence de regrets, Alain Juppé n'est pas qualifié pour mener la France pendant la période difficile qui s'ouvre en politique internationale avec des accords majeurs entre les grandes puissances qui, dans les années à venir, mèneront le monde vers la multi-polarité et vers une inévitable confrontation avec le militantisme politique de l'islam soutenu par certains pays du Golfe et la Turquie.
Il est possible que la culpabilité d'Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy dans le drame libyen soit gravés dans le subconscient de ceux qui ont voté ces deux derniers dimanches et que ce soit une raison de leur échec.
Les autres candidats à la présidentielle de 2017.
Marine Le Pen reste la candidate qui a le plus de chances d'accéder au deuxième tour de la présidentielle. Elle va cependant devoir droitiser son programme pour essayer de regagner les millions électeurs qui étaient à la Manif pour tous et qui se sont ralliés à François Fillon.
Assez étonnamment, Marion Maréchal-Le Pen a un discours identique au programme des Républicains. Si Marine Le Pen manœuvre avec suffisamment de finesse elle pourra peut-être en récupérer une partie mais je pense que ce sera difficile. Il en est de même pour Bruno Gollnisch mais il est moins charismatique et il beaucoup plus radical dans ses propos notamment concernant le fonctionnement de l'UE.
Une éventuelle victoire finale de Marine Le Pen dépendra de son adversaire du deuxième tour.
François Hollande ou un autre candidat de la gauche caviar semblent avoir peu de chances d'atteindre le deuxième tour. Il représente la soumission à l'UE et à la politique d'Angela Merkel. Il représente le symbole de la domination des élites mondialisées et des minorités sur les intérêts des autres Français. La reconnaissance par le PS qu'il n'y a pas d'alternative au libéralisme le coupe du soutien de la classe ouvrière. La chance du candidat de gauche est qu'il pourra compter sur un parti bien expérimenté et sur la presse de gauche. Ce sera sans doute aussi le seul candidat important qui portera les valeurs idéalistes en avant mais il y a peu de chance que ce soit encore entendu par une majorité de Français.
Le candidat Macron, s'il obtient les 500 signatures, ne sera à mon avis qu'un trublion qui ponctionnera des voix à François Fillon et au candidat du PS. Son programme est encore plus libéral que celui de François Fillon mais il faudra voir si on lui laissera la chance de l'exposer dans les médias. La nouvelle loi sur les temps d'antenne défavorise les petits candidats. Il a certainement des soutiens financiers important mais il faudra voir s'il y aura aussi des soutiens politiques et médiatiques.
François Bayrou pourrait être le deuxième trublion du centre. Il ne s'est pas encore engagé mais son éventuelle candidature serait clairement engagée contre François Fillon. Il récolterait peut-être quelques pour cents mais il ruinerait définitivement sa carrière politique au niveau national s'il faisait perdre François Fillon.
Jean-Luc Mélenchon serait peut-être la surprise du deuxième tour surtout si Emmanuel Macron et François Bayrou se présentaient et si la droite et le centre étaient surreprésentés. Il tient un discours constant depuis cinq ans : un mélange de populisme (dans le sens d'écoute du peuple) et d'anticapitalisme qui est actuellement bien entendu.
C'est aussi le meilleur tribun du moment et il est toujours étonnant de le voir parler sans aide-mémoire ni prompteur pendant une heure. Il connaît bien tous les dossiers et c'est une « bête médiatique » qu'on invite pour faire de l'audience. S'il arrive à détacher les classes ouvrières du FN en gardant un ton modéré concernant l'immigration il aura une chance d'arriver au deuxième tour et même de l'emporter si c'est face à Marine Le Pen.
Critiques et conclusion.
S'il est vrai que François Fillon n'a pas encore eu sa chance de briguer la Magistrature suprême, il n'en est pas moins vrai aussi que son programme économique le place à contre-courant des tendances économiques actuelles et du désir d'une grande partie des peuples (et le français en particulier) d'aspirer à retrouver la souveraineté face au capitalisme mondialisé et aux institutions supranationales qui dictent les comportements à tenir. Ce programme économique libéral ainsi que les mesures de réduction des dépenses seront très bien vus par l'Union européenne.
Il est possible que cela permette de créer des conditions favorables pour une croissance mais sans mesures contraignantes pour les multinationales qui déplacent leurs investissement au mieux de leurs intérêts, cela risque de ne pas porter ses fruits.
Je pense à l'autoritarisme de Vladimir Poutine qui menaçait de tenir ouverte par contrainte une usine que l'oligarque Oleg Deripaska voulait fermer ou à Donald Trump qui menaçait Ford de taxer ses voitures à 35 % si l'entreprise délocalisait au Mexique.
Quand la gauche aura désigné son candidat, la campagne électorale pourra vraiment commencer. En quatre mois, beaucoup de choses qui auront une influence sur les élections françaises vont encore se passer et je me garderais bien de faire un pronostic concernant le ou la future locataire de l’Élysée. Pensons à l'investiture de Donald Trump et à la direction qu'il donnera à la nouvelle politique étasunienne, à la situation en Syrie qui semble évoluer très vite, à l'effondrement économique, social et moral en Ukraine qui nous concernerait indirectement, à un nouvel attentat sanglant en France ou en Europe, à une nouvelle crise des migrants si la Turquie changeait d'avis en ouvrant ses frontières de sortie et à tout autre événement grave qui influencerait les électeurs.
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