FN, on l’adore tous au fond ! L’électeur un peu moins...
Pas une semaine, pas un jour, pas un débat, sans que le FN soit la distraction de nos téléviseurs. Il faut croire que l'on n'a jamais autant aimé le parti d'un(e) Le Pen. De gauche à droite, aussi bien au Parti Socialiste qu'à l'UMP. Et le citoyen, l'électeur dans tout ça ?
Les grands titres de la presse semblent faussement s'étonner de ce succès. Et ce, malgré, tous les sondages publiés sur la popularité du FN. Ces derniers, ne cherchent qu'à vendre leurs enquêtes en simplifiant et déformant les résultats. Très vendeurs pour la presse, celle-ci reprend telle quelle la synthèse, sans creuser sur le sérieux de l'enquête d'opinion, et sans examiner la dizaine de pages du dossier.
La classe médiatique joue avec les sondages. Donc, on crée du débat sur une valeur très subjective qu'est la cote de popularité du Front National. Un Front National qui serait, selon un institut, le 1er parti de France. Et voilà que le PS et l'UMP s'amusent sur les plateaux télés. L'UMP va dénoncer les fausses promesses du PS, et qui serait donc le seul responsable de la montée du mouvement de Marine Le Pen. Le PS, quant à lui, condamne l'UMP qui serait, elle aussi, la seule responsable de cette popularisation. Ping-Pong. L'arbitre : l'ancien chevènementiste, bonne tête, posé, sûr de lui, l'incarnation d'une nouvelle génération de cadres politiques, Florian Philippot, du Front National. Et tout cela fait les choux gras des médias. Une partie de tennis de table inlassable, souvent amusante puisqu'elle est une répétition sans fin de petits coups bas. Evidemment, la cantonale partielle à Brignoles, avec la victoire d'un candidat Front National face à l'UMP, continue d'alimenter les mêmes sondages, les mêmes débats et les mêmes analyses peu fines. Un exemple : après cette petite victoire du FN à Brignoles, le PS considérait toujours par la voix de son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, un et seul responsable : "l'UMP". L'UMP qui n'aurait pas "levé le petit doigt pour défendre leur candidate. (...)Il ne faut pas qu'ils s'étonnent ainsi qu'une partie de leurs électeurs les fuient pour aller directement" vers le FN, dixit Jean-Marc Ayrault. Bref, aucune autocritique, alors que la candidate socialiste à cette cantonale, rappelons-le, a été éliminée dès le 1er tour. Pis, Jean-Marc Ayrault s'est même réjoui que le taux de participation pour le deuxième tour soit aussi élevé, et cela grâce au front républicain mené par le PS. On rigole à peine... Le FN a pratiquement doublé ses voix entre le 1er et le 2e tour. Le Premier ministre poursuit : "les socialistes ont pris leurs responsabilités et ne céderont jamais face au Front national et la tromperie qu'il représente à l'égard des Français." Sauf que sur ce terrain-là, le PS devrait d'abord balayer devant sa porte. Si l'anti-sarkozysme, et les promesses de lutter contre la finance, de réorienter la politique européenne, de "changer maintenant" a fonctionné pour faire élire François Hollande à la présidence, les Français ne sont pas dupes. Sauf que des Gérard Filoche dans les instances du parti, il en manque certainement. Gérard Filoche, c'est ce petit militant de terrain, âgé de 67 ans, qui s'était ému aux larmes après l'affaire Cahuzac. Ce socialiste qui criait de tout son coeur que le politique devrait retrouver ses convictions, ce pour quoi il était élu : c'est à dire servir l'intérêt général.
Mais si, une certaines classe médiatico-politique arrêtait la vision à court terme d'élections, peut-être que l'on barrerait la route au désenchentement politique et de la montée des partis extrémistes. Le porte-parole de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a affirmé quelque chose d'assez juste : le Parti Socialiste devrait arrêter, à chaque débat, le raccourci simpliste que l'UMP = FN. Car, drôle de paradoxe à Brignoles : le PS a appelé à voter UMP à la cantonale partielle au 2e tour, car l'UMP reste un parti républicain. Si une certaine classe politico-médiatique arrêtait de vulgariser à outrance et de jouer sur les peurs, à considérer que la seule alternative possible à l'UMP et le PS est le FN, comme s'en amuse Franz Olivier-Giesbert d'ailleurs. Si les débats pouvaient dépasser le thème "Le FN peut-il l'emporter ?", "Le FN est-il un parti d'extrême droite", "Le FN peut-il être la 1re force à droite", "le FN...", etc. Si, finalement, on s'intéressait au citoyen, à l'électeur. Si on s'intéressait aux 20 milliards que la France pourrait retrouver si elle avait le courage de lutter contre la grande fraude fiscale, si on s'intéressait à la place de la France dans le monde, si on s'intéressait à des politiques économiques alternatives face à l'échec de nos actions depuis 30 ans, si l'on s'intéressait concrètement aux problèmes... Mais c'est trop compliqué à gérer dans un sujet de 1minute 10 sur BFM TV, I—Télé, LCI, etc. Et certains cadres politiques préfèrent s'amuser avec d'autres questions dans les débats.
17 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON