Ils seront donc dix
10 candidatures ont été validées par le Conseil constitutionnel

Depuis le lancement de la campagne, l'élection présidentielle était bien partie pour voir concourir un nombre de candidats historiquement faible. Et ça n'a pas raté : ils seront finalement dix à briguer la fameuse "investiture suprême", comme en 1981, alors qu'ils étaient 16 en 2002 et encore 12 en 2007.
Peu de surprises
La configuration finale révèle au final peu de surprises. Les candidats les mieux placés dans les sondages ont été en mesure de déposer bien plus de parainages d'élus que nécessaire au Conseil constitutionnel. Alors qu'on a longtemps spéculé sur son éventuel retrait, Eva Joly sera finalement de la partie. Nathalie Arthaud, profitant du réseau de fidèles constitué d'élection en élection par Arlette Laguiller, a pour sa part été la première à déposer les 500 formulaires. Quant à Marine Le Pen, qui s'est plainte des heures durant de supposées difficultés à récolter les précieuses signatures, elle en a finalement désposé plus de 550, autant que son père à l'occasion du précédent scrutin. Même topo du côté de Philippe Poutou qui, malgré les difficultés invoquées par le NPA dans la course aux parainages, a été en mesure réunir pas moins de 572 signatures. Nicolas Dupont-Aignan a entretenu le suspense jusqu'au bout et a finalement créé la surprise en déposant 708 parainages au conseil constitutionnel.
La surprise est finalement venue de deux candidats : d'une part, de Dominique De Villepin, qui avait montré sa volonté d'aller jusqu'au bout mais a tellement méprisé le processus de collecte des signatures qu'arrivé à la datte butoire, il s'est retrouvé loin du compte. D'autre part, de Jacques Cheminade, la seule surprise de cette élection, qui est parvenu, comme en 1995, à faire valider sa candidature sans aucune couverture médiatique, ou presque. Corinne Lepage n'a pas eu autant de chance qu'en 2002 : la candidate de Cap21 ne savait pas elle-même si elle avait atteint son but vendredi, la voila désormais fixée.
Le système des 500 parainages et les contraintes associées au procédé de validation des candidatures n'est finalement pas aussi contraignant qu'on a pour habitude de le prétendre. Ceux qui s'en sont plaints le plus ont finalement validé leurs candidatures, Cheminade y est parvenu avec des moyens militants dérisoires, et De Villepin et Lepage ont été sanctionnés pour leur stratégie approximative et leur démarche solitaire plus que par un système injuste et antidémocratique. Cela ne veut pas dire qu'il faille conserver ce système ou vanter sa vertue. Mais si Poutou, Cheminade, Arthaud et Dupont-Aignan peuvent le faire, disons-le franchement : il n'est pas si ardu d'être candidat à une élection présidentielle en France pour peu qu'on s'y soit suffisament préparé, ce qui est la moindre des choses.
Une offre politique poursuivant une certaine continuité.
Ces candidatures recouvrent de manière assez traditionnelle le spectre politique français. François Hollande représentera le PS et ses partis sattélisés, comme Ségolène Royal en 2007. Nicolas Sarkozy, la droite dite "républicaine", l'UMP héritière du RPR. Le Pen représentera le FN, parti que l'on se transmet d'une génération à l'autre au sein de la même famille. Bayrou incarnera pour la troisième fois consécutive le centre-droit libéral, d'inspiration démocrate-chrétienne issus de l'UDF de Giscard d'Estaing. Eva Joly se chargera d'écoper du score médiocre auquel la famille écologiste semble condamnée à chaque scrutin présidentiel. Comme en 2002 et 2007, l'extrême-gauche issue du trotskysme présentera deux candidats, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, totalement inconnus du grand public mais militants historiques de Lutte Ouvrière et de la défunte LCR (respectivement). Jean-Luc Mélenchon se chargera de représenter un dépassement lui aussi historique du PCF dans le cadre du Front de gauche. Nicolas Dupont-Aaignan portera les couleurs de la droite souverainiste et euroscéptique incarnée en son temps par Philippe De Villiers. Reste enfin Jacques Cheminade, candidat polémique de l'obscure groupuscule Solidarité et Progrès, qui a réussi là où il avait échoué en 2002 et 2007. Espérons pour lui que cette fois-ci ses comptes de campagnes ne seront pas invalidées comme en 1995, ce qui gâcherait, c'est certain, ce surprenant baroud d'honneur.
Remarquons tout-de-même au passage que l'offre à gauche s'est singulièrement retrecie par rapport aux deux présidentielles précédentes : le MRC et le PRG se sont une nouvelle fois ralliés au candidat socialiste, le Part ouvrier indépendant a renoncé à participer à l'élection après avoir soutenu Daniel Gluckstein puis Gérard Schivardi, et il n'y aura cette fois-ci pas de José Bové pour ajouter à la fragmentation de la gauche radicale.
L'égalité du temps de parole dans les médias de masse va maintenant permettre aux électeurs d'y voir un peu plus clair, au gré d'une offre électorale restreinte et donc plus lisible. Pas sûr que le débat public y gagne en qualité, les électeurs montrant depuis des mois un franc mécontentement à l'égard d'une campage terne et polluée par les boules puantes balancées sans vergogne Sarkozy et Le Pen au milieu de l'arène. Le climat actuel semble propice à une abstention importante, et pourrait bien faire les affaires des "outsiders" au détriment des deux "grands" candidats qui ont pratiquement saturé la couverture médiatique de la campagne au cours des trois derniers mois.
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