« L’activité partielle, c’est préférable au chômage total » (Sarkozy)
Le président Sarkozy veut faire face à la crise résolument. Il a annoncé, le 25 novembre à Valenciennes, l’extension partout du contrat de transition professionnelle qui vient en aide aux licenciés économiques. C’est une bonne initiative. Mais il est dommage que cette annonce de relance du CTP ait donné lieu à un moment de communication intensive et populiste.

Qu’est-ce que le contrat de transition professionnelle ?
Le CTP a été mis en place en avril 2006 pour la première fois dans 6 sites expérimentaux correspondant à 6 bassins d’emplois : Charleville-Mézières, Morlaix, Saint-Dié, Toulon, Vitré et Valenciennes. Un 7ème site était venu s’ajouter ensuite. Il s’agissait d’un nouveau dispositif d’aide au reclassement des salariés licenciés. Ces contrats assurent à des salariés licenciés économiques un revenu de remplacement de 80% du salaire brut pendant 12 mois maximum. Les salariés concernés par ce dispositif reçoivent aussi un accompagnement renforcé avec un rendez-vous par semaine.
Ces contrats devaient cesser à la fin de l’année 2008. Mais, face à la crise, le président entend mobiliser les moyens. Après avoir prévu d’augmenter le nombre de contrats aidés, il a annoncé le maintien de contrats de transition professionnelle, et leur extension à un total de 25 bassins d’emploi.
Ce qui va changer :
Outre le passage de 7 à 25 sites, des modifications ont été annoncées par le chef de l’Etat. Les règles du chômage partiel vont être changées "pour permettre une utilisation plus souple de ce dispositif". Le plafond des heures de chômage partiel sera augmenté de 600 "à 800 voire à 1.000 dans les secteurs les plus exposés" et les salariés pourront être contraints d’interrompre leur travail jusqu’à six semaines consécutives, contre quatre actuellement.
En contrepartie, il est "urgent de relever le montant de l’indemnisation pour le porter au niveau du SMIC", et l’Etat pourrait majorer "les remboursements qu’il accorde aux entreprises dans ces circonstances" pour faciliter les choses. Le chômage partiel est indemnisé à hauteur de 50% du salaire normal.
Ce qui ne va pas changer : la propagande élyséenne !
D’abord Sarkozy intervient tout seul à la manière d’un Zorro. Le langage est révélateur : "Moi mon affaire, c’est quand ça va pas", a-t-il répondu à ceux qui l’accusent de faire pression sur des négociations entre syndicats et patronat. "Je ne demande pas mieux que de pas intervenir", a-t-il affirmé, "mais alors allez vite, j’attends des résultats." Il a aussitôt brandi la menace d’un projet de loi si patronat et syndicats ne parvenaient pas à un accord "ambitieux" avant la fin de l’année. Par "ambitieux", il faut entendre "dans la ligne politique de Sarkozy".
Sarkozy ne ménage pas ses efforts pour donner à ses décisions un tour spectaculaire et une grandeur historique. On le sait familier de la récupération des mots comme "Grenelle" ou "Bretton Woods" pour amplifier l’effet d’annonce et épater le petit peuple. Il ne déroge pas à cette habitude ici : "On fait plus que tripler le nombre de bassins qu’on prend, c’est considérable, et je suis prêt à aller beaucoup plus loin encore". Mais il a écarté tout partenaire social au prétexte de l’urgence et la lenteur de ces derniers à se décider ! Il tire la couverture à lui tout seul.
Pour couronner le tout, il annonce sa décision à Valenciennes, la ville de Borloo, et s’octroie le privilège exclusif de venir tout seul porter secours aux bassins durement frappés ces jours-ci par la crise : Les bassins de Sandouville (siège d’une usine de Renault particulièrement touchée), la région de Niort (siège de la Camif, qui vient d’être placée en liquidation judiciaire), font partie des bénéficiaires. Merci qui ? Sarkozy, père Noël !
Nous voilà rassurés, Sarkozy peut tout faire ! Il se montre comme le seul à savoir agir et, d’ailleurs, il agit seul, sans partenaires sociaux, sans parlementaires, sans ministres. Quel homme ! On le sait friand de reconnaissance et de distinctions. On l’a vu, après avoir obtenu le prix du courage politique, railler George Bush qu’il était jusque là son allié. C’est qu’Obama venait d’être élu et le vent avait tourné. Profiter de ce vent d’Obamania ne pouvait que conforter sa popularité : sans rien faire ! De la même façon, lui qui n’avait pas de mot assez dur pour fustiger les contrats aidés, voilà qu’il s’en sert pour glorifier son action et qu’il les pare des plus belles vertus. De même pour l’impôt qui n’est plus en disgrâce et va servir à donner des aides aux banquiers et aux patrons des secteurs stratégiques en crise. Le traitement social aussi, bien qu’il s’en défende ("Je ne veux pas qu’on recommence les erreurs du passé où, face à un problème économique, la réponse est uniquement sociale"), est remis à l’honneur.
Chez Sarkozy, chassez l’opportunisme, il revient au galop !
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