« L’économie idiot ! »
A 18 mois des élections présidentielles de 2012 le choix des thèmes de campagne va être crucial pour les différents candidats dans l’optique de l’imposition de leur propre agenda aux autres prétendants à l’Elysée, aux médias et aux électeurs ; un petit détour par la campagne présidentielle américaine de 1992 peut ici être très instructif.
En 1992 George Bush Senior est Président des Etats-Unis. Il a succédé en 1988 au charismatique et populaire Ronald Reagan dont il a été le vice président pendant 8 ans. Tout semble en place pour que Bush soit réélu facilement : la chute du mur de Berlin en 1989 a montré de façon éclatante au monde entier la supériorité du modèle occidental et justifié la politique internationale menée par les Etats-Unis pendant les années 80, et la première guerre d’Irak s’est achevé sur un franc succès pour les américains conférant à Bush l’image du guerrier vainqueur.
Ainsi en mars 1991 G Bush culmine à 90% d’opinions favorables dans les sondages, un niveau historique au XXème siècle pour un président américain. Pourtant 18 mois plus tard il sera battu par un jeune gouverneur quasiment inconnu de l’Arkansas, Bill Clinton. Entre temps que s’est-il passé ?
Il s’est passé que les électeurs américains se sont avant tout prononcés sur des questions intérieures et notamment l’économie. En effet le chômage atteint à l’époque des niveaux très importants (près de 8% de la population active) et le déficit budgétaire, en raison principalement des dépenses militaires, est abyssal. En 1991 le pays est même en récession (variation du PIB -0.2% ). Dans ce contexte les stratèges de la campagne de Bill Clinton décident d’appuyer là ou ça fait mal, c'est-à-dire d’insister sur les mauvais résultats économiques de Bush : c’est James Carville, le responsable de la campagne de Clinton qui lance alors ce slogan « It’s the economy, stupid » - littéralement « c’est l’économie idiot ! » pour indiquer que Bush aurait d’abord du s’occuper de ce qui intéresse avant tout les américains : la situation économique du pays et par ricochet la leur.
Si les comparaisons ne sont pas transposables à 100% d’un pays et d’une époque à l’autre on peut néanmoins penser que dans le contexte de crise économique dure que traverse la France, caractérisé par un chômage très élevé, une stagnation du pouvoir d’achat, la rigueur budgétaire et des perspectives économiques médiocres voire sombres, les électeurs se prononceront avant tout en 2012 sur les questions économiques et sociales ; exactement comme les américains en 1992.
En ce moment ce qui compte pour beaucoup c’est de savoir si le fils va trouver un emploi, si la fille va enfin échapper à une succession de CDD et de temps partiels, si le grand père pourra être soigné correctement tout en étant pris en charge par la sécurité sociale, si le père qui part à la retraite dans quelques années aura le même niveau de pension... Les questions internationales, les vrais ou faux débats sur l’identité nationale et l’immigration, les réformes constitutionnelles… tout cela est intéressant mais en temps de disette ce n’est pas cela qui détermine le vote pour une grande majorité de nos concitoyens.
Dès lors on voit bien l’intérêt du futur candidat Nicolas Sarkozy : tout faire pour détourner l’attention de l’électeur des questions économiques et sociales, domaines où son bilan sera très mauvais, et au contraire sortir en permanence de son chapeau des diversions – ici l’émergence de la figure de Marine Le Pen tant qu’elle reste à des niveaux électoraux « raisonnables » est une très bonne nouvelle car le fonds de commerce du FN est justement celui des thèmes qui font diversion. Si ces questions économiques et sociales viennent quand même occuper un espace central de la campagne on usera jusqu’à la corde l’argument de la crise mondiale (« c’est pas de notre faute »), du « ceux d’en face n’auraient pas fait mieux, au contraire », plus quelques « enjolivements » statistiques dont les chiffres du chômage nous fournissent des exemples édifiants chaque mois.
A contrario les adversaires de Nicolas Sarkozy, et singulièrement le PS, devraient enfourcher le thème de l’économie avec une grande force et démontrer à quel point la politique menée depuis 2007 a été injuste, inégalitaire et par dessus tout inefficace, tout en traçant de vraies priorités pour les prochaines années et une vraie rupture. Or aujourd’hui hormis les questions de personnes et les débats byzantins sur les calendriers de primaires on ne voit rien venir… c’est pourtant là dessus que se jouera l’élection à notre avis.
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