L’intéressante proposition de Michel Rocard
La plupart des lecteurs qui fréquentent régulièrement Agoravox connaissent maintenant bien la critique du système monétaire actuel, même si celle-ci ne fait pas l’unanimité.

Pour résumer brièvement, cette critique reproche aux banques privées de s’accaparer la valeur réelle grâce au privilège et au monopole d’émission de la valeur symbolique sous forme d’émission monétaire.
Je renvoie ceux qui ont raté le débat à ces quelques articles de très bonne qualité :
L’Arnaque monétaire ou la face cachée de la mondialisation,
La Dette publique.
L’instigateur en 1973 de la fin d’émission monétaire publique étant entre autres Valéry Giscard D’Estaing, alors ministre des Finances, vous pourrez trouver ici sa réponse au fondateur de www.fauxmonnayeurs.org, à savoir André-Jacques Holbecq, à une question : question à VGE.
Je vous laisse juge de sa réponse, ainsi que du commentaire laissé par un internaute.
Cependant, l’autisme de la classe politique face à cette critique n’est pas parfait. Les médias dans leur ensemble n’ont relayé de l’université d’été de la Rochelle que des querelles de personnes dans la nomination du premier secrétaire du PS.
Mais ce grand barouf médiatique est également accompagné d’ateliers, dont le site Solidarité & Progrès laisse transparaître une intervention intéressante de Michel Rocard :
Extrait :
"Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France
...
Il ne peut y avoir de création de richesses sans anticipation monétaire, a dit l’ancien Premier ministre en substance, soulignant que les critères de Maastricht nous ont poussés vers une économie extrêmement malthusienne. Nous n’aurions pas dû céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas dû céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toute façon, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission.
Face à l’urgence de la crise, Michel Rocard a estimé que plutôt que de poser immédiatement la question du statut de la Banque centrale européenne, car cela exigerait de revoir les traités, il fallait utiliser, dans l’urgence, la Banque européenne d’investissement (BEI) à laquelle aucun statut n’interdit de faire du crédit pour des investissements dans d’importants projets d’infrastructures ou en faveur des PMI/PME innovantes. Selon ses statuts, la BEI, dont les capitaux sont souscrits par les Etats, peut prêter à hauteur de 250 % ses capitaux propres qui atteignent actuellement, près de 165 milliards d’euros. Elle aurait donc, en principe, un trésor de guerre représentant un peu plus de 400 milliards d’euros, ce qui est bien loin de ce qui est requis pour sortir de la crise que nous connaissons.
Il n’a pas, cependant, précisé si elle a les moyens d’émettre du crédit public, à bas taux d’intérêt afin de rendre ces investissements intéressants, ou si elle est obligée d’emprunter sur les marchés aux taux élevés pratiqués par ceux-ci, cas dans lequel ces investissements ne pourraient pas représenter une sortie à la crise actuelle.
..."
source : http://www.solidariteetprogres.org/article4505.html
Tout en espérant que Solidarité et Progrès ait correctement retranscrit le fond de la pensée de Michel Rocard sans trop l’orienter, cette intervention semble faire écho à la déclaration de Julien Dray concernant une banque publique (en l’occurrence pour racheter le site rentable de Gandrange), lors d’une émission La Tribune BFM sur BFM TV.
Il est possible que les articles 104 et 105 du traité de Maastricht n’aient pas complètement cadenassé le pouvoir régalien de battre monnaie, et que l’on puisse les contourner, laissant une porte ouverte à une capacité d’investissement public.
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