La crise, la crise, la crise…
Qu’il soit réélu ou battu en avril-mai prochain, Nicolas Sarkozy aura laissé l’image de l’homme qui en faisait toujours trop. Alors que les hommes politiques, d’une manière générale, se limitent aux « promesses », Nicolas Sarkozy s’est distingué en prenant des « engagements », une démarche qui ne pardonne pas à l’heure du bilan. Ainsi ses adversaires dans la course à l’Elysée pourraient s’épargner une campagne ruineuse en se contentant de rediffuser dans leurs meetings respectifs les clips de nombreux propos et discours dont il a littéralement inondé les médias depuis maintenant dix ans. On y trouve tout et son contraire.
On dit qu’on ne se fait pas réélire sur un bilan mais plutôt sur un projet. Les bilans sont trop souvent passés à la trappe par le peuple lui-même qui privilégie la capacité des dirigeants à régler leurs difficultés du quotidien, peu importe la teneur des promesses de campagne. Ces promesses ont ainsi la particularité de se faire oublier aussitôt que retombe la fièvre de la campagne électorale. Le commun des Français, interrogé dans la rue, vous avouera qu’il ne peut même pas citer deux promesses des candidats investis en 2007. Mais sur ce point, Nicolas Sarkozy passe pour l’exception.
Les « engagements » qu’il a pris en 2007 ont été tellement martelés par lui-même, ses ministres et les responsables de l’UMP que n’importe qui peut en citer deux, trois, quatre… sans avoir besoin de réfléchir au préalable. C’est que le candidat élu de 2007 a su toucher les électeurs au plus profond de leur cœur en s’engageant, avec fermeté, sur des sujets de préoccupation majeurs. La République, le pouvoir d’achat, la sécurité, l’immigration, la France dans le monde…
Qui oublie la promesse d’une « République irréprochable » ? Pour, au final, se prendre en pleine figure les affaires Woerth, Bettencourt, Karachi, Françafrique,… Et le climat du « tous pourris » est destiné à durer, la loi constitutionnelle de février 2007 ayant réaffirmé la garantie de l’irresponsabilité pénale du Chef de l’Etat. Le Président en cours de mandat, ne risque d’être enquiquiné par aucun juge. La lenteur de la justice aidant, le juge d’instruction qui, dans l’avenir, voudra tirer ces affaires au clair, se verra opposer des certificats médicaux, puisque l’homme sera trop vieux et trop malade pour passer à la barre. Même en ayant la conscience tranquille.
Qui oublie la phrase librement prononcée et martelée à souhait : « je serai le Président du pouvoir d’achat » ? Le candidat est même revenu à la charge, toujours librement, pour préciser qu’il sera « le Président de l’augmentation du pouvoir d’achat ». Qui oublie la promesse de « nettoyer les banlieues au karcher » ? Des tas d’autres engagements encore, toujours sur un ton inoubliable : « aller chercher la croissance avec les dents », « je n’ai pas été élu pour augmenter les impôts », « dans deux ans, plus personne ne sera obligé de dormir dehors », « le plein emploi à l’issue du quinquennat », « Gandrange »…
Des engagements qui ne peuvent que le mettre dans l’embarras lorsqu’on publie les chiffres catastrophiques de la pauvreté, du chômage, du mal-logement. Ou lorsque les Français, médusés, apprennent qu’ils ont perdu leur précieux triple A et que le scénario du cauchemar grec est tout à fait envisageable. Parce qu’une dette astronomique a été accumulée, et continue de l’être à un rythme vertigineux ; et qu’on ne sait pas trop comment elle pourra être remboursée, ni même si elle le sera tout simplement...
Les restos du cœur ont rarement été aussi fréquentés. Et lorsque nos amis allemands menacent de ne plus financer le budget européen de l’aide alimentaire, la panique se propage dans les rangs des plus démunis d’entre nous. Avec raison. Ces associations sont, en effet, le dernier filet de sécurité avant de finir dans l’abîme des soupes populaires. Une expérience traumatisante pour la nation qui rappellerait les années sombres qui nous hantent de génération en génération.
En matière de sécurité, les « voyous » continuent de sévir. Ils sont même devenus plus violents. Ils ne se contentent plus de voler. Ils agressent, frappent, tuent, parfois sans motif. La République devrait sévir, mais où est passé le karcher ?
Toutefois le pouvoir d’achat et le chômage restent la préoccupation majeure des Français. Seulement voilà ! Même lorsqu’on attribue au Président les meilleures intentions du monde, on se demande bien comment il pourrait, avec un état aussi désastreux des finances publiques, redonner du sourire à ce peuple dévasté par la sinistrose. On bat les records du pessimisme. Même les Irakiens, dont le pays se situe quelque part entre champ de ruines et champ de bataille, sont plus optimistes que nous.
Alors les communicants de l’Elysée et de la majorité parlementaire ont trouvé le mot magique qu’ils font répéter aux dignitaires envoyés dans les studios des radios et sur les plateaux de télé. Ils doivent inlassablement répéter, avec discipline, « la crise », « la crise », « la crise » ! Pas un seul responsable de la majorité ne finit sa phrase, pour ainsi dire, sans insister sur l’excuse de la crise. Pouvoir d’achat, chômage, logement, pauvreté, dette publique, croissance molle,… tout y passe. C’est la faute à la crise.
La politique devient ainsi, pour les élus, un boulot plutôt pénard qui consiste à prendre des « engagements » pour se faire élire, s’octroyer des salaires « triple A » dans un pays de smicards, les avantages et les honneurs qui vont avec ; pour revenir avec un bilan calamiteux mais dont on ne serait pas responsable. Puisqu’on tient le coupable. Il s’appelle « la crise ». Solliciter à nouveau la confiance des électeurs parce que cette fois-ci serait la bonne. On a concocté un bon projet pour la France. Il s’inspire de l’Allemagne citée sans cesse en exemple, comme s’il n’y avait plus de génie politique en France et qu’il faille désormais se laisser aller au copier-coller. C’est le meilleur projet qu’aucun autre candidat n’est en situation de présenter. En étant à peu près certain que les promesses énoncées dans ce « nouveau projet » n’ont pas plus de chance d’être réalisées d’ici à 2017 que celles de 2007.
Et la mésaventure du peuple français avec ses élus, en tout cas ces élus-là, est destinée à durer.
En effet, dans notre bonne vieille démocratie, en matière de promesses électorales, aucune loi (ce sont eux qui votent les lois) n’astreint les élus à l’obligation de résultat. Même pas de moyen ! Ce qui, en plus du sentiment de s’être fait avoir, se traduit par des aberrations à peine croyables. Ainsi, selon des associations citoyennes, bien de nos illustres députés se pointent, en tout et pour tout, juste quelques jours au Palais Bourbon. En cinq ans de mandat. Et puisque rien n’interdit aux partis de renouveler l’investiture de l’absentéiste le moins à plaindre, celui-ci, pépère, peut continuer à pratiquement faire les poches au contribuable, démocratiquement. Un mal récurrent qu’on dénonce à peine au risque de passer pour un insupportable populiste. Pour le moment. Car l’accusation de populisme, au fil du temps, est de moins en moins crédible.
Il en est de même de l’excuse de la crise dont l’usure n’est plus qu’une question de temps. La Cour des comptes a déjà précisé que la dégradation des finances publiques n’est attribuable à la crise qu’en partie. L’essentiel des dégâts économiques et financiers que subit actuellement la France est la conséquence des choix politiques opérés par les gouvernements respectifs, en particulier celui issu de l’actuelle majorité parlementaire.
Boniface MUSAVULI
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