La droite commence son inventaire sans mettre en cause Nicolas Sarkozy, disons pas encore, pourtant... !

L’UMP qui a perdu après 2007, toutes les élections sans exception, les municipales, les régionales, les cantonales et les sénatoriales, la présidentielle et les législatives, entame son inventaire.
Après la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, dimanche soir c'est l'UMP toute entière qui a reçu une gifle. Un à un, les ténors du parti en ont convenu : l'heure est à "un grand travail de réflexion programmatique".
Même si l’UMP évite" la Bérézina" en conservant environ 210 sièges, la défaite est lourde. La défaite est surtout cinglante pour les laudateurs du sarkozisme : Claude Guéant, Frédéric Lefebvre, et la "groupie" de Nicolas Sarkozy Nadine Morano sont battus. La droite populaire, ces ultras de l’UMP, ont perdu plus de la moitié de leurs élus, et on a vu tous les flingueurs de l'ancien président disparaître de l'Assemblée Nationale.
Dès lundi 18 juin, plusieurs personnalités de l'UMP ont pris position contre la "droitisation" de leur parti. Ils disent à voix haute ce qu'ils murmuraient tout bas du temps du quinquennat hégémonique sarkosyste. Sans s'en prendre à Nicolas Sarkozy, ils critiquent le tournant pris pendant la fin de règne de leur leader et la campagne présidentielle, sous l'égide du très droitier conseiller officieux de l'ex-chef de l'État, Patrick Buisson.
François Baroin, l'ex-ministre de l'économie, interrogé sur RTL par Jean-Michel Aphatie a estimé que l'UMP n'avait pas à "aller braconner" sur les terres du FN : "On ne doit pas s'éloigner du pacte fondateur" de l'UMP, a-t-il déclaré.
Sans nommer Nadine Morano (battue en Meurthe-et-Moselle), il affirme : "Quand on commence à dire qu'on a des valeurs communes avec le FN et que Mme Le Pen est sympathique, on n'a plus qu'à boire un coup avec elle et discuter. Ce n'est pas possible, il faut rebâtir une digue." "L'UMP c'est le refus des extrêmes, l'UMP n'a pas à aller braconner sur telle ou telle terre.".
Concernant la stratégie du "ni Front national, ni front républicain" en cas de duel FN-gauche, adoptée à l'unanimité en bureau politique, et par lui-même dit-il, il reconnaît que cela a été une erreur : "On a accepté car Mélenchon nous pose un vrai problème, mais le 'ni-ni' a ses limites. On a perdu les municipales, les régionales, les cantonales, les sénatoriales, la présidentielle, les législatives, il faut tirer les enseignements de tout ça." (Voir la vidéo ci-dessous).
Alain Juppé à lui aussi pris ses distances avec la stratégie choisie par l'UMP. Dans une interview au "Monde", il estime que l'UMP n'est apparemment pas au clair, "quand on entend certains de nos amis affirmer qu'ils se reconnaissent dans les valeurs du Front national". L'ancien premier ministre, en rappelant son "attachement à la nation qui se construit sur une intégration réussie et le rejet de la xénophobie et de l'islamophobie" déclare "Nous devons clarifier nos positions".
Le plus"cogneur", de tous est l'ex-premier ministre et vice-président du Sénat, Jean-Pierre Raffarin. Invité sur BFMTV-RMC par Jean-Jacques Bourdin il a exprimé ses regrets : "Notre majorité, dans le passé, a été un peu hémiplégique, sa partie droitière était plus renforcée que sa partie centrale". Il pense qu'il faut "rebâtir une pensée politique qui permette à l'UMP de s'appuyer sur ses deux cultures, celle de la droite républicaine autoritaire et celle de la droite humaniste". Selon lui la "stratégie de Grenoble", c'est-à-dire la "dérive droitière" de l'UMP "a échoué".
"Le FN a une histoire qui ne le met pas dans le camp de la République", a-t-il souligné. Ses propos sont en totale contradiction avec ceux de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, quand il cherchait à "draguer" les voix frontistes pour gagner leur du second tour. (Voir vidéo ci-dessous).
La seule qui avait osé s'élever contre la droitisation au lendemain de la présidentielle est l'ancienne ministre des sports, Chantal Jouanno. Dès dimanche soir, elle avait mis sur Twitter : "Triste défaite sans appel qui sanctionne la stratégie de droitisation. Fin du silence sur la refondation mais opposition sans concession."
Selon la sénatrice de Paris l'UMP a subi une lourde défaite qui condamne le fait que le parti a refusé d'avoir une frontière étanche avec les valeurs du FN.
Interrogé sur ces propos, Jean-François Copé a balayé la critique : "Ce n'est pas mon point de vue, je ne suis pas sûr d'ailleurs que Chantal Jouanno soit tout à fait majoritaire sur cette thèse", a répondu le secrétaire général de l'UMP sur France Info.
Jean-François Copé qui brigue la présidence de l'UMP en novembre, a déclaré à propos de l'éventuel échec de la stratégie de droitisation : "Ce n'est pas mon point de vue. Il ne faut pas confondre le fait de dire ce qu'on a sur le cœur avec je ne sais quelle tentation de faire exploser notre famille politique."
Pour ma part, l'UMP a été anéantie par Nicolas Sarkozy. La ligne qu'il a imposé au pays depuis le discours de Grenoble le 30 juillet 2010 s'est révélée mortifère pour son parti. De plus en collant, pendant la campagne présidentielle, au discours du Front national, il n'a fait que rendre acceptables les thèses xénophobes dans l'esprit d'un nombre de plus en plus important d'électeurs. Cela a entraîné la désunion au sein de son propre camp.
Je pense que la responsabilité de cette déconfiture lui incombe grandement ainsi qu'à ceux qui se sont tus, car comme le dit Henri Guaino : "personnes n'a élevé de critiques virulentes pendant cinq ans (...) ". Sont également responsables ceux qui n'ont cessé d'approuver et de valider le dévoiement éthique et politique de son quinquennat. Ce qui a conduit, par répulsion, au triomphe de la cause adverse.
Quand est-ce que la droite va reconnaître l'entière responsabilité de Nicolas Sarkozy dans son échec ? Pas de sitôt à mon avis car ce dernier commence déjà à tisser sa toile en vue de son retour, selon Christophe Jakubyszyn sur RMC ce matin, il compterait se servir du Conseil Constitutionnel comme tremplin. (Voir vidéo ci-dessous).
Sources : Le Point, Le JDD, Le Parisien, Le Monde, France Info, Le Point,
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