La France n’est pas d’extrême-droite
Nicolas Sarkozy et les ténors de l’UMP ont définitivement perdu leur pari. Ils avaient misé sur l’hypothèse selon laquelle le centre de gravité de la politique française se déplaçait vers l’extrême-droite. D’où la stratégie de droitisation parfois excessive. Pari perdu au vu de la vague rose qui a déferlé sur le pays en balayant les dernières certitudes de la droite.

Tout avait pourtant bien commencé pour l’UMP avec l’arrivée tambour battant de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en mai 2007. Après avoir siphonné l’électorat du Front National, il s’est employé tout au long de son quinquennat à légitimer les postures et les discours d’extrême-droite. Ses ministres ont relayé sans état d’âme cette rhétorique droitière au point que l’actualité politique en France devait se réduire à d’interminables polémiques sur les immigrés, l’islam, les sans-papiers, la répression tous azimuts,…
La porosité entre l’UMP et le FN semblait acquise jusqu’à ce que tombe le verdict des urnes. Le Président et l’UMP ont été copieusement battus, le FN a repris ses électeurs et la gauche se retrouve confortablement installée aux commandes du pays. Elle contrôle l’Elysée, les deux chambres du Parlement, 21 des 22 régions, la majorité des départements et les mairies des grandes villes. C’est un pays résolument encré à gauche que découvrent, au final, les stratèges de l’UMP qui avaient misé sur l’adhésion massive des Français aux thématiques de droite et d’extrême-droite.
Certaines défaites ont été assez révélateurs de l’intérêt plutôt modéré que les Français accordent au virage à droite. Nadine Morano, dont la proximité avec le Front National a été mise à nu grâce au canular de l’humoriste Gérald Dahan, a été sèchement battue à Toul par un inconnue PS, Dominique Potier. Claude Guéant, un des bras droits de Nicolas Sarkozy est, lui aussi passé à la trappe à Boulogne-Billancourt, de même que le truculent Frédéric Lefebvre dans la première circonscription des Français de l’étranger. En revanche, des personnalités modérées de droite, hostiles au FN, comme Nathalie Kosciusco-Morizet ou Xavier Bertrand ont facilement validé leurs billets pour le Palais Bourbon.
Ces législatives signent pourtant le retour du Front National à l’Assemblée nationale. Un retour qui pourrait être interprété comme le signe d’une progression dans le pays des idées d’extrême-droite. En réalité, les choses sont beaucoup plus nuancées. Les deux élus FN que sont Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen sont loin d’incarner le fond idéologique du parti frontiste. Me Gilbert Collard a d’ores et déjà précisé qu’il n’était pas membre du Front National. Il se définit comme un militant de la vague bleue-Marine et ne rate pas une occasion pour rappeler ses points de désaccord avec le programme du Front National. C’est notamment le cas de la délicate question de la peine de mort contre laquelle milite d’ailleurs Me Gilbert Collard. Le Front National ne mettra pas longtemps avant de se rendre compte que cet « électron libre » ne le représente vraiment pas.
Quant à Marion Maréchal-Le Pen, les opposants au FN peuvent dormir tranquille. C’est une jeune étudiante de 22 ans, la benjamine de l’Assemblée nationale. Si on est assez certain qu’elle va attirer la curiosité des médias, on sait à l’avance qu’elle ne fera pas le poids face aux grosses cylindrées du Palais Bourbon. Bref, un avocat qui n’en fait qu’à sa tête et une jeune demoiselle qui se demande sûrement ce qu’elle est partie faire dans cette galère. Dès que la curiosité des médias se sera estompée, il ne restera qu’une jeune dame inaudible et perdue quelque part dans l’hémicycle.
Il y avait pourtant mieux pour marquer le retour du Front national. La Présidente du parti, Marine Le Pen, son compagnon et vice-Président Louis Aliot, le porte-parole Florian Philippot et surtout l’incarnation du socle idéologique Bruno Gollnisch. L’arrivée de ce quatuor à l’Assemblée nationale aurait été un véritable évènement. Mais ces personnalités ont été toutes battues. Marine Le Pen a perdu à Henin-Beaumont, Louis Aliot dans les Pyrénées-Orientales, Florian Philipot dans la 6ème circonscription de la Moselle et Bruno Gollnisch dans le Var. Les électeurs leur ont préféré un profil qu’on qualifierait de « light ».
Le parti frontiste a pourtant été profondément « dédiabolisé ». Les groupuscules ouvertement racistes et xénophobes ont été éliminés par une Marine Le Pen dont la sincérité ne laisse planer aucun doute. Ses principaux lieutenants que sont Louis Aliot et Florian Philipot se sont surtout illustrés par la qualité de leurs interventions dans les médias en évitant soigneusement des sujets qui font inutilement polémique. Donc un Front National nettement plus présentable. Mais les électeurs restent très exigeants. Le Front National n’aura qu’une présence symbolique à l’Assemblée nationale, juste ce qu’il faut pour tenir compte de ses millions d’électeurs. Il y a déjà assez d’agitation à l’Assemblée nationale. L’arrivée d’un gros contingent FN risquait de transformer l’Hémicycle en cour de récréation.
C’est si vrai que même à l’UMP, les personnalités qui avaient fait le pari d’une droitisation à outrance ont été gentiment mises à l’écart. L’occasion pour l’ancien parti majoritaire de se remettre en question. L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a donné le ton en attribuant la défaite à cette stratégie de droitisation. L’UMP devrait rapidement se replier sur ses « valeurs » traditionnelles et cesser de courir derrière un Front National qui, paradoxalement, adoucit son discours et se « normalise ».
Boniface MUSAVULI
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