Laurence Parisot, vainqueur du CPE ?
La presse est unanime à désigner celui qui serait le vainqueur du gâchis dont a été cause l’affaire CPE. Il s’agirait de Nicolas Sarkozy.
A cette occasion, on peut mesurer l’écart qui existe entre la réalité virtuelle dans laquelle vivent ceux qui survolent le monde, dans les hautes sphères, et (pour faire simple) les Nombreux.

Il suffit en effet d’échanger un peu sur ce thème autour de soi, à une altitude modeste, pour constater à quel point le ministre de l’intérieur a déçu, de façon très profonde, et peut-être durable, les militants et sympathisants de l’UMP.
Cette déception concerne en particulier une fraction conséquente des nouveaux adhérents, notamment ceux qui avaient pris leur carte à la suite des émeutes de banlieues, et pour lesquels la qualité première de Nicolas Sarkozy était la grande fermeté face aux exigences de la rue et sa capacité supposée à garder le cap au-delà des difficultés transitoires.
Ce n’est un secret pour personne, la base de l’UMP souhaitait que le gouvernement reste ferme sur le CPE, non pas tant pour l’hypothétique utilité de cette loi que pour donner le signe d’une France nouvelle, menant son destin avec fermeté et ne s’en laissant pas conter par la fraction agissante et remuante de la population.
Le président de l’UMP a fait clairement le choix, à l’occasion de ce conflit, de la ligne de moindre pente, celle qui permettait l’apaisement et le gain de popularité auprès d’un électorat plus large.
Ce choix s’est fait au détriment de la crédibilité du Parlement, contraint à manger son chapeau à plusieurs reprises, et de celle du gouvernement, cédant ainsi à l’ultimatum des révoltés contre la loi votée.
Bien sûr, dans un premier temps - tyrannie du court terme - l’effet paraît bénéfique à celui qui n’a pas voulu affronter le problème de face. Mais ce serait penser les Français, et les électeurs de l’UMP, bien légers que de croire qu’une telle volte-face sera facilement oubliée.
La seule victoire qui pourrait être mise au crédit de Nicolas Sarkozy, pourrait résider dans la ruine de son principal adversaire, mais le prix à payer ne sera-t-il pas trop élevé ? Que pensent désormais ceux qui croyaient avoir à leur tête - parce qu’il s’est longtemps présenté comme tel - un leader ferme, déterminé, partisan de l’action, capable d’éclats courageux, et qui se réveillent au lendemain de cette crise - qui laisse la France, y compris chez les « revendicatifs gagnants », un peu hébétée - avec un homme tout autre, qu’ils ont vu capable de sacrifier un enjeu fort, en même temps qu’un des leurs, à son destin politique.
Bien évidemment, les gens d’appareils comprennent parfaitement la stratégie de Nicolas Sarkozy, et l’approuvent même, majoritairement, mais c’est encore le signe de cette dérive croissante entre les bases des partis et leurs élites, dont on a pu voir, en d’autres occasions, la consécutive sanction au moment de votes déterminants.
Non, n’en déplaise à la presse unanime, l’ancien soutien de monsieur Balladur n’est pas, loin s’en faut, le principal bénéficiaire de la conclusion du feuilleton CPE.
Il y a pourtant eu un vainqueur, et celui-ci est une femme.
En effet, Laurence Parisot, en habile tacticienne, a préservé ses cartouches pendant toute la durée du conflit - il est toujours utile d’économiser son pouvoir de dire non - tout en indiquant dès le début que le projet CPE, mesure de peu d’utilité pour le patronat, n’avait pas été préparé comme il l’aurait mérité, et que sa mise en œuvre dans ces conditions comportait un certain danger.
A présent qu’après deux mois de conflit, le travail est fait - résultat d’un affrontement qui, avec le recul, laisse une grande partie des acteurs concernés, insatisfaits - la présidente du MEDEF peut porter tout le poids de sa parole et de son organisation sur le seul volet du projet qui intéressait réellement les patrons français, à savoir « la flexibilité du travail ».
Le gain est double, car le patronat va, avec le texte de remplacement voté prestement à l’Assemblée nationale, bénéficier de nouvelles aides et allègements de charges, mais aussi mettre sur la table une exigence sur laquelle, de la droite à la gauche modérée, chacun devrait pouvoir s’entendre, puisqu’elle est clairement mentionnée dans la stratégie de Lisbonne (à laquelle adhèrent la droite et le PS), à savoir la flexibilité de la main d’œuvre et la révision du système d’indemnisation du chômage*.
Avant l’affaire CPE, aborder un tel dossier aurait été pour le moins périlleux. A présent que l’énergie des opposants politiques et de la rue s’est dépensée, et surtout que le PS se trouve dans la situation difficile de devoir montrer qu’il est aussi force de proposition, il sera beaucoup plus aisé de cheminer vers les objectifs cités que tous sont censés partager (ceux qui ont défendu le TCE lors du référendum *« Ils (les pays d’Europe) doivent également réformer le système de protection sociale afin de créer un meilleur équilibre entre sécurité et flexibilité ; améliorer la capacité d’adaptation des travailleurs et des entreprises, et accroître la flexibilité des marchés du travail pour aider l’Europe à s’adapter aux restructurations et à l’évolution des marchés. » dans Politiques communautaires de l’emploi->http://europa.eu.int/scadplus/leg/fr/cha/c11325.htm] Un nouvel élan pour la stratégie de Lisbonne (2005)
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