Le couperet passa si près …
Dans le Doubs, abstiens-toi !

La logique des apprentis sorciers.
Huit cents voix d'écart pour une élection partielle entre un parti démocratique et une organisation protestataire pour laquelle les doutes sont réels quant à cette dénomination, il y a de quoi s'inquiéter et surtout s'étrangler. Notre bon président qui surfe sur une vague illusoire de popularité, acquise sur un bain de sang, évoque, sans rire, l'esprit du 11 janvier.
La réponse des urnes est sans nuance. Il est bien loin, à moins qu'il ne fût que factice, ce bel esprit de la concorde nationale. Il existe des fractures fortes, inconciliables, irrémédiables dans ce conglomérat de philosophies si distinctes que jamais rien ne pourra les réunir. Se bercer de doux rêves en pensant nos concitoyens réunis tous derrière le slogan réducteur « Je suis Charlie ! » est une foutaise dont il est grand temps de se réveiller.
Que va-t-on faire derrière ce nouveau scrutin, signal d'alarme ? La gauche va se féliciter d'une victoire dont elle devrait rougir. La droite gouvernementale oubliera de pointer du doigt la tentation de plus en plus forte de ses électeurs de s'allier avec le diable. Satan criera victoire comme toujours depuis des années. Puis rien ne changera vraiment et la désespérance continuera d'alimenter le vote de la terrible colère …
Il serait facile de pointer du doigt la lourde responsabilité des sbires de Nicolas le Grand, le conférencier des pétrodollars. Le Ni-Ni n'est certes pas de nature à barrer l'accession de l'extrémisme mais il a au moins la qualité de souligner les convergences idéologiques, qui sont de plus en plus sensibles, entre leurs lignes politiques respectives. Le front républicain est, de son côté, une formidable hypocrisie quand les électeurs voient s'entredéchirer des gens qui prétendent défendre les mêmes valeurs. Le piège se referme et le Front National a fini par faire son nid dans le paysage électoral.
Que faire désormais ? Stigmatiser les malheureux qui se fourvoient dans cette voie en lui apportant de plus en plus de suffrages ? L'histoire se répète et la misère conduit toujours dans les bras les plus redoutables. Il n'est pas à faire la morale à ces pauvres gens, premières victimes du chômage, de l'insécurité, de la peur, de la pauvreté et des inégalités. C'est à ces maux qu'il faudrait s'attaquer, maux qui se sont imposés pour favoriser la prospérité de la grande bourgeoisie, noyau dur des partis de gouvernement.
La contradiction est bien là. Pourquoi attendre un changement radical de la part de gens qui sont d'abord au service des tricheurs, des prévaricateurs, des fraudeurs fiscaux, des bénéficiaires des niches fiscales, des profiteurs des exceptions législatives et légales en tous genres ?… Leurs belles paroles ne trompent personne et les privilèges qui sont les leurs et ceux de leurs commanditaires nourrissent sans cesse le flot des mécontents.
La seule question qui vaille alors est l'absence d'alternative telle celle que la Grèce et l'Espagne font émerger. Les électeurs ne sont pas dupes : trop de casseroles de ce côté-là également, trop de maladresses et de calculs pour quelques postes ou quelques places. La vie politique française n'est qu'une perpétuelle compromission pour obtenir des faveurs, des sièges, des médailles ou des fonctions honorifiques et rémunératrices.
Rares sont les élus qui échappent à cette course à l'échalote. Alors, les braves gens qui continuent contre vents et marées d'user de leur droit électoral, se tournent vers ceux qui n'ont pour l'instant rien à se reprocher. Rassurez-vous, accordez-leur quelques strapontins et ils vous démontreront leur capacité de nuisance et leur facilité à faire comme les petits coquins. Pire même, leur idéologie de l'exclusion finira par porter le fer et le feu dans un pays au bord de la crise de nerfs.
Je n'ai pas d'autre proposition qu'un changement de paradigme. La cinquième République est agonisante. Il est urgent de repenser la représentation nationale, de sortir de la désignation des élus par le vote. Le suffrage majoritaire est d'une redoutable perversion, la proportionnelle est tout aussi critiquable. Je crois au tirage au sort et au mandat unique.
Faudra-t-il passer par le cataclysme de la prise de pouvoir du FN pour ouvrir enfin les yeux sur le pourrissement de nos institutions, sur la gangrène de la professionnalisation de la fonction politique ? J'ai peur que la redoutable échéance n' pproche bien plus vite que nos chers dirigeants ne le pensent ! Eux, d'ailleurs, ne se font pas de bile : ils exploitent sans honte la situation actuelle. Ils instrumentalisent (le verbe est aussi vilain que les intentions qu'ils portent) la montée du Front National. Un jour ils auront la monnaie de leur pièce, et nous aussi, hélas !
Républicainement nôtre.
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