Macron, Trump, même combat ?

Cette déclaration a de quoi surprendre, et si elle ne venait pas du célèbre économiste Thomas Piketty, on pourrait douter de sa pertinence.
En effet, si on creuse un peu, on trouve d’évidentes convergences entre le milliardaire ébouriffant, devenu président par surprise, et notre nouveau dirigeant.
La première convergence saute aux yeux, puisqu’ils étaient tous les deux d’improbables candidats, et que peu de politologues avaient envisagé que ces deux-là deviennent un jour présidents.
Au-delà de ça, certaines convergences sont bien illusoires, voire du domaine du fantasme, à la lumière des dernières décisions américaines, car lors de la venue de l’élu américain à Paris, Macron avait salué « une détermination commune sur le commerce, la sécurité de nos deux pays, la lutte contre le terrorisme, et la stabilité au Proche et Moyen Orient ». lien
Une chose est certaine, cette stabilité dont Macron disait partager la convergence est passée à la trappe il y a peu, depuis que Trump a déclaré Jérusalem capitale d’Israël...
Mais revenons à l’analyse de Thomas Piketty, lequel s’exprimait en compagnie de Lucas Chancel, invités de Léa Salamé sur l’antenne de France Inter le 14 décembre 2017...
Pour les deux économistes, il ne fait aucun doute : il y a des convergences entre Trump et Macron en ce qui concerne les réformes fiscales, lesquelles sont « une fuite en avant vers le dumping fiscal ».
En fait, les 2 dirigeants croient encore en la fable du ruissellement, les plus aisés étaient censés de tirer les pauvres vers le haut...dans le droit fil du concept du 1er de cordée proposé par Macron.
Sauf que ça ne marche pas, et là aussi, la France et les USA sont en convergences... les inégalités se creusent, mois après mois.
Comme l’a dit Lucas Chancel, on doit mesurer l’évolution des revenus les plus bas pour observer les inégalités : « la part des 1% des plus riches a doublé aux Etats-Unis... », avec cette différence avec l’Europe que la proportion des 1% des plus riches passer de 10 à 12% sur la même période. lien
Les économistes ajoutent que tout le monde n’a pas la même croissance et si les 1% des revenus les plus élevés est beaucoup plus forte que pour les 90% des bas revenus, aux USA « il y a un effondrement des 50% des revenus les plus bas ».
Pour affirmer ça, ils ont analysé le Rapport 2018 sur les Inégalités Mondiales, rapport réalisé par une centaine de chercheurs.
Car chez nos élus, les mots comptent plus que la réalité : le deuxième mot de la devise républicaine « égalité » semble plus du domaine du leurre que de la réalité, comme on peut le découvrir dans ce rapport. lien
Si, entre 2003 et 2013, les plus modestes ont gagné en moyenne 2,3% de pouvoir d’achat, 10 % des plus riches ont vu leurs revenus augmenter 20 fois plus (42,4% de hausse), l’ensemble des possessions des 50% les plus pauvres ne représentant que 8% du patrimoine total.
Ainsi le patrimoine de la patronne de l’Oréal, avec ses plus de 31,2 milliards d’euros, représente l’équivalent de 1,77 million d’années de smic. lien
Et quid de nos chers élus, lesquels devraient donner l’exemple ?
Alors que le smic est au même niveau depuis des lustres, nos sénateurs n’ont pas hésité un quart de seconde à augmenter le salaire des maires de grandes villes et des présidents de région, de départements, de 40%... lien
Du coté de l’assemblée nationale, ce n’est guère mieux...
L’une d’entre eux, du mouvement « En Marche », assure être incapable de joindre les deux bouts avec les malheureux 5000 euros qu’elle reçoit, obligée de « manger des pâtes ». lien
On retrouve la même inégalité chez nos voisins outre-Atlantique, situation qui était le cas avant l’élection de Trump, (lien) et qui est en train de se creuser encore un peu plus. lien
Mais continuons d'observer les convergences entre Trump et Macron...
Plus globalement, c’est bien avant son élection qu’on avait pu découvrir les liens puissants qui attachent notre nouveau président aux USA...
Avons-nous oublié que pour son clip de campagne, il avait tout simplement détourné le clip de Bernie Sanders... comme l’a prouvé Yann Barthes dans son « petit journal » de Canal +. Vidéo (curseur à 7’50’’)
Il y a eu beaucoup de faux semblants dans le programme du président français... avant d’être élu, il envisageait une « réforme de l’ISF »... devenu après son élection la suppression pure et simple de celui-ci.
2 économistes, Thomas Porcher et Frédéric Farah avaient dans un ouvrage commun « introduction inquiète à la Macron économie », défini son programme comme « avatar d’une idéologie vieillotte, régressive et binaire ». lien
Mais allons plus loin, tant ce rapprochement entre les deux présidents peut sembler caricatural...
On connait la position de Trump concernant le dérèglement climatique, théorie qu’il conteste, comme on le sait, et on sait aussi qu’officiellement, le président français se place dans le camp opposé... en paroles tout au moins, car dans la réalité, quid des actions du gouvernement français ?
Si récemment, il s’est engagé à fermer quelques vieilles centrales à charbon... d’ici 2021 (lien), on sait qu’aujourd’hui la promesse d’arrêter le nucléaire ou du moins d’en freiner l’activité, voire la radioactivité, a du plomb dans l’aile.
D’ailleurs le secrétaire général d’EELV ne s’y est pas trompé en déclarant que Macron était « un escamoteur ». lien
En se faisant passer pour un pragmatique, notre vaillant ministre de l’environnement, a décidé de repousser la promesse des 50% la part du nucléaire dans le mix national à 2025, voire 2030... voire plus tard. lien
L’argument massue étant, comment voulez-vous fermer du jour au lendemain 58 réacteurs, ou du moins la dizaine d’entre eux les plus délabrés ?
Ce serait oublier que le Japon, contraint et forcé suite à la catastrophe que l’on sait, a fermé TOUS ses réacteurs du jour au lendemain, sans pour autant avoir plongé tout le pays dans le noir. lien
Ce qui a été possible au Japon serait donc impossible dans le pays où l’on déclare qu’impossible n’est pas français ?
On le voit, Hulot avale couleuvre sur couleuvre, sans pour autant démissionner...position jugée courageuse par celui qui l’a nommé... ce qui reste à voir, car c’est en réalité la question de la crédibilité du ministre qui est posée.
Après avoir quasi renoncé sur la question du glyphosate, renoncé sur la question nucléaire, on découvre que le ministre qui plaide pour moins de voitures, et des voitures plus propres, est propriétaire d’un parc de 9 véhicules à moteur, dont pas moins de 6 voitures. lien
Alors tout compte fait, entre la position américaine, qui a au moins le mérite de la franchise, et la position française construite sur des déclarations d’intentions, la différence est plus que minime... surtout lorsque notre pays continue à s’enfoncer dans les projets nucléaires pharaoniques et dispendieux.
Quittons la question énergie pour le volet social.
Quelle est la réelle différence entre les choix américains de mettre en coupe réglée le système social (lien) et le choix français d’affaiblir, voire de privatiser notre système social, dans son ensemble... lien
En effet, au-delà des discours qui se veulent rassurants, qu’en est-il de la réalité ?
Hôpitaux mis en échec, à Marseille, l’état n’aiderait qu’en échange de la suppression de 1000 postes, (lien) (le système de santé français a été classé récemment en une peu louable 15ème position) infirmières en détresse, (lien) pénurie de docteurs dans la France dite « profonde », (lien) ... tribunaux fermés (lien)... aide sociale de plus en plus restreinte... bureaux de poste fermés...évoquant même une épidémie (lien)... privatisations de plus en plus nombreuses, tant dans le milieu du transport, que dans celui du logement... il serait même question de privatiser discrètement notre système pénitentiaire. lien
La privatisation larvée est donc en marche, et ce gouvernement est en train discrètement de la mettre en route dans d’autres domaines : transports, énergie, française des jeux... lien
Quant à la crise du logement, et des SDF, rien de nouveau sous le soleil, puisque Macron a fait de nouvelles promesses : 100 milliards d’euros pour la rénovation urbaine et thermique, le tout concernant 1 millions de logements mal isolés, et notamment la construction de 80 000 logements pour les jeunes, tout en promettant, comme ses prédécesseurs, de se donner les moyens d’atteindre l’objectif des 500 000 constructions par an... (lien) et que ce soit sous le règne de Chirac, d’Estaing, Mitterrand, Sarko, Hollande, ou maintenant, ils ont tous déclaré qu’il était intolérable que quelqu’un puisse vivre dans la rue... voire y mourir.
Sarközi s’était donné un délai de 2 ans...lien
Le nouvel élu français a fait plus fort s’engageant à ce que, d’ici la fin de l’année, dans 10 jours donc, plus personne ne soit encore dans la rue...lien
Qui aurait encore la naïveté de le croire, même si l’intéressé assure qu’il tiendra toutes ses promesses ? lien
Comme dit mon vieil ami africain : « les promesses sont faites de beurre et fondent au soleil ».
L’image illustrant l’article vient de « vippeople.net »
Merci aux internautes de leur aide précieuse.
Olivier Cabanel
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Macron, faire le plein avec du vide
Macron vous fait bien marcher !
Ils font leur nid dans le ni-ni
Méritons-nous ces hommes politiques ?
68 réactions à cet article
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