Marine Le Pen, cette « facho » qui nous promettait la démocratie directe
Marine Le Pen est-elle une fasciste ou une authentique démocrate (à moins qu'elle ne soit qu'une démagogue, comme il en existe tant d'autres) ? Telle est la question que nous allons nous poser, programme à l'appui. Même si nous n'aurons sans doute pas de réponse certaine d'ici le second tour... dans trois jours.
Ce n'est pas le moindre des paradoxes de cette élection présidentielle. Marine Le Pen est dépeinte par tous ses adversaires, à commencer par le premier d'entre eux, Emmanuel Macron, comme un danger pour la démocratie. Il dit ainsi : "Je pense que le projet de Marine Le Pen fragilise le contenu démocratique de notre pays". L'ancien ministre de l'Economie de François Hollande s'est clairement affiché en rempart pour « protéger la République et la démocratie ». « Mon combat est aussi devenu un combat pour que vous puissiez, librement et démocratiquement, exprimer vos désaccords », a-t-il dit à l'intention des autres partis républicains.
Une démocratie à la Suisse dans 4 mois ?
Pourtant, si l'on se penche sur le programme de Marine Le Pen, et, en particulier, sur la révision constitutionnelle qu'elle souhaite mener, on observe qu'elle propose des avancées démocratiques considérables. Page 6, on lit ceci :
Au cours de son discours de Nice, le 27 avril 2017, la candidate a annoncé qu'elle organiserait en septembre prochain un grand référendum national qui transformerait la nature de notre système politique actuel en véritable démocratie citoyenne proche du modèle suisse.
Le lendemain, elle présentait avec Nicolas Dupont-Aignan une alliance de gouvernement qui ajoutait la reconnaissance du vote blanc au programme commun (ci-dessous, j'ai isolé la partie qui nous intéresse).
Le référendum constitutionnel, qu'elle soumettrait au peuple français d'ici 4 mois, leur demanderait de répondre à quatre questions essentielles :
- adopter le référendum d'initiative populaire à partir de 500 000 signatures pétitionnaires ;
- adopter la reconnaissance du vote blanc ;
- adopter la généralisation du mode de scrutin proportionnel à toutes les élections (mesure inscrite à la page 5 du projet de réforme constitutionnelle) ;
- rendre obligatoire la validation par référendum de toute future modification de la constitution.
D'un point de vue strictement rationnel (comme le montre la vidéo ci-dessous), en se fondant sur les programmes, la démocratie paraîtrait plus forte avec Marine Le Pen qu'avec Emmanuel Macron. Ainsi, ses opposants, y compris les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui voulaient renouveler les institutions, pourraient soumettre à référendum certaines de leurs propositions et les voir, pourquoi pas, adoptées.
En outre, Marine Le Pen présidente aurait certainement tous les autres pouvoirs contre elle, et aurait donc intérêt à faire appel au peuple, par le biais du référendum, pour ne pas être totalement paralysée. Dans le Canard enchaîné, on apprend d'ailleurs que, si la nouvelle Assemblée lui était hostile en juin, Marine Le Pen changerait la loi électorale par un référendum organisé dès l’été prochain, puis dissoudrait l’Assemblée (ce que le Canard enchaîné qualifie d'entourloupe).
Dans le @canardenchaine, on apprend qu'une fois élue, Marine Le Pen dissoudra l'Assemblée si elle n'a pas de majorité en juin. pic.twitter.com/gIUgKzmqXn
— David Doucet (@Mancioday) 2 mai 2017
Pour autant, bien sûr, rien ne peut nous garantir que Marine Le Pen, une fois arrivée au pouvoir, tiendrait ses engagements. C'est tellement peu dans l'habitude de nos politiciens... Il n'est pas interdit d'imaginer que ses promesses de démocratie ne lui servent que d'argument électoral pour obtenir quelques suffrages supplémentaires. De plus, Marine Le Pen est issue d'un parti d'extrême droite, dont certains membres ont pu avoir des accointances fascistes. D'où la crainte qu'une fois élue, elle oublie ses belles promesses et montre son vrai visage, beaucoup plus autoritaire. On peut d'ailleurs s'étonner du manque de publicité faite à ces mesures, notamment lors du débat télévisé du second tour.
C'est, au fond, une sorte de pari qu'il faut faire : soit parier sur l'honnêteté de Marine Le Pen, soit parier sur ses (mauvaises) intentions cachées (Marine Le Pen porte un masque souriant, qu'elle ôtera lorsqu'elle aura le pouvoir). La candidate ne peut pas nous faire peur sur la base de son programme, qui, on l'a vu, renforce la démocratie ; si elle fait peur, c'est qu'on lui fait un procès d'intention, c'est qu'on lui prête des intentions inavouables. Et, sur ce point, personne ne peut dire avec certitude où est le vrai. C'est un pari sur l'avenir qu'il faut faire. A chacun de le faire en son âme et conscience.
Universités et mairies : des appels pour faire front contre le Front national
En tout cas, soit que l'on ne connaisse pas son programme, soit que l'on croie discerner derrière le masque de la candidate le visage hideux du fascisme, on sonne l'alerte dans les universités et les mairies, ou, du moins, certaines d'entre elles.
C'est ainsi que, rompant avec le devoir de réserve, Manuel Tunon de Lara, premier président de l’université de Bordeaux, a adressé un e-mail à tous les étudiants de son établissement pour les exhorter à faire barrage à Marine Le Pen. L'e-mail a fuité sur le Net, en particulier sur des sites proches du FN. Le président d'université écrit que son "attachement à la liberté et au progrès" le conduit à "sortir de [sa] réserve", considérant qu'il est de son devoir d’alerter sa communauté sur les conséquences potentielles du vote de dimanche prochain :
"Comment défendre l’ouverture dans un pays qui fermerait ses frontières ? Comment prôner le progrès de la science et de l’éducation sous la tutelle de gouvernants qui peuvent nier l’Histoire et mettre en doute les résultats de la recherche ? Quel avenir pour une université française sortie de l’Europe et de ses programmes de recherche et d’éducation…"
Il précise que sa position n’est pas isolée ; elle s’associe, dit-il, à celle défendue par la Conférence des Présidents d’Université qui a appelé à « voter contre l’extrémisme que porte la candidature de Marine Le Pen », à celle des dirigeants des grands organismes de recherche dont les présidents du CNRS, de l’Inserm, de l’INRA et de l’Inria, à l’appel de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs, de la Conférence des Grandes Ecoles ou celui des universités de recherche (CURIF). Il conclut sa lettre en appelant la communauté universitaire "à aller voter dimanche prochain et à faire barrage par son vote à l’accession de Marine Le Pen à la Présidence de la République Française."
Un appel identique a été lancé par Christian Roblédo, le président de l’université d’Angers, qui a choisi de rendre public son texte. Celui-ci a été adressé à l'ensemble des étudiants et personnels de l'établissement, soit près de 30 000 personnes.
Chers.es collègues, chers.es étudiants.es,
Nous serons dimanche 7 mai appelés à voter pour le deuxième tour des élections présidentielles. Nous aurons le choix entre deux projets de société.
Si en tant que citoyen je ne peux me résoudre à vivre dans une société où l'extrême droite est au pouvoir, en tant que président d’université il est de mon devoir de dénoncer l’idéologie délétère qu’elle véhicule (repli sur soi, intolérance, peur de l’autre, refus des différences) et qui raisonne comme autant de menaces sur ce qui fait l’essence même de l’enseignement supérieur et de la recherche en France à savoir des valeurs d’humanisme, d’ouverture, de pluralisme et de liberté d’expression.
Déjà en 2002, nous avons été placés devant un tel choix. À l’époque un front républicain s’était réuni pour faire en sorte que le Front National fasse le score le plus faible possible. En 2017, il s’agit de le battre, et il ne sera pas battu en s’abstenant ou en votant blanc. Il nous faut donc aller voter massivement pour que sa candidate ne remporte pas l'élection présidentielle.
Il est parfois des circonstances où, dans la vie d’un homme, les valeurs qui l’ont porté à assumer des responsabilités, l’emportent sur toute autre considération. En m’adressant à vous en tant que Président de l’Université, le devoir de réserve s’efface devant les menaces qui pèsent sur les fondements institutionnels sur lesquels reposent notre Université.
« Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience. » Miguel de Unamuno (philosophe, Recteur de l’Université de Salamanque, octobre 1936).
Christian Roblédo,
Président de l’Université d'Angers
Dans la Marne, le maire de la commune d’Aÿ-Champagne a fait déposer dans les boîtes aux lettres de ses 2500 administrés un courrier pour appeler à voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Au premier tour, c'est Marine Le Pen qui était arrivée en tête dans cette commune. La lettre affirme que l'éventuelle victoire de Marine Le Pen « constituerait une véritable catastrophe pour notre pays, pour l’Europe et, au-delà, pour la paix dans le monde ».
une mairie veut forcer les électeurs à voter Macron...
papier à en tête, propagande sur budget public :
Bienvenue en dictature #Debat2017 pic.twitter.com/paz3e2th7i— David van Hemelryck (@David_vanH) 3 mai 2017
D'autres appels à voter pour Emmanuel Macron ont sans doute été lancés par d'autres maires, comme, par exemple, dans la petite commune de Tours-sur-Marne.
Sur ce... bon vote dimanche, en votre âme et conscience...
111 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON