Peut-il encore être élu en 2012 ?
Cela est loin d’être gagné d’avance, mais Nicolas
Sarkozy possède hélas encore toutes ses chances d’être réélu. Tout
dépend des rapports de force à gauche, de comment va réagir la composante de la
droite qui ne veut plus de lui, éventuellement alliée au Centre et du score de
Marine le Pen. Sarkozy ne se bat pas pour des idées dont il change comme
d’épouse ou de chemise, mais pour se faire élire. Et là, il faut le
reconnaitre, il peut se montrer très fort.
Une élection se gagne ou tout au moins se prépare dès que les ambitions à la candidature se dévoilent. La campagne électorale ne fait pas gagner un candidat, elle peut tout juste le faire perdre. Nicolas Sarkozy contrôle une bonne partie des médias, il peut utiliser les services de renseignements pour déstabiliser un éventuel adversaire en le menaçant d’un scandale seulement connu des initiés et il a la possibilité à coup de promesses de se créer des alliances qui lui seront utiles pour l’emporter. Et ces alliances sont à géométrie variable ; la place de la politique et de l’idéologie ne jouant qu’un rôle secondaire. Les ambitions des seconds couteaux passant avant l’intérêt de la nation, ceux qui seront pressentis ministres après 2012 peuvent très bien venir de la Gauche Socialiste, du Centre, des dissidents de Droite et même du Front National.
Premier cas de figure, le plus défavorable à Sarkozy :
Martine Aubry se présente comme candidate socialiste, renforcée par les primaires, Eva Joly se retire avant le premier tour avec des promesses de ministères régaliens pour ses troupes et l’Extrême Gauche n’arrive pas à se regrouper derrière un seul candidat et présente 3 ou 4 énergumènes qui récolteront des broutilles. Dans ce cas, Sarkozy peut être battu, surtout si le FN fait un gros score, il peut même être éliminé au premier tour. On aurait Martine Aubry contre Marine le Pen au second tour et près de 40% d’abstentions. Mais ce scénario idéal pour la Gauche a peu de chance d’aboutir, à la fois du fait des rivalités internes au PS et de la possibilité de torpillage des sarkozistes pour obtenir le retour de la folle ou en appuyant en sous-marin un candidat falot du style Holland. Un bon score du candidat vert permettant un clash d’entre deux tours sur le nucléaire, sur les OGM ou un autre point futile de discorde peut aussi aider Sarkozy. Cette hypothèse a de forte chance d’aboutir, mais d’autres scénarios se dessinent
Marine le Pen atteint ou dépasse les 20% d’intentions de vote et fait un bon score qui la place deuxième face à Sarkozy
Pour cela, elle doit à la fois évincer Gollnisch, ce qui semble à sa portée et surtout museler son père pour l’empêcher de sortir une nouvelle petite phrase catastrophique. Si Jean-Marie meurt ou devient aphasique avant 2012, Marine a de fortes chances d’entrer au gouvernement !
Scénario le plus favorable, car la gauche même si elle ne votera pas comme elle l’a fait pour Chirac, s’abstiendra, l’abstention sera très forte, proche des 45% et une fois élu, Sarkozy n’aura même pus besoin d’une ouverture à gauche. Il pourra gouverner à droite sans le FN qui n’aura guère plus de deux ou trois députés aux législatives, car le mode de scrutin ne sera pas modifié.
Marine le Pen atteint les 20% d’intentions de vote et fait un bon score mais elle se classe troisième
Dans ce cas Sarkozy a devant lui deux stratégies diamétralement opposées.
- La première consiste en une dérive droitière et le passage d’une alliance au second tour contre le candidat socialiste. Pour cela il faut Aubry en tête de très peu, Sarkozy très proche et Marine le Pen troisième avec un score très élevé. En contrepartie, des ministres FN entrent au gouvernement et la proportionnelle est réintroduite aux législatives.
- La seconde stratégie consiste à faire amende honorable et à essayer de museler Villepin et Bayrou, d’amadouer le Centre Droit, la Gauche Républicaine fâchée avec le laxisme socialiste vis-à-vis de l’émigration et à débaucher des gens comme Valls qui ferait un excellent nouveau Besson. Là encore, la présence de la folle serait très utile, surtout si les socialistes et assimilés se retrouve à faire le grand écart entre l’aile libérale à tendance Strauss-Kahn et les fous furieux de la mouvance Mélenchon.
Marine le Pen s’écroule
Soit qu’il y ait des dissensions à l’intérieur du FN, soit qu’un nouveau scandale éclate et dans ce cas Sarkozy aura beau jeu de répéter que la sécurité, c’est lui et qu’il n’y a plus besoin du FN. Car, lui le véritable républicain est le seul capable de restaurer l’ordre sans tomber dans une « idéologie nauséabonde ». Et là, il gagne encore, sauf cas de figure initial avec Aubry rassembleuse.
Multiplication des candidatures au Centre et à Droite
La loterie totale à droite, Sarkozy veut absolument l’éviter. Car avec contre lui, Villepin, Bayrou, Dupont-Aignan et éventuellement un quatrième larron dans le genre Morin, il peut se retrouver premier ou quatrième au soir du second tour. Il fera donc tout pour intimider, décourager ou « acheter » à coup de promesses au moins trois de ces quatre. Et en même temps, il devra jouer d’ambigüité pour affaiblir la gauche tout en caressant le FN dans le sens du poil, quitte à faire un virage à 180 degrés entre les deux tours, s’il faut abandonner les idées lepénistes pour se faire élire.
Donc en excellent opportuniste, Sarkozy peut très bien nous surprendre. En fait, toute sa stratégie repose sur le FN et surtout sur Marine le Pen. S’il peut intervenir dans l’ombre, il fera tout pour faire évincer le falot Bruno Gollnisch, car la composante FN entre dans sa stratégie électorale. Ensuite tout est une question d’opportunité. Et il est autant possible de voir une proposition d’alliance gouvernementale avec une Marine le Pen présentable, ne parlant ni de fours, ni de détails, prête à transformer le parti de son père en parti de gouvernement, comme l’a fait Gianfranco Fini en Italie avec le MSI d’Almirante. A l’inverse, si la victoire passe par la condamnation des idées frontistes, et bien on en reviendra à la diabolisation et à l’ouverture au centre chrétien et à la gauche non fanatisée.
Reste à tâter le terrain du côté de l’électorat sioniste pour savoir ce qui lui fait le plus peur. Un FN avec un passé négationniste, même si cette orientation a tendance à disparaitre ou une certaine gauche qui considère les musulmans comme les nouveaux damnés de la terre et accepte les piscines pour femmes et les buffets et cantines sans porc. Le porc n’étant pas un problème pour les juifs, car les plus religieux d’entre eux envolent leurs enfants dans des écoles confessionnelles.
Enfin, il faut adapter une stratégie qui affaiblisse les Verts, tout en gardant leurs idées farfelues. Car tous les partis, sauf le FN ont cédé au chant des sirènes écolos. Les lubies vertes seront présentes pendant la campagne électorale dans la bouche de quasiment tous les candidats.
Finalement les deux meilleures alliées de Nicolas Sarkozy sont Ségolène Royal et Marine le Pen et il les utilisera, à leur insu pour se faire réélire.
Après, c’est une autre histoire. Le chômage, la crise, la croissance économique, il sera grand temps d’y penser après les élections. On peut rêver d’un autre scénario au sein de la Droite digne ou du Centre, mais il aura du mal à s’installer du fait de la pugnacité de Sarkozy. Reste la Gauche, mais laquelle ?
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