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René Monory, le bon sens de la « France d’en bas » au sommet de l’État (3)

La décentralisation, le Futuroscope, le département de la Vienne et le Sénat : tels furent les dadas d’un homme politique français très atypique qui a mélangé tradition républicaine modérée et modernisme technologique entrepreneurial. Troisième et dernière partie. 

Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 avril 2009, celle du vendredi saint, le centriste René Monory s’éteignait à 85 ans et demi. Voici un hommage que le week-end pascal de l’an dernier m’avait empêché de rendre.

Dans le premier article, j’avais évoqué l’arrivée de René Monory parmi les plus grands responsables de la République. Dans le deuxième article, la retraite obligatoire du Président du Sénat. Pour terminer, je cite les échos de la classe politique à l’annonce de sa disparition.


Concert de louanges


La disparition de René Monory le 11 avril 2009 a profondément ému la classe politique (elle a même provoqué quelques étranges confusions sur le site Internet d’une radio) et a apporté un concert pour ne pas dire un concours de louanges.

Nicolas Sarkozy, Président de la République, a souligné « le respect intransigeant des valeurs humanistes » de celui qui « gravit un à un les échelons de la méritocratie républicaine ».

François Fillon, Premier Ministre, a parlé de « cet exemple remarquable de réussite individuelle au service de la France ».

Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République, fut très ému par la disparition d’un « homme attachant au profil exceptionnel dans la vie publique française ».

Même émotion perceptible chez Jacques Chirac, l’autre ancien Président de la République, qui a relaté « une figure de la vie politique et parlementaire de la Ve République » qui a « fait preuve d’action et d’imagination et défendu avec clairvoyance les intérêts de la France et des Français ».

Christian Poncelet, ancien Président du Sénat, a évoqué son ancien adversaire ainsi : « En dehors de la compétition politique, nous avions beaucoup de points communs et un parcours partagé : enfants de la République, nous sommes tous les deux issus d’un milieu modeste. ».

Gérard Larcher, Président du Sénat, fut honoré d’avoir été l’un de ses vice-présidents et a vu en lui « l’image d’un homme d’une curiosité insatiable ».

Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée Nationale, a rappelé que René Monory avait souhaité « faire profiter le plus grand nombre » des nouvelles technologies.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier Ministre, a été très peiné par la maladie puis la mort de ce « grand entrepreneur politique » : « René Monory était au XXe siècle un honnête homme du XXIe ».

François Bayrou, président du MoDem, a loué sa grande indépendance d’esprit : « La liberté de penser se mariait avec la force de l’action. (…) [Il] n’était pas prisonnier des moules habituels. Il s’était forgé lui-même une vision du monde et avait le courage et l’audace de la mettre en œuvre contre bien des réticences. ».

Pierre Méhaignerie, ancien Ministre de la Justice et ancien président du CDS, conservera de lui « son humanisme et sa passion pour la réussite économique de notre pays ».

Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur (à l’époque), a évoqué celui qui « s’est consacré pleinement au développement économique de la France ainsi qu’à l’indépendance énergétique de notre pays à travers le dossier nucléaire » et qui fut un « symbole de la promotion républicaine ».

Valérie Pécresse, Ministre de la Recherche, a timidement rappelé qu’il « fut un des artisans de la première tentative de réforme des universités en 1986 ».

Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a préféré insister sur ses grandes qualités qui « lui ont permis de transformer ses idées en projets ambitieux et réalistes ».

Alain Marleix, Secrétaire d’État aux Collectivités territoriales, l’a qualifié de « l’un des hommes politiques marquants de la Ve République ».

Jean Arthuis, ancien Ministre des Finances et président de la Commission des finances du Sénat, a parlé « d’un homme politique d’exception, (…) d’un visionnaire lucide et courageux ».

Hervé Morin, Ministre de la Défense et président du Nouveau centre, a rendu hommage à une « grande figure de la famille centriste (…) [qui] incarnait l’idéal républicain fondé sur l’égalité des chances ».

Martine Aubry, première secrétaire du PS, n’a pas lésiné en le nommant « infatigable créateur de la modernité politique » devenu « pour les jeunes de France le symbole d’une promesse républicaine fondamentale, celle de la promotion sociale ».

Ségolène Royal, présidente du Conseil régional du Poitou-Charentes, fut beaucoup moins emphatique (elle « salue la carrière politique de cet autodidacte ») et n’assista pas à ses obsèques pour raison d’agenda (elle s’y fit représenter et y fit déposer une gerbe).

Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP et ancien secrétaire général du groupe centriste au Sénat, a exprimé sa « ténacité » et sa « clairvoyance hors du commun » : « Il a toujours su anticiper les évolutions de la société. » tout en rappelant : « Il a su porter au plus haut les convictions de la famille démocrate-chrétienne. Cela fait de lui un vrai centriste. (…) Pour avoir longuement travaillé avec lui, je sais que plus que quiconque dans la famille centriste, il a toujours su mérité respect et considération. ».

Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, s’est surtout souvenu des « nombreuses batailles avant-gardistes qu’il a su mener, avec conviction, tout au long de sa carrière ».

Henri de Raincourt, à l’époque président du groupe UMP au Sénat (et maintenant ministre), a rendu hommage au « grand serviteur de l’intérêt général, élu local visionnaire, [qui] fut un Président du Sénat humaniste, pragmatique et moderne ».

Dominique Hummel, actuel président du directoire du Futuroscope (depuis fin 2002), a fait cet éloge : « Tout René Monory se résume dans la capacité de surprendre et de frapper fort. Bref, d’avoir toujours un temps d’avance. ».

Les obsèques de René Monory ont été célébrées le 16 avril 2009 en l’église Saint-Pierre de Loudun par l’archevêque de Poitiers Albert Rouet, en présence notamment de Nicolas Sarkozy, François Fillon, François Bayrou, Gérard Larcher, Christian Poncelet, Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Pierre Raffarin, Simone Veil, Yves Guéna et Roger Karoutchi.


Un homme authentique détestant la langue de bois

Dans les années 1980 et 1990, j’avais eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises, notamment "chez lui" au Futuroscope. J’avais été impressionné par sa grande carrure, un peu hésitante par la fatigue et par l’âge, mais toujours très dynamique dans la réflexion et la discussion. Sous une carapace d’apparence vieillissante logeait un esprit d’une étonnante vivacité.

Il avait quelques idées phares : l’esprit d’entreprise, le développement pour tous des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), la décentralisation par l’harmonisation du territoire national (ferme partisan du département, il est peu probable qu’il aurait soutenu la réforme actuelle des collectivités territoriales).


Chapeau l’artiste !

Succéder avec un simple brevet industriel à Raymond Barre ("le meilleur économiste de France") au Ministère de l’Économie et de Finances puis le transmettre à Jacques Delors, créer ex nihilo, dans des champs de betteraves, le Futuroscope (2e parc d’attraction français) alors que personne n’y croyait, et être le dernier Président centriste du Sénat : trois "exploits" qui résument assez bien la destinée exceptionnelle de cet élu local lié à son terroir mais parallèlement attaché aux perspectives du futur.

« Homme de bon sens, pragmatique et généreux, avisé et compétent qui a formidablement incarné notre Haute Assemblée » : paroles qui pourraient décrire René Monory mais qui furent prononcées par ce même René Monory le 10 décembre 1996 pour rendre hommage à son prédécesseur, Alain Poher.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 avril 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches sur la disparition de René Monory.
Élection du Président du Sénat (séance du 1er octobre 1998).
Alain Poher (1968-1992).
Christian Poncelet (1998-2008).
Gérard Larcher (depuis 2008).
L’élection des Présidents du Sénat.
Plus d’informations sur le Sénat.


Documents joints à cet article

René Monory, le bon sens de la « France d'en bas » au sommet de l'État (3) René Monory, le bon sens de la « France d'en bas » au sommet de l'État (3)

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3 réactions à cet article    


  • appoline appoline 12 avril 2010 14:53

    Il n’empêche que c’est ce même Monory qui lorsqu’il était propriétaire de station service à Loudun laissait en plein champs les wagons citerne avant augmentation à la pompe afin de s’en foutre plein les poches. Demandez sur le tas, les gens s’en souviennent très bien, rien que par ce fait Monory et l’honnêteté, ma foi, ça fait deux tout cela. Nous sommes donc en droit de nous poser la question : homme politique, arriviste ou homme d’affaire : peut-être les trois.


    • morice morice 12 avril 2010 17:11

      Prochain article : l’encyclopédie du poujadisme. A vous voir verser dans le « bon sens », vous y courrez à grands pas : je ne m’étais pas trompé en relevant votre fameux « ange » pour Charles Pasqua....



      « homme politique, arriviste ou homme d’affaire : peut-être les trois.
      un garagiste. Il aurait pu être plombier, remarquez : en escroquerie, c’est bien placé. IL a fini avec Bill Gates pour son »œuvre"... tout un symbole...

      • morice morice 12 avril 2010 17:15

        Tiens je n’avais pas lu ce lien chez vous. Je vous rappelle que la peine de mort est anticonstitutionnelle en France, Sylvain et que vous n’avez donc pas à poser la question de son existence, sur le net comme aileurs... 


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