Zemmour et Pécresse compliquent la tâche de Macron
La semaine dernière a permis une clarification du paysage politique en vue de l’élection présidentielle, entre l’annonce officielle et attendue de la candidature d’Eric Zemmour et la victoire de Valérie Pécresse lors des élections primaires de LR. Deux éléments qui viennent singulièrement compliquer la réélection d’Emmanuel Macron, qui est probablement le grand perdant de la séquence.
Un profond rejet des favoris
Ce qui est assez impressionnant avec les élections primaires de LR, c’est à quel point elles ont été à nouveau l’occasion d’une défaite des favoris. Déjà, en 2016, alors que Juppé et Sarkozy faisaient la course en tête, les électeurs avaient préféré François Fillon. Cette année, Xavier Bertrand a même envisagé se présenter sans passer par la primaire, pensant être suffisamment populaire pour ralier son ancien parti à sa cause. Las, la détermination de ses opposants lui a imposé de participer aux primaires, et il finit à une piteuse quatrième place, certes, dans un scrutin serré, mais alors même que les sondages lui donnaient de meilleures chances que les autres protagonistes, ce qui pouvait faire de lui le vote utile de la compétition. Il faut croire que sa prestation globale a suscité un large rejet de sa personne.
Il faut dire que le président des Hauts de France s’est comporté d’une manière effarante pendant toute cette année, mélange d’arrogance, d’égo ultra-boursouflé, et d’éléments de langage encore plus ahurissants que ceux utilisés par Jean-François Copé au sommet de sa langue de bois. Il a clairement présumé de ses forces, comme les résultats des élections régionales le montraient, lui qui a davantage perdu de voix que Valérie Pécresse. Et dire qu’il était le mieux placé pour battre Macron et qu’il le battrait, alors même que Zemmour lui dispute la troisième place dans les sondages n’était pas un bon argument. Faire mieux que Pécresse à cinq mois du scrutin n’a pas une grande valeur prédictive pour le jour J, comme le savent les Français, et paraître si sûr de lui tout en étant si loin du second tour fait très arrogant.
En somme, sa défaite est bien méritée. De manière amusante, les médias s’étaient enflammés un moment pour Michel Barnier, qui aurait été le favori des militants, avant que la bulle du vieux technocrate européen ne se dégonfle lors des débats. En somme, les militants LR ont préféré les deux outsiders, Pécresse et Ciotti, ce dernier réalisant des scores que personne n’anticipait au début, avec près de 40% des voix au second tour. Les militants LR ont finalement préféré de relatifs outsiders, même s’il faut souligner que sur le fond, les différences sont essentiellement cosmétiques, tous ces candidats acceptant le cadre de l’UE, et proposant une amplification des politiques oligarchistes qui ont fait tant de mal à notre pays. Le score du second tour révèle néamoins une nette progression de l’aile droite de LR.
Mais ce résultat est très dangereux pour Macron : Valérie Pécresse est probablement la candidate la plus proche du président sortant, au point d’être longtemps apparue comme une possible ralliée. Mais ainsi, elle chasse sur les les mêmes terres électorales, quand Ciotti aurait permis à Macron de récupérer les modérés de LR. Et si elle a penché à droite sur les questions de sécurité et d’immigration, malgré la crédibilité questionnable de LR sur le sujet après Sarkozy, c’est un sujet sur lequel elle peut mettre Macron en difficulté, tant son bilan est mauvais. Macron a probablement une proportion trop faible de forts soutiens pour ne pas être à risque de voir fuir la partie de ses soutiens modérés préoccupés par les questions sécuritaires, ou souhaitant aller plus à droite encore économiquement.
Et cela est d’autant plus vrai que l’irruption de Zemmour dans la campagne présidentielle a bouleversé la campagne. Sa seule présence renforce l’importance des sujets de sécurité, d’identité et d’immigration, sur lesquels Macron est clairement minoritaire et n’inspire pas la confiance. Son irruption fait qu’un bloc à droite de Macron rassemblant près de 50% des sondés s’est formé. Et par le fort rapprochement des discours de LR, du RN et de Zemmour, on peut penser que les reports de voix pourraient être très bons au second tour. En effet, l’apparition de Zemmour, et la modération de Marine Le Pen fait qu’aujourd’hui, la candidate du RN s’est très nettement recentrée, tenant un discours finalement plus mesuré que Zemmour et proche de LR. Tout ceci peut favoriser une grande fluidité des électeurs à droite.
Difficile de faire des prévisions quand on se souvient à quel point le paysage d’il y a cinq ans a évolué avant l’élection, mais cela incite à penser qu’il y a des surprises et que les sondages actuels seront déjoués, sans pour autant savoir dans quel sens. Comme Macron est devant, c’est une situation très inconfortable pour lui, qui a des chances d’en être la première victime, au premier, ou au second tour. Si Pécresse, Zemmour et Le Pen se sont rapprochés sur le fond, la forme fait qu’ils chassent pour beaucoup sur des terrains différents, maximisant leur score combiné, tout en favorisant les reports de voix en faveur de celui des trois qui serait en face d’Emmanuel Macron au second tour le 24 avril.
A moins que Macron ne s’effondre dans la dernière ligne droite, vampirisé par Pécresse, ce qui semble très peu probable du fait des tensions au sein de LR après son élection, ce qui se met en place favorise une défaite du président sortant. Pécresse devrait limiter la perte de l’aile modérée de LR tout en laissant une place suffisante à Zemmour, qui l’a poussé à se droitiser au point que les discours des candidats à droite de Macron se ressemblent fortement, formant un bloc dangereux pour Macron...
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