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Laïcité et accommodements raisonnables au Québec

A la suite de vives réactions populaires face à des demandes requérant de facto de la société québécoise qu’elle modifie quelques-unes de ses règles publiques en vue d’accommoder la différence de l’Autre au sein du Nous collectif, le gouvernement a établi une commission d’études chargée de le conseiller quant à cette problématique complexe et politiquement sensible. Présidée par deux intellectuels fort respectés au Québec, les professeurs Taylor de l’université McGill et Bouchard de l’université du Québec, cette commission a sollicité l’avis du public pour alimenter sa réflexion.

Ce mémoire aborde la problématique des accommodements sous le seul angle de ses conséquences sur la laïcité du pays. Il expose simplement quelques réflexions relativement aux dangers que fait peser sur la laïcité des institutions publiques québécoises une application trop libérale de la notion d’accommodement raisonnable tant au plan juridique que sociétal. Après avoir brièvement décrit les différentes formes et pratiques de laïcité ayant influencé le Québec, nous donnerons quelques exemples de transformation des systèmes publics, réclamées par « l’Autre » et de certaines de leurs conséquences spécifiques pour le système et pour les individus, ce qui nous amènera à formuler une recommandation de portée générale.

Laïcité et accommodements raisonnables au Québec

Les modèles de laïcité

Au-delà de la notion générale de séparation de l’Église et de l’État, le principe de laïcité renvoie à deux grands modèles distincts, les modèles français et anglais. Les autres pays démocratiques et laïcs s’en inspirent plus ou moins. Nous ferons référence ici aux modèles qui ont le plus influencé le modèle québécois par la filiation, l’Histoire et la proximité.

Le modèle anglais prend sa source dans la philosophie de la tolérance élaborée par Locke et ses successeurs. Ce modèle découle d’une conception pragmatique de l’État qui détermine ce qu’il peut tolérer dans le cadre de sa responsabilité d’assurer l’ordre, la protection des biens et la paix civile, notamment en veillant à harmoniser les différentes composantes majoritaires et minoritaires de la nation, ce qui l’amène à accommoder autant que faire se peut les différentes communautés culturelles et religieuses. Ne partant pas historiquement d’un a priori universaliste, la loi ne prescrit pas de règles normatives sur la façon d’organiser les rapports sociaux au sein du corps politique. Visant d’abord à conforter l’ordre et la paix civile, la sphère publique s’appuiera sur un principe de tolérance pour intégrer ce qui est différent tant que le consensus social le permettra. C’est pourquoi la laïcité n’est pas constituée comme principe politique fondateur : c’est plutôt un résultat, l’espace neutre de la chose publique.

Le modèle français, identifié souvent comme le plus radical, repose sur le choix délibéré de la non-croyance, la suspension de la foi comme base de l’association politique, d’une association qui se fonde sur le pouvoir critique et rationnel d’individus singuliers et libres et qui n’a aucune dette, du coup, à l’égard d’une quelconque appartenance religieuse, tribale, communautaire, culturelle ou ethnique. Cette conception, fruit des Lumières, doit beaucoup à la théorie politique de Condorcet qui est avant tout une théorie de la souveraineté individuelle. « L’individu n’a aucune raison de faire confiance, de croire sur parole : car seul le vrai a valeur d’autorité et hors de l’usage de la raison, il n’existe pas de critère absolu du vrai ; dans ces conditions l’État devra faire le maximum pour armer les citoyens contre l’erreur. Tel est au fond le rôle de l’école publique. Tel est aussi le rôle de la loi qui est là pour protéger l’instruction, pour écarter les pouvoirs, toujours suspects, autrement dit pour garantir l’indépendance de chacun ». La loi française sera donc délibérément aveugle eu égard aux considérations de culture, de communauté ou de religion, le citoyen français n’aura aucun trait distinctif. Cette approche découle de la philosophie et tradition universaliste de la France. Au sein de la sphère publique, la loi représente la volonté générale élaborée par un pur acte de rationalité publique et non la résultante d’intérêts privés ni même la nécessité d’assurer l’ordre et la paix civile. L’abstention absolue de la puissance publique en matière de croyance et l’exclusion des communautés de la formation de la loi sont les deux versants d’un État laïc où la laïcité est une condition quasi-transcendantale de la sphère publique.

Le modèle américain a officiellement vu le jour en 1791 avec le premier amendement de la constitution. Contrairement à la France où la laïcité s’est bâtie contre l’obscurantisme oppressant de l’Église, aux États-Unis, comme l’avait déjà remarqué Tocqueville, la religion et le corps politique n’ont jamais connu de conflit de légitimité même si plusieurs des pères fondateurs, nourris par la philosophie révolutionnaire des Lumières, étaient très soupçonneux à l’égard de la religion. La séparation de l’Église et de l’État dans la jeune République visait non à protéger l’État de l’emprise des religions, mais plutôt à protéger la religion de toute interférence de l’État en rejetant notamment la notion d’une religion d’État qui pourrait menacer les autres religions minoritaires - c’est pour cette raison d’ailleurs que les puritains s’embarquèrent pour l’Amérique. En 1947, la Cour suprême américaine a renforcé, pour reprendre les termes du juge Hugo Black, le « mur impénétrable de séparation » entre l’État et toute religion. Bien que les modèles français et américains partagent un même héritage, tous deux issus de philosophies politiques qui firent florès en ces temps révolutionnaires, ils diffèrent notablement dans leurs pratiques et chacun ressemble à une image inversée de l’autre. Aux États-Unis, il est formellement interdit à l’État de subventionner des écoles religieuses, mais il n’y a pas de problèmes à exhiber des signes distinctifs de sa religion dans les écoles publiques. En France, on subventionne très largement les écoles confessionnelles, mais il est interdit d’afficher des signes religieux distinctifs trop voyants. Chacun de ces deux modèles véhicule une part de paradoxes eu égard aux principes auxquels il se réfère.

Le modèle canadien, dans le sillage anglais, évolue très rapidement sous l’effet des jugements pris en vertu de la charte des droits et libertés du pays. Toutefois la constitution canadienne en affirmant la suprématie de Dieu, sans en même temps ériger un mur de séparation entre la religion et l’État, reconnaît la légitimité des pratiques existantes de services publics confessionnels.

Le modèle québécois de laïcité est récent, il a commencé à émerger timidement dans la mouvance de la Révolution Tranquille lorsque celle-ci démarre en 1960. Toujours en construction, il résulte d’un processus accéléré de déconfessionnalisation massive de l’État ainsi que des structures et établissements publics dont bien entendu le système éducatif des commissions scolaires. Alors qu’un système confessionnel scolaire existait encore il y a une dizaine d’années, un visiteur venu de la planète Mars aurait bien du mal à en déchiffrer les signes archéologiques, tant le lessivage a été profond et tant cette élimination des ombres du passé clérical est en parfaite résonance avec le consensus social. Parce qu’au Québec la tutelle de l’Église a été vécue comme une étouffante chape de plomb, le modèle québécois s’identifie par sa sensibilité plutôt au modèle français qu’anglais. Mais de par sa généalogie, le modèle québécois est au cœur de tensions vives entre d’une part la charte canadienne des droits - suprématie des droits individuels - et les aspirations de sa majorité francophone pour une citoyenneté plus collective, née d’une soif identitaire, mais dépouillée toutefois de sa gangue religieuse et ethnique. C’est donc un modèle tiraillé entre des forces oppositionnelles. De plus, aucun texte constitutionnel ou loi organique ne vient, comme en France ou aux États-Unis, fonder philosophiquement et légalement une séparation étanche de l’Église et de l’État, ce qui donne lieu à de multiples requêtes d’accommodements dits « raisonnables » en lien avec la politique canadienne de multiculturalisme. La laïcité québécoise n’est pas orpheline, elle a beaucoup de pères !

La laïcité n’est jamais « pure » elle est toujours « incarnée »

Jusqu’à l’avènement de la Révolution française, quasiment toutes les sociétés ont été officiellement et effectivement religieuses. La non-croyance relevait de l’hérésie et ne s’exprimait que dans certains salons littéraires ou philosophiques. La religion d’État se présentait par définition comme dépositaire de la vérité et du salut. Les églises présentes jusque dans les plus petits villages assuraient l’homogénéisation des croyances et des comportements bien mieux que l’État ou la nation. La confluence des pouvoirs religieux et temporel allait de soi. La laïcité n’est pas naturelle, c’est une conquête historique qui n’advint qu’à la suite des Révolutions française et américaine. Conceptuellement la laïcité est tout à la fois un mode d’organisation et une philosophie politique de gouvernance de la cité. Elle propose une coupure radicale entre le monde de la religion et des croyances et l’État et ses institutions publiques. D’un côté, le monde coloré des intérêts privés, des idéologies, de l’identitaire, de la religion, de l’autre côté, des institutions neutres, à l’abri de toute interférence religieuse ou émanant d’un pouvoir particulier. En somme, idéalement un corps étatique exclusivement dédié à l’intérêt général, garant des droits et libertés de la personne. Bien entendu cet idéal démocratique est une illusion, Nietzsche l’aurait qualifié d’idole, c’est pourquoi il importe d’appréhender le principe de laïcité non seulement du point de vue de sa logique formelle, mais également du point de vue de ses diverses pratiques. En effet, au-delà des nobles intentions et sans aucune directive explicite, les institutions publiques et au premier chef le système scolaire visent naturellement à homogénéiser les comportements des citoyens au regard des valeurs fondatrices de la culture dominante. Cet objectif aurait profondément irrité Condorcet parce qu’il dérogeait à la seule recherche de la vérité. Ces pratiques concrètes, qu’elles soient américaines, anglaises, françaises, canadiennes ou québécoises, témoignent toujours d’un décalage irréductible entre la laïcité déclarée de l’État, son discours audible et le sous-texte muet du récit culturel de la nation. Ce sous-texte, c’est le mythos qui décrit la filiation et les gestes fondateurs du peuple ; qu’ils soient réels ou rêvés, ces gestes vont durablement sculpter la personnalité, la sensibilité, le « weltanschauung » de la nation. C’est ainsi que les vacances scolaires des écoles publiques au Québec suivent un calendrier dicté aussi par la tradition religieuse. De même, l’État américain bien que ne professant aucune religion inscrivit dans les années 50 sur ses billets de banque In God, we trust, pour marquer sa différence d’avec l’URSS athée, ce qui était bien dans l’air du temps, mais dérogeait au strict principe de neutralité vis-à-vis des croyances diverses des citoyens. On le sait, la laïcité ne surgit pas ex nihilo du front de la raison pure ; sa forme découle des réalités singulières qui ont façonné les sociétés où elle s’est imposée comme principe de gouvernance et une laïcité qui serait aux antipodes des valeurs communément partagées de cette société serait fort certainement fragile et connaîtrait de violents soubresauts sur la longue durée. Peut-on imaginer une Arabie saoudite laïque ? Peut-on même imaginer un Israël laïc, pays pourtant démocratique ? Dans nos pays occidentaux, les valeurs communes, quoique se voulant de portée universelle, ne peuvent là comme ailleurs émerger que de coutumes propres à une société historiquement constituée, c’est-à-dire spécifiques à une identité non universelle. Cette identité particulière va au cours du temps servir de matrice au développement de l’espace public de cette société, espace public certes dégagé de sa gangue religieuse, mais dont l’origine est ineffaçable. Les codes implicites de fonctionnement de l’espace public d’une société refléteront donc les mythes et l’éthos du peuple fondateur, méritocratie américaine, différentialisme aristocratique anglais, élitisme égalitaire français... La laïcité n’implique pas le renoncement à son histoire, c’est en fait impossible ; les églises sont des espaces privés pour l’exercice du culte, cela ne les empêche pas cependant d’être simultanément des monuments historiques publics, témoignant des empreintes spirituelles et esthétiques du peuple qui les a édifiés. Demander qu’on enlève le crucifix dans l’enceinte de l’Assemblée nationale du Québec, c’est méconnaître l’historicité des civilisations et réduire la laïcité à des gestes mesquins.

Nous vivons une dynamique explosive.

Au vu des diverses conceptions et pratiques de laïcité existantes, on peut déjà réaffirmer qu’il n’y a pas d’antinomie de principe entre laïcité et pratiques religieuses en autant qu’un mur étanche sépare l’État et ses institutions publiques des diverses religions et croyances. Il importe de rappeler que les lois fondamentales des pays occidentaux et démocratiques reposent sur la liberté de conscience et sur l’égalité absolue des personnes en droits et dignité. Chacun a le droit à l’expression pleine et entière de sa culture et de sa religion, en autant que cela respecte l’ordre public et le principe de séparation de l’État et de l’Église. Là où le bât blesse, c’est précisément dans la volonté affichée de zélateurs religieux d’affaiblir cette séparation en vue de grignoter l’espace supposé neutre de la sphère publique. On s’explique. Les exemples de non-respect des principes laïcs dans les institutions et lieux publics ne manquent pas, Dieu merci comme diraient les religieux :
-  promotion du voile à l’école en France et de la burka au Royaume-Uni,
-  poursuite judiciaire contre l’École supérieure de technologie au Québec pour disposer de lieux de prière,
-  requête de création de tribunaux islamiques de la famille en Ontario,
-  érection illégale de la table des 10 commandements par un juge d’obédience évangélique dans l’enceinte de son tribunal en Alabama,
-  proposition du ministre de l’Éducation du Land de Hesse en Allemagne, Mme Karin Wolff, qui a suggéré que les questions théologiques concernant l’origine du monde soient abordées dans les écoles lors des cours de biologie,
-  demande d’horaires distincts pour les femmes et les hommes dans des piscines publiques en France et au Québec,
-  exigence de juifs ultra orthodoxes au Québec d’avoir un examinateur du même sexe pour passer le permis de conduire,
-  exigence que la cantine scolaire dans certaines écoles publiques en France ne serve pas de viande de porc,
-  et last but not least, contestation violente et judiciaire dans de nombreux pays du droit à la liberté d’expression lorsqu’on parle de la religion musulmane... La liste est longue, très longue, trop longue ! La diversité, le nombre et la gravité des demandes « d’accommodements » de l’espace public soulignent que ce phénomène n’est ni frivole ni anodin quant à ses implications philosophiques et juridiques et encore moins quant à sa signification sociétale. Pour qu’un tel phénomène éclose ici au Québec autant que dans l’ensemble du monde occidental, deux conditions simultanées étaient nécessaires : Premièrement, la perdurance et la vigueur des demandes d’ouverture de l’espace public à l’expression religieuse, demandes individuelles au départ qui se transmuent rapidement en exigences communautaristes. Deuxièmement, une tolérance remarquable de la société interpellée. Ce qui est demandé in fine à la société est perçu généralement comme exorbitant. Qu’on en juge simplement à cet exemple emblématique, la demande d’instauration de tribunaux islamiques de la famille basés évidemment sur la charia qui attribue des statuts juridiques distincts aux femmes et aux hommes. Cette demande remet en question l’essence démocratique du Québec, pour la plupart des observateurs, elle est inacceptable comme règle publique. La demande fut rejetée, mais de peu, la commissaire aux droits de la personne en Ontario avait recommandé à la législature ontarienne de l’adopter. Comment expliquer la patience de la société face à des exigences qui portent en elles la répudiation de ses valeurs essentielles ? Deux raisons majeures expliquent en bonne part cet état de fait :
-  D’une part la faillite au XXe siècle des idéologies messianiques du progrès humain. Les guerres sanglantes, les génocides, la fraude du communisme, la pérennité de la misère ont porté un rude coup aux espoirs suscités par les Lumières et les théories marxistes de la libération. Ce désenchantement du monde - au sens de la disparition des lendemains qui chantent - a entraîné une mise en question de la raison comme clé de l’universalité morale, de la liberté et du bonheur et créé un espace pour le retour de la religion et de l’affirmation identitaire exacerbée, deux forces hostiles à la raison universelle.
-  D’autre part, la conscience malheureuse du passé hégémonique de l’Occident. La décolonisation a remis en question la conviction de l’Occident d’incarner la forme la plus achevée de civilisation universelle. Ce retour critique sur soi a débarré la voie à un fort courant de relativisme culturel et d’ouverture à tout - toutes les cultures se valant, chacune est porteuse de vérité - ce qui encourage la tolérance, incluant la tolérance molle où tout et n’importe quoi peut passer. La tolérance devenue une repentance inconsciente, une forme de réparation du sentiment diffus de culpabilité de l’Occident.

Nous l’avons déjà dit, la laïcité ne va pas de soi, ce n’est pas un phénomène naturel au sein des sociétés. Elle requiert une discipline sociétale stricte, celle de limiter son droit à l’expression de sa religion ou croyance particulière dans la maison commune par respect pour la neutralité du lieu - conception anglaise - et parce que c’est le lieu de l’universel - conception française. Pour durer dans le quotidien ambigu et souvent contradictoire qui est le lot des collectivités humaines, la laïcité requiert deux composantes essentielles, d’une part, une garantie sous forme constitutionnelle de ce principe d’organisation et, d’autre part, un consensus sociétal minimal pour défendre l’intégrité de ce même principe. Lorsque l’une de ces deux composantes faiblit ou vient à manquer, les assauts contre la laïcité par des intérêts et idéologies particulières sont inévitables. C’est ainsi qu’en 1941, en France, suite à la défaite, le régime de Vichy abolit la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État, pour laisser le champ plus libre à l’influence religieuse. Il y a peu, le nouveau président de la République française avait même envisagé de « toiletter » la loi de 1905 et n’a changé d’avis que devant la clameur des protestations. Récemment en Turquie, le parti islamiste au pouvoir a essayé subrepticement de réintroduire les préceptes islamiques, telle la criminalisation de l’adultère, heureusement retiré du menu législatif du fait de la vigilance des laïcs. Quant aux États-Unis, il y a fort à parier que si le premier amendement n’existait pas et ne bénéficiait donc pas de la révérence accordée aux textes constitutionnels, le congrès serait dans l’incapacité de le faire adopter comme loi et encore moins comme nouvel amendement constitutionnel tellement l’emprise des mouvements religieux est forte. Georges Bush ne ressemble manifestement pas à James Madison ! Le Québec n’est pas en reste dans l’oubli de principes fondamentaux ; en janvier 2005, le Premier ministre du Québec annonçait, sans consulter son cabinet ni évidemment l’Assemblée nationale, que le gouvernement financerait à l’avenir à 100 % les écoles juives privées. Devant l’énorme tollé du public et une quasi-révolte au sein de son cabinet suscité par un geste si manifestement partisan - le paiement d’une dette politique à des contributeurs de fonds - le Premier ministre dut reculer et annuler sa décision. Ironiquement, le Premier ministre a renforcé par sa bourde la nécessité de tracer une frontière claire entre la sphère publique et la sphère privée.

Une tactique non préméditée, mais efficace contre la laïcité

Ce que les groupes religieux, notamment chrétiens fondamentalistes, musulmans intégristes, juifs ultra orthodoxes veulent, ce n’est pas un simple respect de demandes d’accommodements individuelles, c’est ultimement transformer les règles gouvernant l’espace public de façon à le rendre à nouveau malléable aux desiderata des religieux et des communautarismes. Pour ce faire, sans que cela relève d’une stratégie délibérée, les groupes revendicateurs présentent d’abord des demandes de dérogation en apparence anodines et créent de ce fait des précédents, des têtes de pont pour les futures demandes. Pensons à l’autorisation donnée par la Cour suprême à un garçon sikh québécois de porter sur lui son poignard religieux rituel en classe, ce garçon devenu juge pourrait éventuellement arguer du fait qu’il peut porter son poignard en cour en tant que juge, puisque autorisé dans la sphère publique. Il faut bien réaliser que les accommodements dans l’enceinte publique qui touchent au religieux agrandissent à chaque fois la brèche ouverte dans le tissu laïc, puisque par définition ils confortent le particulier au détriment de l’universel ou minimalement au détriment de la neutralité. On part d’exceptions individuelles pour aboutir par effet jurisprudentiel à la constitution de fait de droits communautaristes entraînant inévitablement une dynamique d’enfermement, frein puissant à l’acculturation aux valeurs publiques communes et à l’esprit des lois de la nation. Très soucieux de la suprématie des droits individuels, les tribunaux ont généralement favorisé les solutions concrètes en vue d’accommoder autant que faire se peut les coutumes religieuses spécifiques des requérants. Cette sollicitude commence à poser problème non seulement au Québec, mais également dans le reste du Canada. L’issue est quasiment prévisible, regardons ce qui s’est passé en Angleterre, en Hollande et notamment en France. À la suite d’atermoiements du gouvernement français au sujet du voile islamique, la situation devenait quasiment chaotique ; il fut finalement décidé suite aux recommandations de la commission Stasi d’interdire le port de tout signe religieux ostentatoire dans les écoles. Cette initiative avait été fortement critiquée à l’époque par l’opinion publique britannique et hollandaise, accusant même les législateurs français de fascisme. Or on constate, à la lecture du sondage du Pew Global Attitudes Project, que c’est en France que l’Autre s’intègre le mieux au Nous collectif, alors qu’au Royaume Uni, celui-ci paie actuellement le prix de sa politique de laisser-faire vis-à-vis des immigrants musulmans et que plusieurs ministres se disent maintenant choqués et offensés par le port de la burka dans les institutions ou rencontres publiques. Au Québec, deux types d’arguments sont généralement invoqués à l’encontre des principes laïcs de l’espace public :
-  D’abord, on invoque toujours des dénis de droit reconnus par la charte des droits et libertés. Or il est important de comprendre que la charte elle-même déclare que certains droits peuvent êtres légitimement limités dans une société démocratique et libre, si leur usage particulier dans certaines situations contrevient au bien général.
-  Ensuite, on objecte que la dichotomie, espace public, espace privé, est aujourd’hui dépassée, que la présence musulmane requiert une adaptation de la société à ses spécificités religieuses, qu’il est possible de concilier de multiples cultures au sein d’une nouvelle convivialité, qu’un nouveau Nous peut advenir comme conjugaison d’identités au sein de la citoyenneté commune. En lien avec ce deuxième argument général, les musulmans seraient conviés à pratiquer leur religion avec quelques restrictions, par exemple la mise de côté de la polygamie en échange d’accommodements de la société pour tenir compte des besoins autres de ces nouveaux citoyens. Avec des structures publiques d’accueil reflétant l’identité de chaque composante du corps social, le sentiment d’aliénation individuel et communautaire ressenti par certaines minorités serait grandement atténué, ce qui favoriserait la rencontre des esprits, des cultures et des religions dans un climat apaisé. C’est en gros la thèse du Pr Tarik Ramadan le célèbre intellectuel suisse musulman, apôtre d’un Islam occidental procédant à une lecture du coran adaptée à la vie musulmane en pays non musulman, mais conservant l’intégralité des préceptes inaltérables. Mais derrière cette bonne volonté, il y a autre chose ; Tarik Ramadan a montré récemment le bout de l’oreille lorsqu’il a déclaré lors d’une interview à Montréal le 17 juin 2007 donnée à Présence Musulmane « les laïcs n’ont pas à juger du contenu des religions, ils doivent les respecter ». Le Pr Ramadan ne pouvait pas faire référence à la société civile puisque les principes de laïcité reconnaissent explicitement que l’État et ses fonctionnaires n’ont pas à s’immiscer dans les affaires privées sauf pour y faire respecter l’ordre et la paix civile. Il faisait donc référence aux fonctionnaires de l’espace public, s’étant en d’autres temps prononcé contre la conception laïque de l’école française en rapport avec le voile islamique ; or pourquoi, les laïcs devraient-ils s’abstenir de juger du contenu des religions lorsque celles-ci prétendent s’immiscer dans le cadre de l’espace public ? On peut considérer les religions, au vu de leur rôle de gardiennes des dogmes révélés, comme étant généralement hostiles à l’acquisition par les écoliers d’une véritable réflexion indépendante basée sur les évidences de la raison. Il est donc légitime de s’opposer fermement à toute influence de leur part sur l’école publique, dont le rôle est d’enseigner certes, mais aussi d’armer les futurs citoyens contre les erreurs. Céder au nom de la tolérance molle qui laisse passer tout et n’importe quoi devient au sein de certaines institutions publiques une pratique qui anticipe les demandes ! C’est peut-être dans cet esprit d’accommodement de la différence que récemment en vue des élections législatives en mars 2007 au Québec, le directeur général des élections (DGE) publia un communiqué disant que la loi électorale n’interdisait pas à une femme au visage totalement voilé de voter sous réserve que son identité fût certifiée par deux témoins non voilés. Aucun groupe musulman n’avait pourtant demandé un tel « accommodement ». Devant le tollé soulevé par sa position, le DGE dut reculer et annuler ce qu’il avait initialement autorisé. Histoire invraisemblable ? Invraisemblable, mais hélas vraie ! On court au-devant d’une demande jamais formulée, jugée farfelue par tous les observateurs, voter à visage masqué ! On a ici l’image inversée de l’autocensure à laquelle se contraignent certains éditeurs par peur de représailles violentes d’extrémistes musulmans. Que nous enseigne un tel comportement d’un personnage officiel aussi important ? Qu’on peut être tellement conditionné par la pseudo bienpensance ou la peur, qu’on accroche comme on dit familièrement, son cerveau au vestiaire. Est-ce la bonne façon de promouvoir les valeurs publiques communes et le respect de l’esprit des lois de la nation ? Le problème est sérieux, revenons encore une fois à l’éducation des enfants, futurs citoyens qui devront gérer une société toujours plus complexe. L’exemple qui revient sans cesse est l’absurde bataille que livrent aux États-Unis dans les écoles publiques, les tenants du créationnisme et de l’intelligent design contre la théorie de l’évolution en classe de biologie. Exemple caricatural et emblématique s’il en est un, de l’assaut sans cesse recommencé du religieux contre la science et donc contre l’usage de la raison.

Impossible au Québec ? Pas si sûr !

Que faire ?

Le Québec a failli dans sa responsabilité à expliquer aux immigrants l’importance de préserver pour la vie démocratique de la nation le caractère nécessairement laïc de la « Res Publica » la chose commune. Cette nécessité du principe laïc ressort de l’évidence dans un pays devenu hétérogène, multiculturel et complexe du fait de la mondialisation et des vagues migratoires des dernières décennies. Pour beaucoup de croyants d’ici ou d’ailleurs la chose laïque ne va pas de soi, la foi ne se concevant pas sans que les commandements religieux ne soient observés en tout lieu et en tout temps ! L’islam intégriste étant plus encore que toute autre religion, une conception totalitaire de la vie en société. Un casse-tête manifeste pour des institutions publiques québécoises cherchant à intégrer la multitude des cultures et sensibilités en leur sein. Devant les assauts ouverts ou furtifs des propagandes et manipulations religieuses contre la notion même de raison universelle, il faut d’abord clairement réaffirmer au sein de la sphère publique le pourquoi de l’incompatibilité entre les assises philosophiques de la laïcité et les a priori des religions ; les pratiques de l’une relèvent de la raison, les pratiques de l’autre de la foi. Toute demande d’accommodement qui altérerait le caractère laïc des institutions est donc contraire à l’impératif public de neutralité et d’universalité.

En conclusion

1. La plupart des pays démocratiques et pluralistes ont adopté constitutionnellement ou de fait mis en pratique le principe de laïcité. 2. La laïcité n’est pas naturelle, elle résulte d’une lutte en vue d’ériger la « raison critique » comme fondement de la Res Publica, la chose commune. 3. Les pratiques de laïcité reflètent dans chaque pays, nolens volens, la personnalité, la culture et l’histoire du peuple fondateur. 4. Les convictions religieuses de certains citoyens les conduisent à contester le mur de séparation entre la sphère privée et la sphère publique, notamment dans le milieu scolaire. 5. Presque tous les pays occidentaux sont aux prises avec des demandes de dérogation aux principes de laïcité, principalement de la part de groupes musulmans ; ce phénomène n’est pas propre au Québec. 6. Au Québec, les demandes « d’accommodement » le sont presque toujours pour des motifs religieux de la part de personnes ou de communautés. Les réponses fréquemment positives des tribunaux à leurs demandes d’exemption, créent une dynamique où l’accumulation des accommodements individuels accrédite peu à peu l’idée de droits communautaristes spécifiques. 7. Cette dynamique religieuse et communautariste met en danger l’universalité de valeurs fondamentales de la société québécoise, notamment à titre d’exemples, l’égalité absolue entre la femme et l’homme au regard de la loi et chez les écoliers, l’apprentissage de la raison critique, peut-être le bien social le plus précieux pour l’individu et le plus nécessaire pour la démocratie. 8. Il n’y a pas d’alternative au respect fort de la laïcité au sein de la sphère publique. C’est une condition sin qua non pour l’exercice serein de la démocratie et la défense des droits et libertés de la personne dans des sociétés culturellement et ethniquement hétérogènes. 9. La tentation de mettre de l’eau dans son vin pour faire modéré ne serait pas un geste sage, car il renverrait à plus tard un problème dont les ramifications seraient devenues encore plus inextricables à l’instar de ce qui se vit maintenant dans plusieurs pays européens. 10. Il importe de prendre acte de ce processus potentiel de délitement de la laïcité et de l’arrêter fermement avant qu’il ne produise des schismes traumatisants dans la société.

En conséquence, nous recommandons :

1. Que le Québec, faute de disposer d’une assise constitutionnelle, proclame solennellement l’inviolabilité du principe de laïcité dans toutes les structures et activités relevant de la sphère publique.

2. Que cette reconnaissance d’un principe fort de laïcité ne doit en rien limiter la liberté de tout individu ou communauté d’exprimer leurs cultures et ses convictions religieuses dans la sphère privée, en autant que cela respecte intégralement les lois du Québec.

La lutte contre l’obscurantisme est un combat sans fin, il y a des hauts et des bas et très souvent les tenants de la raison n’osent pas exprimer leurs critiques vis-à-vis des religions dans leurs rapports aux institutions publiques, à cause de ce que le philosophe Daniel C. Dennet appelle une révérence paralysante, longuement cultivée par l’Église et ajouterons-nous par toutes les religions.

Or toutes les opinions n’ont pas la même valeur au plan de la raison.

Septembre 2007

Léon Ouaknine


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14 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 24 septembre 2007 14:28

    Bel exposé dont je partage les conclusions. Cependant, vous vous focalisez sur le thème de la laïcité qui est un moyen facile d’éviter le problème de fond. Vous vous appercevrez rapidement que la question n’est pas religieuse, ou en tout cas que la religion n’est qu’un des aspects commode à stigmatiser sans se faire traiter de tous les noms par les bien-pensants de service.

    Vous dites « Chacun a le droit à l’expression pleine et entière de sa culture et de sa religion, en autant que cela respecte l’ordre public et le principe de séparation de l’État et de l’Église. »

    Ce sont de jolis mots mais que cela signifie-t-il au juste ? Je me souviens trés bien étant enfant d’un procès perdu par un breton contre l’administration parcequ’il voulait donner des prénoms bretons à ses enfants. Cela devait se passer dans les années 60 en France.

    Le droit à l’expression de sa « culture » est une erreur grave si l’on veut constituer un Etat qui ne soit pas un patch-work de communautés partageant le même territoire mais étrangères les unes des autres dans tout ce qui concerne la vie privée et publique. A ce petit jeu, les canadiens auront vite fait de perdre le Canada.

    La loi Canadienne est l’expression de la façon de vivre séculaire des canadiens. Les lois universelles n’existent pas. Elles sont l’émanation d’un peuple et portées par lui.

    Le jour où la population n’aura majoritairement plus la manière de vivre des canadiens ces lois n’auront plus aucun intérêt et seront oubliées.

    Le plus urgent n’est pas de se battre pour la laïcité mais de comprendre le fond du problème qui réside dans une immigration non européenne complètement incontrôlée. Le plus urgent est de se battre pour que les canadiens conservent la Canada. C’est leur devoir vis à vis de leur descendance. Le reste, l’universalisme, les droits de l’homme, la laïcité, l’autre et tout le tralala ne sont qu’une réthorique qui change au gré des modes.


    • slashbin 25 septembre 2007 03:29

      Le Canada est un patch-work d’immigration, et le Québec, Montréal en tête, démontre qu’il est possible de réunir les communautés sans nier leur culture respective, pour autant que chacun fasse preuve d’un minimum de bonne volonté, et dans ce sens, la laïcité comme fondement de l’Etat a sa raison d’être. Sur ce point, le Québec est bien en avance par rapport à la France.

      Parler de loi canadienne est très discutable vu le caractère fédéral de ce pays, et les spécificités nombreuses apportés par les lois provinciales. Il n’existe pas de mode de vie séculaire des Canadiens en temps que tel, vu les différences profondes entre les cultures qui le composent, depuis l’ouest du Canada, avec en particulier la Colombie-Britannique, à l’Est, avec le Québec, et le Nouveau-Brunswick (et une pensée pour l’Acadie au passage). Je ne vois donc pas de fondement historique pour appuyer votre discours.

      Au contraire, le Canada est depuis 500 ans une terre d’immigration de peuples aux cultures diverses, aux religions et aux traditions variées. Si on doit militer pour que les Canadiens conservent le Canada, ne devrions-nous pas le rendre aux nations autochtones du Canada, qui peuvent légitimement avancer une argument de présence historique ?

      On ne naît pas tant québécois, qu’on le devient (exemple caricatural mais révélateur : le nombre d’immigrés, européens ou non, dans les rangs du Bloc Québécois).

      Votre discours respire l’intolérance, en total décalage avec ce qui fait la force du Québec, patch-work extraordinaire, dont immigration rime majoritairement avec intégration, même si la commission des accomodements raisonnables révèle que ceci ne peut perdurer que si le Québec maintient les conditions nécessaires. Un Québec qui en a les capacités !


    • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 25 septembre 2007 14:10

      Vivre ensemble n’est pas toujours facile mais c’est le prix à payer en démocratie. On ne peut refuser à personne le droit à sa culture. Ce droit va de pair avec le respect des lois de la nation démocratique. La question plus difficile est le partage réel de valeurs communes, telles la liberté de conscience, l’égalité absolue de l’homme et de la femme. Je ne m’inquiète pas personnellement de l’évolution démographique et des changements qu’elle entraînerait éventuellement. Les Etats-Unis verront bientôt les WASP (White Anglo-Saxon Protestant) perdrent le statut de majorité qu’ils avaient jusqu’ici depuis la fondation du pays. Est-ce que cela a changé la nature de leur démocratie ? peut-être, mais je n’y crois pas.


    • ZEN ZEN 24 septembre 2007 16:45

      Excellent article,très dense, qui ne cède rien sur les principes, qui les met même parfaitement en lumière.

      « Ce que les groupes religieux, notamment chrétiens fondamentalistes, musulmans intégristes, juifs ultra orthodoxes veulent, ce n’est pas un simple respect de demandes d’accommodements individuelles, c’est ultimement transformer les règles gouvernant l’espace public de façon à le rendre à nouveau malléable aux desiderata des religieux et des communautarismes ».

      Je vois que vous n’oubliez personne sans tomber dans la caricature, c’est bien dit.


      • ZEN ZEN 24 septembre 2007 17:24

        Et pourtant,vous dites :

        « . Demander qu’on enlève le crucifix dans l’enceinte de l’Assemblée nationale du Québec, c’est méconnaître l’historicité des civilisations et réduire la laïcité à des gestes mesquins. »

        Puisque la laîcité se conquiert et se défend, comme vous le dites si bien, d’autant plus que la pratique religieuse au Québec est en chute libre, ne serait-il pas justifié de retirer ce symbole, qui n’a pas plus à voir dans un lieu public comme celui-là que la devise « in god we trust » sur le dollar us... ?


        • slashbin 25 septembre 2007 03:09

          Un symbole n’est qu’un symbole, et s’il témoigne seulement d’un passé historique, il n’est pas nécessairement dérangeant. Dans ces condtions, la position de l’auteur invitant à le maintenir se défend. Le symbole devient gênant s’il sert de support à imposer une conception comme prévalant sur d’autres, mais ce n’est possible que si on infère dans l’objet plus que sa seule qualité matérielle et historique. Le crucifix comme témoignage du passé uniquement a sa place. La prière en ouverture de séances communales, non. C’est pourtant le propos du maire de Saguenay, qui défend le maintien de l’héritage catholique dans la sphère publique : http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5gHvGNMC92OGGNVxkgMD4FgUbWNRQ preuve s’il en fallait par ailleurs que la question des accomodements raisonnables n’est pas le seul fait de l’immigration. A ce titre, si je suis d’accord en grande partie avec le texte de l’auteur, je ne suis pas son discours quand il classe l’islam intégriste comme plus dangereux que les autres religions fondamenlatistes. Les discours chrétiens évangélistes par exemple me paraissent de même nature, et m’inquiètent tout autant.


        • Hakim I. 25 septembre 2007 13:36

          Ca au moins ce n’est pas hypocrite


        • Internaute Internaute 25 septembre 2007 08:07

          @slashbin

          Vos commentaires partent du principe que les canadiens n’ont aucun droit particulier sur leur terre ni sur l’héritage que leur a laissé leurs parents et ancêtres.

          C’est la théorie du grand village. On est tous citoyens du monde et chez soi partout. Malheureusement cette utopie est vraie pour les autres qui viennent chez nous mais jamais pour les européens, où qu’ils soient.

          Bien évidemment, en partant de cette hypothèse, tout se vaut et il n’y pas de raison de privilégier une culture ou un peuple plutôt qu’un autre. Mettre sur le même plan les différences légales qu’ils peut y avoir entre les descendants des anglais et leurs cousins français, avec les différences qu’il peut y avoir entre la charia et nos lois actuelles montre bien votre aveuglement.

          Là où vous vous trompez lourdement est que vous partez de la théorise du bon sauvage qui, lorsqu’il aura pris le pouvoir par le vote ou par les armes, sera assez gentil pour nous laisser une place et assez intelligent et travailleur pour continuer à faire fonctionner la société comme nous l’avons fait. Il suffit de regarder où en est le tiers-monde malgré des milliards d’aides et de pétro-dollars déversés pour comprendre ce que sera nos pays le jour où nous y aurons laissé s’installer en grand nombre les populations venant du tiers-monde. Je sais que cela paraît du racisme, sectarisme et tout ce que l’on dira mais il suffit de regarder autour de soi pour contempler le vide industriel existant dans les pays sous-developpés africains, l’absence de services publics dignes de ce nom et la condition ouvrière dans ceux qui s’en sortent le mieux comme la Chine. Si c’est cela le futur que vous proposez au Canada, c’est bien triste. En France, nous avons fait cette erreur avant vous et nous le payons trés cher. Ne tombez pas dans le même piège.


          • Céphale Céphale 25 septembre 2007 09:10

            Merci pour ce beau et long mémoire qui témoigne d’une parfaite connaissance d’un sujet auquel je m’intéresse un peu. Je suis totalement d’accord avec vous. Je ne peux pas faire d’autre commentaire à un papier aussi documenté, aussi nuancé, aussi dense. Chacun devrait le garder en archives pour aider sa réflexion dans les années qui viennent, car l’avenir ne sera pas un long fleuve tranquille.

            Bravo !


            • Antoine Diederick 25 septembre 2007 21:44

              At Céphale,

              J’ai parcouru plus que lu les ceux articles de l’auteur.

              Belle qualité....bravo.

              « Documents à mettre ds ses archives », je suis bien d’accord avec vous , la qualité y est, avec la densité nécessaire.


            • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 septembre 2007 15:27

              On peut s’inquiéter du propos de Tarik Ramadan rapporté dans le texte de Monsieur Ouaknine : « les laïcs n’ont pas à juger du contenu des religions, ils doivent les respecter ». Ce propos résume bien les menaces qui pèsent désormais sur de nombreux pays démocratiques.

              Pourtant Tarik Ramadan aurait bien tort de se gêner, de se retenir d’enfoncer son clou puisque, jusqu’à présent, les républiques démocratiques n’ont pas cru devoir s’assurer que le contenu des religions autorisées à pratiquer leur culte est bien compatible avec les Droits de la Personne Humaine.

              Il serait bien que Léon Ouaknine prenne connaissance de l’initiative prise récemment par l’association FLJ (Faire Le Jour) pour que, en France dorénavant, on s’en assure. Il serait bien aussi qu’il dise ce qu’il en pense.

              Cette initiative consiste en une proposition faite dans une Lettre au « Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République » mis en place récemment par le Président de la République Française.

              On peut trouver cette « Lettre au Comité de réflexion » sur le site www.fairelejour.org à la date du 19 septembre, dans la rubrique « L’association ».

              Pierre Régnier, membre de l’association FLJ ;


              • Léon Ouaknine Léon Ouaknine 27 septembre 2007 16:57

                @ Pierre Régnier

                Je viens de consulter votre site Faire le jour. je vous remercie de me l’avoir indiqué. Je ne puis qu’être profondément d’accord avec l’esprit de la lettre adressée à Mr Balladur.

                Je vois un écueil cependant ; On ne peut pas légiférer les croyances et le respect du droit à sa religion est impératif. Comment concilier le droit à la religion et son irrationalité de principe avec la déclaration des droits de l’Homme ? Kant s’était posée une question similaire lorsqu’il se demandait comment obéir à l’injonction du Christ « Aime ton prochain comme toi-même » Il savait fort bien qu’on ne peut pas légiférer les sentiments et sa manière de résoudre le dilemme, c’était de conseiller à l’individu de « faire comme si » faire comme si on aimait. Autrement dit, quels que soient nos convictions intimes, avoir un comportement en accord avec la maxime. C’est à partir de ce principe qu’on interdit les comportements racistes en entreprise, quelqu’un peut être raciste ou détester les gros, on ne peut pas l’empêcher mais on lui indique qu’on ne tolérera aucun comportement offensant à l’égard des catégories de personnes qu’il déteste.

                Donc, je ne crois pas qu’on puisse forcer une religion à altérer son credo (peut-on forcer par voie législative l’église catholique à accepter des femmes dans la prêtrise ou la religion juive à abandonner l’idée que seul le mari peut consentir au divorce religieux (get) ? C’est impossible.

                Mais la loi peut et doit indiquer qu’au plan des comportements, aucune pratique contraire aux droits de l’Homme ne sera tolérée.

                Je suis en train d’écrire un livre sur le thème « Raison ou Barbarie » je me permets de citer un paragraphe de l’introduction qui vous indiquera clairement où je me situe.

                "Le texte ne se cache donc pas d’un parti pris pour la raison sur la foi, pour la connaissance sur la croyance. Ce parti pris n’est pas arbitraire, l’expérience a montré qu’une théorie qui allie explications et prédictions même limitées, a un pouvoir logique et empirique infiniment plus puissant qu’une théorie qui n’offre qu’une explication générale, « Dieu a tout créé » qui de par sa nature même évacue toute réflexion sérieuse sur ce qu’est le réel et qui ne fournit que des justifications, en lieu et place d’un certain niveau de prédictions qui permettent de tester la véracité des hypothèses ou à tout le moins la non contradiction des assertions de nature plus spéculatives avec le reste du corpus des connaissances. L’usage de la raison permet une connaissance logique et argumentée du réel, une prise effective sur celui-ci, ce que ne font ni la foi ni la religion.

                Mais il y a un motif beaucoup plus impérieux encore pour notre parti pris que le besoin d’ancrer la connaissance sur la logique, il s’agit en urgence de la survie physique et du salut éthique de l’humanité. Nous sommes entraînés dans une course entre la barbarie et l’humanisme et celui-ci nous semble beaucoup plus assuré par la raison que par la religion, comme nous espérons que le lecteur le constatera au fil des pages.

                Au nom de la religion on intimide, on menace, on assassine. Au nom de la religion on veut forcer au silence ceux qui, au péril de leur vie, récusent les vérités révélées des livres sacrés et des prophètes. Au nom de la religion, on amène les medias à s’autocensurer pour éviter de graves représailles. Les tueries aveugles sont devenues de véritables boucheries pour terroriser la population et amener les gouvernants à prendre en compte les exigences parfois implicites des fous de Dieu. Algérie, Afghanistan, Sri Lanka, Royaume-Uni, Espagne, la liste ne fait que s’allonger. Mais l’islam n’est pas seul en cause, il a eu de très sérieux compétiteurs dans sa volonté d’éradiquer toute velléité de réflexion critique vis-à-vis des livres saints. L’inquisition avait fait du très beau travail de 1478 à 1909 pour modeler les esprits et les pays. Quant au judaïsme, il n’est pas en reste non plus quant à ses potentialités, si on se réfère aux réjouissantes affirmations du Grand Rabbin d’Israël Yosef Ovadia lorsqu’il déclara que les six millions de juifs anéantis dans la Shoah le furent parce que leurs âmes étaient des réincarnations d’âmes pécheresses. Il ne peut pas y avoir de « vivre-ensemble » sans une éthique valable pour tous, code public autant que code intime, parlant à ce qui est universel en chacun de nous et d’abord à l’expérience de la souffrance. Une telle éthique ne peut pas découler aujourd’hui d’une religion, il y en a trop dans les pays mosaïques où l’arc-en-ciel inclut de surcroît de plus en plus d’incroyants. Dieu ne parle pas d’une même voix à tous ceux qui l’écoutent et quant à ceux qui ne l’écoutent pas, ils l’entendent encore moins. Babel est plutôt la norme ! Loin d’unir, la religion sépare les hommes, seule la raison est capable de produire une morale universelle, insuffisante certes mais indispensable à la paix et à l’harmonie. A preuve, la déclaration universelle des droits de l’Homme de l’ONU peut être considérée comme le premier texte « moral » universel de l’histoire de l’humanité. Nous verrons dans le cadre du chapitre (II.4.d.iii) que cette déclaration renvoie à une conception « naturaliste » et non religieuse ou métaphysique des sources de la morale . En 1948 lors de son adoption, les 58 États membres comprenaient des pays religieux de diverses confessions, des pays officiellement laïques et des pays athées. Il fallait donc fonder cette déclaration sur le plus grand dénominateur commun possible, ce ne pouvait être que l’Homme et non un principe divin."

                Léon Ouaknine


              • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 septembre 2007 19:12

                Merci Monsieur Ouaknine pour cet intéressant complément. Il me confirme que nous voulons bien la même chose. Cependant...

                Avant d’aller plus loin une petite précision utile : le site de Fraire Le Jour n’est pas « mon » site, je ne suis que l’un des membres de cette association.

                On ne peut pas, dites-vous, « forcer une religion à altérer son credo ». On peut encore moins entrer dans les consciences individuelles pour y légiférer ou pour obliger à raisonner rationnellement. Nous sommes bien d’accord là-dessus et je ne propose rien de semblable mais seulement de faire vérifier par le législateur que le credo officiel, publié, certifié être le bon par les institutions religieuses, EST BIEN COMPATIBLE AVEC LES DROITS HUMAINS.

                Je suis d’ailleurs convaincu que le seul fait d’avoir à démontrer qu’il l’est bien, devant une juridiction prévue par la loi (comme toute association, tout parti politique...) amènerait les institutions religieuses à réformer d’elles-mêmes leurs bases théologiques en en rejetant clairement le contenu criminogène.

                J’aimerais vous adresser un texte de 5 pages « Contre la violence religieuse pourquoi si peu d’exigence » proposé à une revue française au printemps dernier. En voici les dernières lignes, qui contiennent une proposition en 9 points :

                «  »" Ecrivant récemment à Elie Barnavi après avoir lu son récent livre sur Les religions meurtrières (8) et prenant pour modèle les titres de ses chapitres, qui sont aussi ceux de neuf thèses, je lui proposais ainsi les miennes (ici légèrement modifiées) :

                -  la violence religieuse effective est toujours à la fois épouvantable et banale puisque les religions continuent d’enseigner que Dieu la commande ou l’a commandée
                -  ce sont les institutions religieuses qui continuent de croire fondamental de maintenir intégralement sacrés leurs textes contenant les bases de la violence religieuse
                -  la nécessaire désacralisation de la violence religieuse suppose une radicale révision, par les institutions religieuses, de leur propre interprétation de leurs propres textes sacrés.
                -  le maintien de la conception criminogène de Dieu, jadis sacralisée, et celui de la théologie criminogène qui la dogmatise ne sont nullement fatals
                -  la paix et la défense des Droits de la personne humaine sont impossibles sans le rejet de la théologie criminogène
                -  les sociétés défendant les Droits de la personne humaine doivent exiger des institutions religieuses qu’elles rejettent officiellement et sans ambiguïté la théologie criminogène
                -  le combat pour la désacralisation de la conception criminogène de Dieu n’est pas un combat contre les religions
                -  le choc des conceptions (criminogène et pacifiste ) au sein des religions est le plus sûr moyen d’éviter le choc des civilisations
                -  c’est en exigeant d’abord la désacralisation de la violence dans leur propre religion que les croyants pourront entraîner les pacifistes des autres religions dans la même exigence.

                Disons enfin que le problème ne concerne pas les responsables politiques au seul échelon national. L’attentat contre le World Trade Center a été perpétré alors que l’ONU venait de lancer une « décennie pour l’éducation à la non-violence ». Les militants à l’origine de cette initiative n’avaient pas cru devoir faire inscrire au programme la désacralisation de la violence religieuse. Elle doit devenir une exigence de tous les habitants pacifiques de la planète, qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées. Faute de quoi le « facteur Dieu » resterait bien, comme le disait un écrivain Prix Nobel de littérature quelques jours après le 11 septembre 2001, « la plus criminelle des inventions » (9). «  »"

                J’ai hâte de lire votre livre... mais plus encore de voir les responsables politiques des pays démocratiques sortir la tête du sable où ils l’enfoncent chaque fois qu’ils sont devant le problème -non, le drame- très concret de la violence religieuse . P.R.


                • isaray 23 novembre 2007 22:54

                  On voit toutde suite que votre pensée est le fruit d’une réflection très poussée.Je crois que vous visez très juste et que vous voyez beaucoup plus loin dans le futur que la moyenne des Québecois de toutes les horizons confondues. Bravo ! j’ajoute ici mon mémoire tel que publié dans le site de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.

                  MÉMOIRE À ÊTRE PRÉSENTÉ À LA COMMISSION BOUCHARD-TAYLOR

                  La place du dogme religieux dans la société québécoise contemporaine

                  Traditionnellement, comme vous le savez bien, la place de la religion dogmatique chrétienne fut très importante dans notre société francophone d’Amérique du Nord, jusqu’à la révolution tranquille où son influence commença à diminuer de façon marquée, à tout le moins au niveau de son pouvoir politique mais aussi, quoiqu’à une vitesse moins accélérée, au point de vue de son emprise morale. La morale judéo-chrétienne, même si cela est souvent nié par les individus, reste quand même un point de repère important de toutes les sociétés occidentales. Bien sûr, nous avons fait de grands pas vers la laïcisation du politique et des institutions publiques en général, dans le but assez réussi de démocratiser notre nation mais ce faisant, nous avons quand même un peu jeté le bébé avec l’eau du bain en oblitérant totalement le phénomène social très important qu’est le sentiment d’appartenance à un idéal de société qui fut très longtemps comblé par le catholicisme à travers les rituels et fêtes chrétiennes. Il me semble que nous avons trop misé sur l’individualisme à outrance et la consommation de masse pour combler le vide laissé par l’Église. Il y a le projet souverainiste de social-démocratie et d’affirmation de qui nous sommes qui a pendant longtemps donné une direction bien sentie aux Québécois mais aujourd’hui, le sentiment d’insécurité identitaire linguistique et culturel a fait place à une certaine lassitude des baby-boomers et à un désengagement des plus jeunes qui ne voient là que peu ou pas de menace. Nous sommes aujourd’hui à un point tournant dans le développement de la nation québécoise où nous prenons conscience que le Québec change, qu’il se mondialise. Au cours des prochaines décennies, l’immigration jumelée à la dénatalité va changer de façon très marquée le visage du Québec. Nous tous, Francos, Anglos, autochtones et allophones devons dès maintenant et ensemble jeter les bases du Québec de 2050 et au-delà. Les Néo-Québécois et les futurs immigrants formeront une part accrue de notre société du futur c’est pourquoi il est si important de leur permettre de bien s’intégrer dès leur arrivée au pays. N’oublions pas qu’ils représentent un enrichissement et pas un fardeau, à la condition bien sûr d’éviter leur ghettoïsation et leur repli sur eux-mêmes. Ils doivent savoir qui nous sommes, avant même de prendre la décision d’immigrer chez nous, connaître notre histoire et se mettre dès leur arrivée à l’apprentissage du français, le lien nécessaire qui fera de nous une société plus unie malgré le choc des cultures. Je suggère la création d’une charte des devoirs, complémentaire à la charte des droits et libertés, qui s’appliquerait à tous les Québécois, car les droits et libertés vont rarement sans une certaine part de responsabilité. À titre d’exemple, la charte des droits et libertés accorde à tous les citoyens la liberté de croyance et de religion. Cette liberté et ce droit devraient donc être associés au devoir de respecter les croyances, la religion ou la non-croyance d’autrui, incluant ceux de ses propres enfants. Si un enfant qui n’a pas atteint l’âge de raison, et donc pas encore suffisamment développé ses facultés de discernement, était soumis à une influence déraisonnable de ses parents qui essayaient de lui faire épouser leurs fois dogmatiques et leurs croyances, cela constituerait un manquement vis-à-vis leur devoir parental de façon similaire à une personne qui se servirait de sa position d’autorité pour pousser un enfant à consentir à avoir des rapports sexuels serait en défaut tel que stipulé dans la loi canadienne sur l’âge de consentement sexuel. En quoi cela concerne-t-il cette commission vous demanderez-vous ? Eh bien, à mes yeux, le débat sur les accommodements raisonnables est beaucoup plus celui sur les accommodements religieux et la place de la religion dans l’espace public et c’est pourquoi je suggère à la commission de recommander à nos élus une loi sur l’âge de consentement religieux qui permettrait de protéger la liberté de croyance des enfants qui, en général, ne choisissent pas leur religion. Elle leur est plus souvent qu’autrement imposée de façon culturelle. Dire non à l’imposition culturelle d’une religion aux enfants, c’est respecter leurs libertés de conscience, en laissant libre cours au développement de leurs facultés de discernement si important et nécessaire à l’épanouissement de leurs autonomies intellectuelles. Le conseil du statut de la femme réclame un amendement à la charte des droits de la personne pour y inclure la primauté du droit à l’égalité entre les femmes et les hommes sur le droit à la liberté de religion et je l’appuie entièrement sur ce point. Elles demandent aux politiques de préciser davantage les valeurs qui déterminent notre identité collective et pour y arriver font six recommandations, dont deux touchent directement les jeunes et leur éducation parce qu’elles savent très bien que les valeurs qui sont communes à la très grande majorité des Québécois seront dans un terreau fertile si elles sont soumises à l’attention de la jeunesse québécoise. Mais... elles ne sont pas les seules qui ont compris qu’inculquer des valeurs ou des croyances dogmatiques aux enfants garantit ou presque leur adhésion à ces mêmes systèmes de valeurs et de croyances leur vie durant. Il y a aussi les religieux, au moyen de sacrements et rituels tels que baptêmes, communions, confirmations, bar-mitsvas, camps bibliques, écoles coraniques ou juives ou chrétiennes, les journées internationales de la jeunesse catholique, etc. Tous rituels et enseignements religieux ou idéologiques inculqués aux enfants avant l’âge de raison sont probablement l’unique garantie qu’ont les religions, sectes et idéologies extrémistes de se perpétuer. Voilà des instruments efficaces qui, lorsqu’ils sont à la disposition de groupes politiques ou religieux extrémistes, peuvent devenir en moins d’une génération des armes terrifiantes, plus dangereuses que toutes les armes de destruction massive inventées par l’homme jusqu’ici. Il n’y a qu’à regarder du côté de la Russie, avec un Vladimir Poutine nostalgique de l’ère soviétique et assoiffé de pouvoir qui a instauré les camps de la jeunesse russe très nationalistes, racistes et surtout teintés d’un brin de fascisme, pour y remarquer une ressemblance flagrante avec l’Allemagne nazi d’avant guerre et “Les jeunesses hitlériennes‟, ou encore du côté des écoles coraniques du Pakistan qui sont reconnues comme des terreaux de recrutement fertiles pour Al Qaeda et d’autres groupes terroristes islamiques, ou même encore plus près de chez nous, dans le « Bible Belt États-Uniens » où depuis un quart de siècle, l’influence du lobby chrétien évangélique n’a cessé de croître jusqu’à infiltrer les plus hauts cercles du pouvoir politique dans ce qui est maintenant l’unique grande puissance du monde et dans lequel, par surcroît, la séparation de l’église et de l’état est enchâssée dans la constitution. Alors, j’ose espérer que nos législateurs se pencheront non seulement sur les recommandations du CSF mais également sur la primauté du droit à la liberté de pensée des enfants de moins de 14 ans (voir ici liberté de pensée dans le sens de pensée critique ou liberté de conscience), sur les droits et libertés de religion et de croyance, car chaque enfant qui se voit soumis à une influence déraisonnable et à un héritage culturel dogmatique exagéré de la part de ses parents ou de toute autre personne en autorité, se voit du même coup privé, à tout le moins de façon temporaire, de sa liberté de pensée (liberté de conscience) car n’ayant pas encore suffisamment acquis de sens critique, la pression psychologique et émotionnelle de se soumettre aux croyances de l’autorité parentale en tant que vérité absolue, influencerait presqu’assurément et de façon indue, son mode de pensée et sa ligne de conduite.

                  Pour permettre à notre société d’évoluer positivement, nous devons permettre à nos enfants d’être de réels libres-penseurs. Ils doivent être guidés par des parents conscients de leur influence, par l’école et par la société en général afin qu’ils puissent développer leur propre esprit critique et leur discernement sans barrières psychologiques imposées avant d’être mis face au choix d’une religion, d’une spiritualité personnelle ou d’en rejeter la nécessité. La responsabilité de l’état québécois et canadien pour que soit respectée cette valeur fondamentale de toute société qui se veut réellement libre, démocratique et unie de façon intestine est : la promotion continue et efficace visant de façon prioritaire la jeunesse de ce que j’appellerai la « libre-pensée ». La véritable liberté de religion ou de croyance ne peut exister que par le développement d’une véritable pensée critique parce que la véritable liberté est avant tout un état d’esprit. Si tous les enfants du Québec ont la possibilité de développer leurs facultés de libres-penseurs, incluant les enfants de familles religieuses plus conservatrices, les religions qui voudront survivre n’auront d’autre choix que de se moderniser pour jouer le rôle de rassembleur qu’elles savent malgré tout très bien remplir mais non plus sur des bases dogmatiques mais plutôt sur celles de l’humanisme et de l’altruisme. Que des adultes conscients et avertis épousent une religion ou une idéologie de leur choix, c’est leur droit le plus stricte. Mais que des enfants n’ayant pas atteints l’âge de raison et donc une certaine capacité de raisonnement soient élevés dans la contrainte d’épouser les convictions religieuses ou idéologiques de leur parents, sous peine de reniement par la famille, alors cela devient inacceptable. Les enfants ne seraient-ils pas aussi protégés par le droit à la liberté de conscience inscrite dans cette même charte qui permet à leurs parents d’adopter la religion de leurs choix ? Je trouve absolument aberrent que dans une société qui se dit de la modernité, l’on dise encore aujourd’hui que tel enfant est un catholique ou que tel autre est musulman alors qu’ils ne sont même pas en mesure de faire un choix consciemment réfléchit

                  Afin de protéger la liberté de conscience, prévue par les chartes, des individus en général et des enfants en particulier, je suggère respectueusement à la commission de faire à nos dirigeants les recommandations suivantes : 1- Que cesse le financement public des écoles privées dites confessionnelles. 2- Que soit enchâssée dans la charte des droits et libertés de la personne, la primauté du droit à la liberté de conscience des enfants de moins de 14 ans sur le droit (article 41)des parents ou des personnes qui en tiennent lieu, d’assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions. 3- Que soit votée une loi sur l’âge de consentement religieux des enfants. 4- Que soit adopté une charte québécoise de la laïcité ouverte et inclusive. 5- Que soit instauré un congé férié de l’interculturalisme et du bon voisinage pour permettre le rapprochement des communautés culturelles entre elles et avec la majorité Québécoise francophone

                  J’ajoute à ce mémoire une lettre d’opinion publiée dans cyberpresse le 28 février 2006 et qui rejoint en pensée le présent mémoire. Elle s’intitule : CONSENTEMENT SEXUEL VS CONSENTEMENT RELIGIEUX

                  ====================

                  Le mardi 28 février 2006 Consentement sexuel / consentement religieux

                  Raymond Normandin

                  Quelques jours après la prise de pouvoir par les conservateurs de monsieur Harper, le premier débat sur une question morale faisait surface sur la scène politique canadienne. La formation politique de centre-droite proposait de légiférer sur l’âge de consentement sexuel des enfants pour la porter à seize ans plutôt que quatorze comme la loi actuelle le spécifie. Ceci dans le but principal de protéger les enfants contre les prédateurs sexuels qui prolifèrent de plus en plus sur Internet.

                  Les réactions dans les médias furent mitigées, quelques-uns disant que ceci enverrait un message clair aux abuseurs tandis que d’autres intervenants postulaient que changer la loi actuelle n’atteindrait pas nécessairement le but visé et pourrait même à la limite court-circuiter les réseaux qui amènent l’information aux jeunes afin d’être mieux protégés contre tout le tralala des MTS et des dangers de l’Internet. Bon, disons que dans tout ce débat entre centre-gauche, centre-droite, quatorze ou seize ans, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat ou enflammer le débat comme dans le cas des mariages gais, étant donné que les deux côtés étant pour la vertu, l’idée de la nécessité du consentement n’était pas remise en cause.

                  C’est en écoutant ce débat que m’est venue la question suivante : à quand une loi sur l’âge de consentement en matière de religion ? Elle (cette question) semble à prime à bord dissonante lorsque mise en parallèle avec la précédente puisque la loi dans le premier cas existe pour protéger l’enfant de prédateurs potentiels et que dans le second cas, il serait inconcevable d’imaginer une loi qui interdirait à des parents bien intentionnés et aimants d’inculquer à leurs descendants, avant l’âge de raison, des principes religieux dogmatiques qui sont profondément ancrés dans la culture des gens et qui souvent sont la base même de la vie de ces braves parents.

                  Ho ! Il est bien certain que plusieurs groupes religieux et même laïques voudront crier au fascisme et brandiront tout de suite le bouclier de la charte des droits et libertés (la liberté de religion étant un droit de base de la charte). Mais la réponse à ce droit légitime de pratiquer ou pas la religion de son choix est dans la question. Oui à la liberté de religion (ou pas), mais pour tous ! Et si tous les gouvernements de la planète ont cru bon légiférer sur l’âge de consentement sexuel des enfants, c’est qu’il y a consensus sur le fait qu’avant un certain âge les enfants n’ont pas la capacité de discernement nécessaire pour protéger leur intégrité physique sexuelle devant un adulte et qu’ils subiraient nécessairement l’influence de cette personne.

                  Et qu’en est-il alors de l’intégrité spirituelle de nos enfants ? N’est-il pas lui aussi un élément fondamental de leur personne ? Et sont-ils plus en mesure de faire un choix conscient et réfléchi en matière de religion qu’en matière de sexualité ? Tout le monde connaît l’adage qui dit que le cerveau d’un enfant est comme une éponge. Un enfant, serait donc l’équivalent d’un ordinateur dans lequel les parents peuvent selon leur gré introduire des programmes religieux qu’ils jugent nécessaires au développement spirituel de leur enfant avant même que celui-ci n’ait acquis le programme « Discernement et esprit critique ».

                  Il n’en serait autrement que si l’enfant est d’abord introduit au concept de libre pensée, esprit critique et discernement, indispensable à son évolution sur les plans intellectuels ainsi que spirituels. Sans cette capacité à discerner, (par son propre raisonnement et non en utilisant des préceptes dogmatiques religieux), le bien et le mal et toutes les nuances entre les deux, l’être humain reste trop souvent emprisonné dans un modèle de pensée unique qui restreint son champ de vision et augmente son intolérance envers autrui.

                  Alors, j’ose poser la question que personne ne pose sans doute parce que la religion, c’est sacrée et que l’autorité des parents sur leurs enfants, ça aussi, c’est sacré, mais moi je la pose quand même : quand les enfants seront-ils protégés par la loi contre l’endoctrinement religieux ou toute autre forme d’endoctrinement ? Pourquoi est-ce qu’on trouve ça acceptable (pour ne pas dire parfaitement normal) que l’on amène des enfants dans des « bible study » toutes les semaines pour leur laver le cerveau avec tous ces dogmes et interprétations religieux ou encore que l’on accepte que des enfants fréquentent des écoles coraniques pour apprendre par cœur de saintes écritures qu’il est interdit de critiquer sans être condamné par la communauté pour blasphème ? Comment est-il encore possible qu’au vingt-et-unième siècle des sociétés dites évoluées, laissent des parents imposer leurs convictions religieuses à leurs enfants, avant que ceux-ci n’aient acquis suffisamment de discernement pour choisir, en leur imposant les sacrements du baptême, de la communion, etc. ? Je vous le demande, où est-elle leur LIBERTÉ de religion à eux les enfants ?

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