Ces problèmes que la loi de santé ne résout pas
La loi de santé adoptée fin 2015 a pour but d’engager la (nécessaire !) modernisation de notre système de santé autour de 3 axes : prévention, proximité et soutien aux patients. Au-delà de son intention affichée de faciliter l’accès aux soins et aux professionnels de santé, elle ne résout pas tous les problèmes d’un système dont les dysfonctionnements sont réels.
Des principes plutôt consensuels… pour des mesures polémiques, et pas toujours suffisantes
La loi santé entend répondre à des objectifs dont personne ne conteste la légitimité : remettre la prévention au cœur du système, le recentrer sur les soins de proximité, et renforcer les droits et la sécurité des patients. Des principes qui sur le fond ne font pas débat. Sur la forme en revanche, c’est une autre histoire… Car les réponses apportées par la loi sont plus ou moins suffisantes. Et plus ou moins pertinentes.
L’accès aux soins : les inégalités géographiques en question
L’une des plus grandes faiblesses de notre système de santé est le problème des déserts médicaux, qui placent 2,5 millions de Français (1) dans une situation de difficulté d’accès aux soins, pour des questions géographiques. Début février, le New England Journal of Medecine a consacré un article au système de santé français : il souligne que les barrières à l’accès aux soins y restent importantes, et que la France fait face à un problème chronique de démographie médicale.
Or si la loi de santé consacre la médecine de proximité comme l’un de ses axes principaux, les réformes annoncées restent finalement plutôt timides. Elles sont toutefois appuyées par les mesures du deuxième Pacte Territoire santé, et la Grande Conférence de la Santé du 11 février dernier : progression vers une régionalisation du numerus clausus, qui permettrait de mieux doter les régions actuellement désertées, développement des maisons de santé, ou encore de la télémédecine… Mais le problème peut être ailleurs : « Les déserts médicaux sont souvent des déserts tout court. La population s’effrite, l’école et la poste sont parties, il n’y a parfois même pas de ligne de bus… Un jeune médecin qui a fait huit à dix ans d’études n’a pas envie de s’installer dans une zone comme ça », explique Claude Neveur (2), le président du conseil de l’ordre des médecins en région Centre. A l’inverse, une zone comme Paris, avec ses loyers élevés et ses problèmes d’insécurité n’attire pas plus les jeunes médecins : « La région parisienne est le premier désert médical de France », affirme Gérald Kierzek (3), urgentiste à Paris.
Force est de constater qu’il est difficile d’endiguer le phénomène, et qu’à l’heure actuelle, ces déserts médicaux restent très préoccupants, qu’il s’agisse de trouver des généralistes… mais aussi des spécialistes. Les délais d’attente pour un rendez-vous chez l’ophtalmologiste par exemple, varient de 60 à 111 jours en moyenne, et peuvent dépasser un an dans certaines régions. Sans attendre la loi santé, les professionnels de l’optique ont d’ailleurs décidé de s’unir pour trouver des solutions, et faire des propositions. Ophtalmologistes, orthoptistes, opticiens (Krys Group, Optic 2000…) et industriels (Essilor, Morel Lunetterie…) travaillent ainsi ensemble au sein d’une Association « Filière optique d’excellence », lancé en 2014, dont l’objectif est notamment de faire des propositions pour assurer un accès homogène à des soins visuels de qualité. Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000 et de l’association Filière optique d’excellence, insiste : « il faut vraiment qu’on arrive à donner aujourd’hui le même accès aux soins à tous, sur l’ensemble du territoire ». Pour cela, l’Association mise notamment sur une collaboration accrue entre les différents acteurs de la filière : les ophtalmologistes pourraient par exemple désengorger leurs cabinets en délégant certains actes précis et délimités aux opticiens formés en conséquence. L’avantage : ces professionnels de santé sont très accessibles, car présents sur tout le territoire. Il y aurait en France près de 13 000 magasins d’optique. Optic 2000, le plus important réseau d’opticiens, compte à lui seul 1210 points de vente, permettant aux ¾ des français de se trouver à moins de 15 minutes d’un magasin.
L’accès aux soins et l’épineuse question financière…
Autre source de difficultés et d’inégalités dans l’accès aux soins : leur coût. Pour cela, la loi santé a principalement misé sur la généralisation du tiers payant. Une mesure que les médecins ont rejetée en masse, la jugeant inefficace… et même nuisible à la qualité des soins.
D’autant que dans le même temps, de nombreux produits de santé (médicaments, équipements) subissent des déremboursements massifs. L’exemple de l’optique est encore une fois édifiant : depuis le 1er avril dernier, les tarifs de remboursement des lunettes sont encadrés. Et les mutuelles se limitent à un remboursement une fois tous les deux ans. Des décisions finalement marquées par des préoccupations marchandes, qui auraient sans doute mérité une réflexion plus poussée sur leurs conséquences sur la santé visuelle des français.
Replacer le patient et la santé publique au cœur du parcours de soins
Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000 (4), le déplorait lors de la création du Comité filière Optique d’excellence : « On ne parle pas assez de la santé visuelle, du patient ». La loi santé, dans sa volonté de replacer le patient et ses intérêts au cœur du parcours de soins, montre que la prise de conscience des faiblesses de notre système de santé est maintenant là. Des pistes intéressantes ont été lancées. D’autres mesures sont encore trop timides… ou trop inadaptées. Et les problèmes d’accès aux soins sont encore loin d’être résolus. Ils devront faire l’objet d’une attention particulière des filières privées, comme des pouvoirs publics, si l’on veut que notre système de santé reste juste… et homogène.
(1) Selon les derniers Atlas régionaux de la démographie médicale publiés par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM)
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