Médicaments : ces dossiers qu’on enterre...
Coup de tonnerre dans le diabète ! Le 11 septembre 2013 la firme française Sanofi retire subitement sa demande d'autorisation aux Etats-Unis de son dernier médicament antidiabétique le lixisenatide, un médicament pourtant autorisé en Europe sous le nom de LYXUMIA.

Le motif invoqué est que la soumission de ce produit implique de rendre public des données provisoires de l'étude ELIXA, chargée d'évaluer l'éventuelle toxicité cardiovasculaire de ce médicament. Or cela risquerait selon la firme de fausser les données définitives. Après avoir tenté de négocier sans succès auprès des autorités américaines, Sanofi a décidé de repousser la soumission de ce dossier en 2015.
Le communiqué de Sanofi reste évasif.
"La décision de retirer cette demande de dossier pour le lixisenatide est la conséquence de discussions avec la FDA à propos de ses procédures d'évaluation des données provisoires. Sanofi pense que rendre public ces données, même avec certaines mesures de protection, pourraît compromettre l'intégrité de l'étude ELIXA. La décision de Sanofi n'est pas liée à un problème d'effets secondaires ou à des défauts dans le dossier".
Dans un excellent article de la revue professionnelle Scrip Intelligence, intitulé "Inept, canny or cheap ? Sanofi's lixisenatide trip" (en français : "Inepte, astucieux ou économique ? L'aventure du lixisenatide de Sanofi"), Eleanor Malone évoque plusieurs raisons ayant conduit la firme à davantage de prudence aux Etats-Unis.
Elle explique que bien que Sanofi insiste sur le fait que ce retrait de dossier n'est pas lié à un problème avec le médicament, ces évènements sèment les germes d'un doute. Pourquoi retirer le dossier précipitamment si les chiffres sur la sécurité cardiaque du produit sont bons ? La journaliste balaye l'hypothèse que l'étude ne comporte pas assez de données pour être significative. Il s'agit là d'une étude sur 6000 patients, et il est impensable que ces patients à haut risque cardiovasculaire aient mal été sélectionnés pour évaluer la sécurité du produit. Il est également impensable que Sanofi ait délibérément choisi un nombre trop faible de patients. Il faut trouver autre chose.
4 pistes sont évoquées :
1. La piste officielle, celle de Sanofi
Les journalistes de Scrip ont interrogé le PDG de Zealand Pharma, l'entreprise qui a vendu initialement le lixisenatide à Sanofi. "Ils ont tenté pendant la négociation auprès de la FDA de présenter les données à huis clos. La FDA a refusé d'où la rupture des négociations". Selon Sanofi, les données présentées portaient sur 20% des patients de l'étude, soit 1200 patients. Si les données de l'étude sont rendues publiques, qu'elles soient positives, neutres ou négatives, elles influenceront le bon déroulement de l'étude.
2. Inepte ?
Tout d'abord pourquoi aussi peu de données sont disponibles ? Sanofi ne pouvait-il pas prévoir plus tôt qu'ils n'auraient pas les données nécessaires pour enregistrer le médicament ? Selon Sébastien Heinzmann (Datamonitor), cette piste est peu crédible car ce type d'étude permet très tôt de se faire une idée sur la sécurité cardiaque du produit, même à partir de données provisoires. "Soit ils sont ineptes, soit ils ont quelque chose à cacher".
3. Astucieux ?
Sanofi est peu crédible quand il explique que des résultats provisoires neutres ou positifs pourraient perturber le bon déroulement de l'étude contrairement à des résultats négatifs !
Selon la firme, seul un petit groupe d'employés de Sanofi avaient possession des résultats en avant-première. Des mesures ont été mises en place pour assurer la confidentialité de ces données et les personnes (de Sanofi) qui ont pris la décision de retirer la demande d'autorisation du LYXUMIA n'auraient jamais eu connaissance de ces données !
On peut toujours croire à un vrai cloisonnement des services chez Sanofi mais dans ce cas, pourquoi ont-ils publiquement déclaré que ce retrait de demande n'est pas lié à un problème de sécurité ou à des déficiences dans la demande ?
Le Dr Heinzmann a confirmé qu'il était d'usage de rendre public ce type de données provisoires lors de l'évaluation des demandes.
Bref, pas plus crédible...
4. Economique ?
Cette explication est la plus crédible. Lorsqu'on évalue la sécurité d'un produit, on peut tolérer jusqu'à 30% d'effets secondaires cardiaques sans remettre en cause statistiquement le produit. Entre +30% et +80%, les autorités de santé demandent une étude complémentaire, hors de prix. Au delà de 80% le produit présente officiellement un risque cardiaque.
Un scénario consisterait à penser que le risque cardiaque de ce médicament se situerait un peu au dessus de +30%. Dans un tel scénario, en repoussant de 2 ans le dépôt du dossier, Sanofi peut espérer repasser sous la barre des +30%, ce qui lui éviterait une étude hors de prix.
Quoi qu'il en est, ce refus de transparence de Sanofi devrait alerter les autorités françaises mais surtout européennes sur un risque potentiel autour du LYXUMIA et exiger de la firme davantage de transparence et d'explications.
Source :
Sanofi Provides Update on Lixisenatide New Drug Application in U.S., Sanofi.com, 12/09/2013
Inept, canny or cheap ? Sanofi's lixisenatide trip , Scrip Intelligence, 12/09/2013
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