Chiffres invérifiables, amalgames et contre-vérités sur les Roms : un scandale d’Etat ?
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Nous pouvons néanmoins étudier les quelques données statistiques qui sont publiques et vérifiables, et en tirer deux enseignements.
1) Tournons nous d’abord vers les statistiques de police, les plus connues. Elles ne distinguent que les nationaux des étrangers, sans donner le détail des nationalités concernées. Rien sur les Roumains donc. Par ailleurs, pour évaluer ici le poids de la délinquance des étrangers, il faut évidemment en retirer les "infractions à la police des étrangers" telles que le défaut de papiers en règle, qui dépendent beaucoup des contrôles au faciès et qui ne sont en quelque sorte qu’une délinquance administrative. Ceci fait, on peut alors calculer la part des étrangers parmi les personnes "mises en cause" (suspectées) pour l’ensemble des crimes et délits. Or cette part a baissé en 2009 (12,5 %) par rapport à 2008 (13,5 %). Si donc la délinquance des Roumains avait si fortement augmenté que le dit le ministre, elle aurait du baisser encore plus fortement chez d’autres étrangers. On aimerait savoir lesquels...
2) Etudions ensuite une statistique de justice, hélas peu connue. Le recensement des condamnations prononcées par les tribunaux français contient, lui, le détail des nationalités. Les deux dernières années publiées sont 2007 et 2008. Et entre ces deux dates, le nombre de personnes de nationalité roumaine condamnées a baissé d’environ 6 % (passant de 4 562 à 4 300 personnes). Ainsi, les deux seuls indices fournis par les statistiques publiques contredisent radicalement les tendances annoncées par le ministre.
Par ailleurs, au chapitre des contre-vérités, les ministres de l’Intérieur et de l’immigration répètent qu’ils ne font qu’appliquer la loi. Or, sur ce point également, ils viennent d’être démentis deux fois. D’abord par le tribunal administratif de Lille. Le 27 août, ce dernier a en effet annulé quatre arrêtés de reconduite à la frontière qui avaient été pris pour sanctionner une "occupation d’un terrain privé" constituant selon la préfecture un "trouble à l’ordre public". Ce que le tribunal a donc rejeté en application d’une jurisprudence antérieure de la cour d’Appel de Versailles. Ensuite, c’est le ministre roumain de l’intérieur qui a déclaré qu’aucun des Roms rapatriés de France vers la Roumanie à la fin du mois d’août n’était fiché par la police française ou roumaine. Voilà qui donne raison aux mises en garde exprimées par la vice-présidente de l’Union européenne, par la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe et par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU.
N’en jetons plus et posons cette question : à force d’intoxication, de mensonge et d’incitation à la xénophobie, tout démocrate ne devrait-il pas voir dans cette opération politique lancée contre les Roms au mois d’août 2010 un véritable petit scandale d’Etat ?
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