Educum humanum est
Un article sans le petit Nicolas dedans, mais avec, en ombres souriantes derrière des pupitres colorés, les figures des Alceste, Rufus, Maixent, Agnan ou Joachim d’aujourd’hui.
En cette fin d’année plombée par une hausse générale des prix qui gâche nos instincts consuméristes, on ne peut guère que s’indigner du traitement de l’éducation par le nouveau gouvernement. Les médias focalisant l’attention des citoyens sur leur inextinguible soif d’avoir, nous semblons oublier deux verbes aussi essentiels à la bonne marche d’une société et au bien-être de ses quidams : être et savoir.
Etre, verbe porté à son sommet par un anglais théâtral : to be or not to be.
On pourrait s’amuser à rajouter : to know or not to know, voir même tenter une combinaison dont on ignorerait la proportion bon sens/idiotie : to konw to be or not. Etre, savoir, savoir être.
Une simple question de savoir-vivre, en somme.
Bien qu’ayant raté le concours de professeur des écoles (il paraît que c’est comme le permis de conduire, la première fois c’est pour rire - ah ah), je garde foi dans l’éducation, et pense que c’est la pierre angulaire d’une société, en amont des systèmes économiques et politiques.
Mais peu (de gens) soulignent que l’éducation est d’abord une relation de respect ET de curiosité entre un élève et un professeur. Respect envers l’humain, envers le savoir, ce qui n’empêche nullement les remises en question de l’un comme de l’autre, au grand dam des professeurs en fin de carrière qui hantent les couloirs douillets de superbes bâtiments.
Le respect, ce n’est pas la terreur du maître. C’est une ambiance saine dans laquelle l’enseignant, comme l’élève, grandissent, avec toutes les joies et difficultés d’une croissance mutuelle. C’est le savoir être, la découverte du fonctionnement de l’esprit, l’apprentissage de la reflexion, de l’échange, de ses possibilités comme de ses limites.
Le respect, terme galvaudé, perd de sa substance dans un monde mobile, fuyant.
On ne le pratique pas dans les IUFM, parce que ça coûte trop cher. Avec en ligne de mire, en point d’horizon la sécurité ad vitam aeternam d’un poste de fonctionnaire bien rémunéré, on se permet toutes les audaces, toutes les bassesses, toutes les bêtises. Il s’agit parfois, pour faire une analogie bestiale, d’enseigner les rudiments de la natation à des oisillons jaunes ou sombres. Et de contredire la belle maxime : "tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine". Aux rares inconscients qui mesurent mal les enjeux (un travail sûr dans une société en lambeaux, tu te rends pas compte, avec ma licence de lettres je peux faire quoi d’autre ?), on reste derrière les lignes et on pilonne.
"Ce n’est pas dans le programme"
"Ce n’est pas notre problème"
"Ce n’est pas mon rôle"
"Ce n’est pas dans le concours"
Quelle drôle d’idée de croire que le mode de formation n’influence pas la qualité de l’enseignement. C’est un peu la maxime professée par ces établissements : formons les professeurs pas cher, laissons-leur les miracles à faire. Tous les acteurs du lieu sont conscients de la bêtise, mais tous ont, un jour, ressenti l’angoisse suivie de la joie de passer d’un côté à l’autre de la barrière. Ensuite, la lourdeur de l’administration offre aux moins égoïstes l’alibi d’une porte blindé : "j’ai frappé, personne n’a ouvert, je suis parti".
Il y a de très bonnes choses dans le système éducatif français ; son programme est riche, son étendue vaste, ses moyens conséquents ; mais quel gâchis d’appesantir le tout sous une rigueur de pacotille qui frise le gisant maquillé. La souplesse est une des clés (avec une maîtrise du savoir et un traitement juste de l’élève) de la relation éducative. Tous ceux qui ont un jour eu la charge de transmettre des connaissances en ont pris conscience, en ont approché la vérité.
Alors, pourquoi ne pas assouplir les choses, ne plus titulariser vulgairement, créer des espaces de liberté dans les matières, des ponts entre les carrières, de l’oxygène dans les têtes bien pleines ?
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