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Familles monoparentales : Une démarche singulière pour des parents singuliers

Peut-on accepter que la situation des familles monoparentales, dont le nombre augmente, se dégrade sans que des soutiens adaptés ne leur soient apportés ? La dernière publication de l’INSEE sur ces parents solo sonne comme une alerte de plus. Comment agir ?

L’étude que vient de publier l’INSEE [i] confirme l’augmentation du nombre et des difficultés concrètes des familles monoparentales féminines, sur les plans financiers, de logement et d’emploi. Au total, 18% des enfants de moins de 25 ans vivent en 2005 dans une famille monoparentale, contre 8% en 1968. Et dans 85% des cas, c’est une mère qui s’occupe d’eux. Selon l’INSEE, et sont moins souvent propriétaires de leur logement que les couples avec enfants, selon cette étude de l’Insee. En 2005, 1,76 million de familles sont composées d’un seul adulte avec un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans dans un même logement, soit 2,5 fois plus qu’en 1968, Alors, plus nombreuses et plus pauvres Alors que leur nombre a plus que doublé depuis les années 60, rappelons que ce terme de « familles monoparentales », n’a été introduit dans la nomenclature de l’INSEE qu’en 1981.

Une dignité reprise

Venant de l’anglais « one parent family » ce terme a remplacé les expressions de "familles à risques" ou de "familles déviante", termes qui avait lui-même chassé du vocabulaire l’expression péjorative "filles-mères", que l’on ne confondait pas avec les veuves, et dont les enfants étaient qualifiés de « batards » , Les familles monoparentales ont conquis leur dignité. D’abord parce que, 1 million il y a vingt ans, elles seront bientôt deux millions, ensuite parce que l’image dynamique et active de la femme s’est imposée. A l’origine de cette évolution, des ruptures d’union beaucoup plus fréquentes alors qu’en 1962, 55% des parents à la tête d’une famille monoparentale étaient veufs (10% en 2005). Mais le fait que ces foyers monoparentaux soient présentés, et révélés, aujourd’hui comme fragiles constitue donc un recul. De plus, N’oublions pas non plus le non paiement des pensions alimentaires, les conflits nés de la difficulté de la garde « partagée » des enfants, ni le taux de dépression des femmes seules. Ces données confirment que, au cours des quarante dernières années, les femmes ont conquis l’égalité légale, mais n’ont toujours pas l’égalité réelle. Sans effacer pas le nouveau rôle des pères, plus impliqués dans l’éducation des enfants, ni la prédominance des sentiments dans le couple, il faut reconnaitre les faits. Ce sont elles qui ont des revenus inférieurs, un taux de chômage supérieur, assument l’essentiel des tâches ménagères, sont les premières victimes des violences, et sont les plus seules après une séparation.

Une vie quotidienne souvent difficile

Selon l’INSEE, Alors qu’une mère seule sur deux a un poste à temps complet, contre trois-quarts des pères seuls, les principales contraintes pesant sur ces familles concernent les difficultés de garde d’enfants et l’impossibilité de compter sur le revenu du conjoint pour subvenir aux besoins de la famille. Côté logement, les familles monoparentales subissent également des conditions plus difficiles et plus fragiles. Ainsi, 20% des mères célibataires habitent un logement où il manque une ou deux pièces et seulement 36% des mères de famille monoparentale vivent dans une maison, contre 68% des couples avec enfants. Seules 28% sont propriétaires de leur logement, contre 63% des couples avec

enfants. Selon l’Insee, ces familles sont souvent dans une situation moins favorable sur le marché du travail et leurs revenus d’activité souvent plus faibles que ceux des couples avec enfants. Les mères de famille monoparentale occupent moins souvent un emploi que les mères de famille en couple (68% contre 72%). Même constat du côté des hommes, avec 20% de pères seuls sans emploi contre 12% chez les pères en couple. Pour les femmes, serait-ce un dur tribu des libertés conquises ? Leurs trajectoires d’après divorce deviennent des parcours de la combattante dès qu’elles doivent élever un enfant, travailler et assurer l’ensemble des tâches ménagères. En jonglant avec les horaires, elles se retrouvent en permanence sur le fil, et, faute de revenus suffisant pour employer une aide, elles doivent compter sur l’aide de leur mère pour s’en sortir.

Des inégalités démultipliées

La famille monoparentale démultiplie les inégalités. Pour celles qui ont des revenus suffisant, elle peut être un choix de vie. Mais pour celles ou la mère est plus âgée, moins diplômée, elle devient un facteur de dépendance et de précarité. L’Etat providence oublierait-il des centaines de milliers de mères et d’enfants ? Quel est le lien entre la pauvreté des enfants, l’échec scolaire, et les caractéristiques de la famille ? Alors que l’on évoque l’importance de réinventer le couple, peut-être faudrait –il redéfinir la notion de "chef de famille" et lui donner un statut comportant des devoirs, mais aussi des droits. Comment orienter la solidarité nationale vers les besoins non satisfaits, les injustices les plus criantes ? L’étude de l’INSEE démontre que l’allocation de parent isolé, les allocations familiales indifférenciées et les différentes aides sociales ne peuvent suffire quand les handicaps s’accumulent pour des parents solo. Près du tiers des parents isolés sont bénéficiaires de minima sociaux, principalement l’API (allocation parent isolé) pour 174.000, le RMI pour 250.000 d’entre eux. Et ce dernier chiffre était par exemple en hausse de 56,4%, entre 1994 et 2004. Quand le nombre total de ménages au RMI progressait dans le même temps de 32,9%.

Quels soutiens ?

Si l’on considère que la filiation est bien le pilier de l’institution familiale, Il faudrait qu’une nouvelle étude précise sur les conditions de vie des familles monoparentales identifie les besoins les plus urgents et ouvre la boite aux idées. Au niveau de l’Etat des collectivités locales et des régimes paritaires, une réflexion sur le financement de mesures doi s’engager et être poursuivie au niveau européen. S’il est difficile pour l’Etat d’avancer une pension alimentaire non payée, et de poursuive ensuite le débiteur, pourquoi ne pas redéfinir les règles d’attribution des allocations familiales ? Une société moderne ne peut tolérer que des foyers soient ainsi exposés à l’échec, et leurs enfants avec. Nous avons besoin d’une démarche singulière pour des parents singuliers.

Eric Donfu

6 juin 2008



INSEE PREMIERE n° 1195 – JUIN 2008

http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1195/ip1195.html


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3 réactions à cet article    


  • E-fred E-fred 7 juin 2008 19:35

    à éric Donfu

    merci de parler de ce sujet.

    Beaucoup de famille monoparentale = beaucoup d’enfant qui doivent aussi "supporter" cette situation. Au delà du fait d’assumer seul la charge de présence et vu que je fais partie des 15% d’homme qui " doivent élever des enfants, travailler et assurer l’ensemble des tâches ménagères." Mais ce n’est pas un parcours du combattant...c’est comma ça. C’est mon choix.

    Pour le coup de "Il faudrait qu’une nouvelle étude précise sur les conditions de vie des familles monoparentales identifie les besoins les plus urgents et ouvre la boite aux idées." Pas la peine de chercher midi à quatorze heure ! Un travail avec des horaires callé sur ceux des enfants (éviter les questions de garde etc...) et un salaire qui puisse permettre d’un peu mieux "survivre" au jour le jour. Mais bon, je suis blindé aussi, changer de boulot pour s’occuper des enfants, faire avec un mi-temps parcequ’il n’y a pas de quantine à midi au primaire plutôt que de ramer à bosser plus pour gagner pas plus et payer un max pour les faire garder à perpète les zouailles, au prix de l’essence !!!

    Trouver un autre boulot quand les enfants grandissent, rester dynamique et positif, aller essayer de se vendre chez un employeur qui ne voit qu’une source de problêmes futurs...pas le temps de la jouer "j’ai les droits du père qui a la garde". Pas de place pour les larmes, il faut manger pour aller bosser et faire manger mes enfants .

    Chaque démarche est particulière, chaque cas est particulier. Beaucoup se cachent derrière le faits d’être parent isolé pour attendre de la société qu’elle prenne tout en charge !!! Je ne veut pas être une charge !!!! J’ai des capacités et des devoirs, envers mes gamins et la société, c’est comme celà que je veux être vu !

    Merci pour votre article !


    • orange orange 11 juin 2008 10:23

      Bravo pour l’article.

      Ma fille qui est à été mère célibataire vit maitenant en ménage et son compagnon fera la reconnaissance de ses enfants au mariage qui aura lieu l’année prochaine. En attendant, ma fille sans enploi, n’a pas plus droit au RMI , puisque son compagnon gagne 900 euro. Aller vivre à 4 avec cette somme, en sachant que l’APL ?, lui a été en diminution.

      Vivre en couple singulier n’est pas toujours facile, car l’on n’y perd quelque chose.

       


      • sylvie 30 septembre 2008 22:42

        ... merci de soulever les problèmes des familles monoparentales elle sont trop souvent négligées.
        Mère célibataire -non par choix - j’ai élevé seule mon enfant qui a aujourdh’ui 22 ans. J’ai toujours travaillé à temps complet et j’ai du concilier et tout porter seule. Heureusement mon fils et moi nous entendons très très bien et notre vie est un véritable bonheur encore aujourd’hui.
        Ce qui m’a manqué le plus, c’est une reconnaissance au sein de mon travail, un compréhension et surtout du respect pour ma situation de parent isolé. 
        Il m’a manqué du temps, de l’argent aussi pour que ce bonheur soit complet mais je peux vous assurer que ce fut facile pour moi d’élever mon fils malgré tous ces obstacles.
        Lorsque j’entends autour de moi les couples qui se "plaignent" de leurs difficultés à donner une bonne éducation à leurs enfants, je souris ...
        Il me faut leur rappeler souvent ma situation car ils semblent l’oublier puisque tout se passe bien pour nous. On me dit que j’ai de la chance ! Je souris encore !
        L’annonce de mon licenciement à 53 ans fut une catastrophe et une injustice. J’ai perdu courage par moments mais mon fils et moi avons resséré les liens et aujourd’hui il m’aide financièrement ca il travaille, ce qu’il n’aurait pas eu à faire si j’avais un compagnon et deux salaires.
        Ce qui me fait peur aussi lorsque j’y pense, c’est la grande solitude à laquelle sera confrontée mon fils lorsque je mourrai ...
        Mais pour l’instant je suis là, toujours à ses côtés - et réciproquement- et je peux vous assurer que nous sommes heureux même si nous sommes isolés du fait de notre condition. Nous sommes fiers l’un et l’autre d’avoir réussi notre petite famille.
        Je remercie aussi mes parents d’avoir compris notre situation et de ne m’avoir jamais blâmée de ne pas avoir construit un couple. Ils ont compris qu’entre mon fils et mon travail il me restait très peu de temps pour moi. 



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