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La fracture politique entre la jeunesse et le pays

Plusieurs articles ces derniers jours ont souligné l’abstentionnisme massif dans les banlieues. Des analystes ont à juste titre analysé que cette exclusion politique est plus inquiétante que les violences de 2005 parce qu’elle traduit une marginalisation sociale toujours plus forte.

Ce que ces analystes ont en revanche manqué, c’est que cette exclusion politique et sociale de la jeunesse de France n’est pas spécifique aux banlieues. Elle est plus visible dans les banlieues parce que la part de la jeunesse dans la population y est plus élevée. Mais on observe cette même exclusion politique et sociale de la jeunesse à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) - commune parmi les plus aisées de France.

Le graphe ci-contre montre le nombre de votants par classe d’âge aux régionales de 2010 dans la commune de Saint-Julien. En blanc les abstentionnistes, en noir les personnes qui ont voté aux deux tours et en gris ceux qui n’ont voté qu’a un seul tour. Ce graphe montre l’abstentionnisme de masse des jeunes mais aussi leur tourisme politique : ils sont plus nombreux à avoir voté à un seul tour qu’à avoir voté aux deux tours consciencieusement.
 
Chacun doit assumer sa part de responsabilité dans ce divorce entre la politique et la jeunesse : la politique s’éloigne de la jeunesse aussi parce que la jeunesse s’éloigne de la politique - et réciproquement. Aux municipales, il était désespérant de constater que les jeunes mamans de Saint Julien ont aussi peu voté que dans toutes les autres communes bien qu’on ait fait de leur préoccupation de l’accueil de la petite enfance un thème clef de notre projet municipal.

Chez les Saint Juliénois de 20 à 25 ans, seulement 11% ont voté aux deux tours. 15% ont manqué l’un des deux tours et 74% ont manqué les deux tours !!! Aucune élection ne traite aussi spécifiquement des sujets importants pour les jeunes : emploi, trains régionaux et formation sont les compétences principales de la région. A l’opposé on peut se demander pourquoi le taux de participation est si élevé chez les électeurs âgés de plus de 70 ans dont la plupart ne sont plus très concernés ni par les trains, ni par les lycées, ni par les formations professionnelles, ni par la politique de l’emploi. 

Nos démocraties perdent leur jeunesse. Les jeunes encore plus que les autres, ne croient pas à la politique, à la démocratie.. et presque en l’avenir du pays. Dans nos démocraties vieillissantes la jeunesse est minoritaire. Les jeunes constatent que les règles démocratiques ne permettent pas de prendre en compte leurs préoccupations minoritaires : crise du logement, chômage de masse des jeunes, insuffisance de l’accueil de la petite enfance, défense des avantages acquis au détriment des jeunes qui n’ont aucun avantage, crise environnementale, crise morale, dettes publiques... passent après la question récurrente et pour eux dérisoire de l’insécurité, de la burqa ou de l’identité nationale. Notre société a du mal à faire une place à sa jeunesse... ou seulement aux « fils de » Higelin, Chedid, Drucker, Sarkozy, Gainsbourg... Scrutin après scrutin la majorité la plus âgée lui impose des choix de société qui ne sont pas les siens.

A ce sujet, les dernières présidentielles sont caricaturales : Ce sont les plus de 50 ans et particulièrement les retraités qui ont accordé une majorité au Président de la République et son thème du « travailler plus pour gagner plus ». Une règle de vie imposée en particulier par les retraités inactifs à des actifs qui au contraire recherchent un équilibre de vie entre vie professionnelle et vie privée.

Nous autres, plus très jeunes qui avons la politique pour passion sommes des ovnis déjà plus très représentatifs de notre génération. Nous sommes déjà dans la moitié la plus âgée de la population mais nous sommes considérés comme des jouvenceaux impubères et peu crédibles dans les milieux politiques. Avec les familles qui se délitent, nous sommes pourtant l’un de ces dernier fils qui relient encore le pays à sa jeunesse.

Les jeunes ont du mal à se reconnaître dans des références idéologiques périmées et n’ont plus de cadre de pensée pour comprendre le monde et le changer. Ils doutent à juste titre de la capacité du politique à changer les choses. Ils constatent que les politiques sont trop soumises à l’économie et à la finance : la crise du logement qui perdure dans le Genevois et l’incapacité à réguler la finance sont de nouvelles preuves de l’impuissance du politique.

Lors des élections municipales l’âge médian des votants était de 50 ans. Deux ans plus tard l’âge médian des votants aux régionales est de 54 ans. L’âge median des votants augmente plus vite que le temps qui passe !!!

La jeunesse de France se mobilise sur des élections à enjeux lisibles et claires - ce que n’ont pas été les dernières régionales. On peut espérer que les prochaines présidentielles le soient. Les jeunes ne votent pas sur des cadres idéologiques périmés mais sur des thèmes forts et clairs. Les jeunes enfin auront besoin de preuves que la politique peut imposer la volonté populaire sur les contraintes économiques et financières. C’est sur des réponses concrètes à leurs préoccupations et des résultats visibles que l’on pourra remobiliser la jeunesse à participer à la construction de l’avenir du pays.

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11 réactions à cet article    


  • Ali 30 mars 2010 17:14

    @ l’auteur

    jetez donc un oeil sur www.indigenes-republique.fr

    si le PIR perce les gens de la troisième zone se motiveront !!


    • sleeping-zombie 30 mars 2010 21:01

      Chez les Saint Juliénois de 20 à 25 ans, seulement 11% ont voté aux deux tours. 15% ont manqué l’un des deux tours et 74% ont manqué les deux tours !!! Aucune élection ne traite aussi spécifiquement des sujets importants pour les jeunes : emploi, trains régionaux et formation sont les compétences principales de la région. A l’opposé on peut se demander pourquoi le taux de participation est si élevé chez les électeurs âgés de plus de 70 ans dont la plupart ne sont plus très concernés ni par les trains, ni par les lycées, ni par les formations professionnelles, ni par la politique de l’emploi.

      J’ose ?
      Allez, j’ose : quand on a 25 ans, on sait que dans 5 ans, y a de fortes chances pour qu’on vive plus dans la même région. Pas quand on en a 70...
      et c’est encore plus vrai pour la commune, accentué par le phénomène « je dors à X, je travaille à Y, j’ai le droit de vote pour l’équipe municipale de X, mais je suis beaucoup plus concerné par le travail de celle de Y ». Remplacer Y par n’importe quelle grande ville, et vous aurez une phrase vraie pour au moins un bon tiers de la population...


      • Antoine Vielliard (Saint-Julien-en-Genevois) Antoine Vielliard 31 mars 2010 08:58

        @Sleeping Zombie :

        Il est clair que la stabilisation géographique, mais aussi familiale et professionnelle favorise la participation politique. Le taux de participation augmente avec l’âge effectivement au fur et à mesure que les habitants se marient, deviennent parents, puis propriétaires et projettent leur avenir dans leur commune.

        Pour autant une analyse détaillée selon le lieu de naissance montre que le taux de participation ne varie pas particulièrement selon que les habitants soient né à l’étranger, dans un autre département ou dans la commune.

        Cordialement,

        Antoine Vielliard


      • ddacoudre ddacoudre 30 mars 2010 21:54

        bonjour antoine

        intéressante analyse. un de nos problèmes et le vieillissement, le choix des thématique sécuritères en est un indice j’ai eu l’occasion d’écrire dans un article que depuis 1985 la délinquance et la criminalité se maintient à un niveau correspondant à celui du maintien des problèmes économique,
        mais il est bien évident que sont exploitation politique était ciblé. elle vient de montrer ses limites mais reste le seul secteur ou le gouvernement dispose encore d’un espace d’illusion. nous retrouvons le poids du vieillissement aussi dans le poids des placements financiers.
        d’une manière générale le vieillissement est un ralentissement de l’activité « créatrice ».
        il faut seulement le constater nous sommes comme une rivière impétueuse dans sa jeunesse ,tumultueuse puis elle se calme et se meurt tout doucement.
        mais l’on ne peut pas tout reprocher aux vieux qui souvent sont encore ceux qui s’investissent et soutiennent des structure démocratiques.

        mais globalement l’on ne peut dissocier le désintérêt pour la vie démocratique du mode de vie consumériste. c’est un sujet bien épineux pour lequel je n’ai aucune idée des moyen de le soluionner sauf pour les nouveaux par l’éducation civique.

        cordialement.


        • Vox Populi 30 mars 2010 22:45

          Des fois ma génération m’exaspère...
          Ne croyez pas que les jeunes soient si révoltés...
          Ils sont malheureusement trop souvent blasés / lobotomisés par le principe de jouissance immédiate / révoltés que les jours pairs / résignés / tombant dans des idéologies sans avoir ne serait-ce qu’un peu d’outils intellectuels pour pouvoir comprendre ce qu’ils défendent...

          Enfin... J’espère me tromper...


          • fred 30 mars 2010 23:48

            La vie c’est se rendre utile aux autres pour avoir les moyens de créer une famille. Retournez ça comme vous voulez.


            Quand on est jeune, on n’a pas accès à la propriété -> pas de projet immobilier.
            Quand on est jeune, on n’a pas droit à le procréation : pilule, capote et avortements DE MASSE dans un contexte où le sexe est quasi déifié, je vous raconte pas la frustration.
            Quand on est jeune, on n’a droit aux boîtes de nuit, aux pétards, aux films pornos et à l’extasy.
            Quand on est jeune, on passe pour un con si on a des convictions religieuses.
            Quand on est jeune, on n’a pas le droit de rêver car les politichiens vont jusqu’à inventer des problèmes pour justifier leur présence en créant un climat de morosité permanente sur le présente t l’avenir.

            Alors, quand on est jeune, on se fout de la société.

            Et c’est pas la politique actuelle qui va changer quoi que ce soit.

            Toutes les conditions sont en place pour une crise majeure. Mais ce sera une crise de la démocratie.

            La faute à la génération d’après-guerre. Point.

            • sleeping-zombie 31 mars 2010 08:51

              @fred
              Alors, quand on est jeune, on se fout de la société.

              Amusant que tu dises ça, parce que les visions sociales les plus avancées m’ont toujours été formulées par des gens jeunes (dans leur ensemble) tandis que les propos du style « l’être humain est naturellement égoïste / la société ne peut être qu’injuste, faut juste choisir le moins pire », c’est plutôt des propos de vieux...


            • Le chien qui danse 31 mars 2010 13:09

              « La vie c’est se rendre utile aux autres pour avoir les moyens de créer une famille. Retournez ça comme vous voulez ».

              Voilà une position qui fait que beaucoup de jeunes ne se sentent pas concernés par la politique. Ca c’est votre point de vue « personnel » . Je pense qu’il y à mille autres façons « d’être » en société et mille autres objectifs à atteindre et que ce que peuvent attendre beaucoup de jeunes est que la chose publique fournisse à chacun d’eux des moyens pour se développer et à leur tour servir la chose publique et non pas seulement « faire » son trou en étant « utile », bien que cela ne soit pas en soi à bannir mais ne soit pas non plus la règle pour tous.

              Le vingtième siècle aura été le siècle de l’apothéose, destructrice, des idéologies qui ont tentées de se substituer à la chute fracassante de la royauté perclue de divinisation. Le vingtéunième devrait voir les soubresauts, espérons le, d’une nouvelle vision d’avenir qui ne peut plus être contenue dans l’enveloppe nationale, beaucoup de jeunes sont nés dans la mondialisation et avec à la conscience un monde entier fini et limité, oh biensur bon nombre de jeunes ont été entrainés dans un nombrilisme « I-podien » mais bon nombre aussi sont lucide sur le monde et ce de plus en plus jeune et de plus en plus profondément.
              Excusez moi mais la famille à un coté infantilisant pour la jeunesse et vu les circonstances qui nous attendent ce sont de jeunes gens fort, lucide, courageux et au moins humaniste qu’il va falloir dans l’avenir.


            • LE CHAT LE CHAT 31 mars 2010 14:16

              quand on n’a pas 25 ans , on n’a droit à rien ,même pas au RSA , on est un sous citoyen ,
              alors faut pas s’étonner que les jeunes ne se déplacent pas pour réélire les vieux cons qui ne font rien pour eux !


              • paul 31 mars 2010 15:40

                En baskets et baladeurs, hédonistes, « ils » voient devant eux un monde du travail fermé .Ils doivent
                se résigner au nomadisme professionnel , alors se fixer quelque part ,c’est bien difficile .
                Quand la réflexion politique existe , et j’ai tendance à penser que ce n’est pas une priorité , elle
                se manifeste par le rejet de la classe politique .

                Dans cette démocratie molle, où ce qui a été acquis n’est plus défendu , le sarkozisme s’enfonce
                comme dans du beurre .
                Terribles dégâts qui pourraient pousser un jour ces jeunes à réagir violemment comme on l’a vu
                en Grèce où ce sont d’abord eux qui ont réagi .


                • chmoll chmoll 31 mars 2010 16:58

                  ta les jeunes de la banlieue, des quartiers riches, (peut pas leur en vouloir)

                  ta les vieux que se disent, reus’ment que j’chui pas jeune actuellement

                  ta les jeunes qui essayent de s’en sortir ,mais qui n’y arriven,t,pas, pis ta les autres qui n’essaye pas, mais qui sont au méme point que ce qui essaye

                  pis ta les gus qui arrivent à analyser tout ça, alors l’barnum (l’elysée) n’y arrive pas ,ou plutot n’en ai pas capable

                  mais bon, tout un bazard koi

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