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La téci de la joie

Claude Dilain est le maire (PS) de Clichy-sous-Bois. A la suite du décès de deux jeunes dans sa commune, le 27 octobre 2005, ayant impliqué plusieurs nuits d’émeutes, terni l’image des banlieues en France mais aussi dans le monde, Claude Dilain a décidé de rédiger un livre, « Chronique d’une proche banlieue », sur sa ville, et sur la réalité quotidienne d’une commune de banlieue. Un témoignage passionnant, sans angélisme, sans pessimisme, sans concession.

On peut ne pas partager les convictions politiques de Claude Dilain, il n’empêche que son livre est un témoignage intéressant, bien plus instructif que les multiples publications diverses et variées sur les présidentiables. Mais qui va s’intéresser au livre de celui qui n’est "que" maire, fût-ce de Clichy-Sous-Bois ?

Pour diverses raisons. D’abord, l’homme est sincère et agréable à lire des les premières pages. Claude Dilain n’est pas un bobo né dans un milieu aisé, un arriviste abonné au banc de l’ENA avant parachutage dans une ville gagnable, un carriériste. Claude Dilain est le fils d’un modeste agent EDF, né à Saint-Denis, qui va se battre dans une France qui ne promouvait pas encore l’égalité des chances, pour faire de longues études et décrocher un diplôme de pédiatre, avant d’aller installer son cabinet... à Clichy-sous-Bois, où il réside depuis vingt-huit ans. Pourquoi Clichy-sous-Bois ? Pour plusieurs raisons : parce que c’est la Seine-Saint-Denis, parce qu’il ne voulait pas installer un cabinet dans une zone soumise à la concurrence féroce de confrères, et parce qu’il n’y avait pas de pédiatre dans cette commune. Commune dont il devint le maire en 1995 après plusieurs crises politiques rocambolesques (trois municipales en deux ans de 1989 à 1991 !), après avoir été témoin d’une forte percée de l’extrême-droite et des discours xénophobes allant jusqu’à contaminer une frange des élus communistes (dont l’historique maire André Déchamps). La première partie de l’ouvrage résume ainsi la carrière de l’auteur, un élu local sans autre ambition que celle de se mettre au service de sa commune, comme il en existe tant dans notre pays.

La deuxième partie de l’ouvrage est beaucoup plus intéressante. M. le maire fait part des nombreuses difficultés auxquelles il est confronté. Il explique comment un phénomène de discrimination et de communautarisme a pu progressivement transformer la ville en un agrégat de quartiers sensibles où quelques délinquants font la loi. Sans aucun angélisme, Claude Dilain décrit avec justesse le délicat problème d’une ville mal desservie en transports en commun depuis trente ans, qui voit ces classes les plus aisées déménager pour fuir établissements sensibles, immeubles mal entretenus, ou simplement pour se rapprocher du lieu d’un travail enfin décroché. Aucun angélisme, mais aucun pessimisme non plus. Claude Dilain reste persuadé que par l’éducation, une majorité des jeunes de la commune peuvent s’élever. Le problème est que malheureusement, Clichy-sous-Bois ne fait souvent parler d’elle qu’en mal. Ainsi il regrette amèrement l’absence de journalistes lors d’un projet où des jeunes plantaient des arbres, en compagnie d’Yves Duteil et du ministre de la ville Eric Raoult. La seule fois du livre peut-être où Claude Dilain sera d’accord avec son rival UMP (maire de la ville voisine du Raincy) : le fait que les journaux préfèrent parler des trains en retard que d’une vision plus optimiste de la banlieue. Claude Dilain évoque aussi sans tabou le communautarisme présent dans sa commune. S’il apprécie les odeurs exotiques de son marché, il condamne les dérives intégristes de certains foyers, regrette que les jeunes assimilent l’actualité internationale pour rejouer les conflits du Proche-Orient dans sa commune. S’il est persuadé que l’école est une chance pour que les jeunes de sa commune aient un meilleur avenir que leurs parents, il regrette que les parents n’aient pas suffisamment d’ambition pour leurs enfants. Il regrette aussi que les enseignements soient dispensés par un personnel jeune et n’ayant pas d’expérience de la banlieue. Claude Dilain n’est pas non plus un laxiste en matière de sécurité : il regrette l’absence d’un commissariat qu’il réclame, er déplore que les policiers soient souvent délégués des environs. Il regrette de ne pas devoir gérer une commune mais plutôt un ensemble de quartiers, avec chacun son identité propre, et le rejet de l’autre (avec affrontements réguliers entre bandes rivales).

Chronique d’une proche banlieue relate à la fois la passion qu’a un maire pour sa commune, les problèmes qu’il rencontre, et les difficultés qu’il rencontre pour les surmonter. On aurait pu espérer une amélioration après les émeutes de fin 2005. Malheureusement, pour l’instant, rien n’a encore vraiment bougé. Espérons que le livre de Claude Dilain, qui a le mérite de faire taire les préjugés trop angéliques ou trop négatifs sur la banlieue en parlant concrètement, trouvera sa place au milieu d’ouvrages se focalisant davantage sur l’affrontement entre Ségolène et Nicolas. Et pourtant, Claude Dilain est un politique, au même titre qu’eux. Un maire comme 36 000 autres. A Clichy-sous-Bois.


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9 réactions à cet article    


  • (---.---.37.70) 18 octobre 2006 13:56

    « i il regrette amèrement l’absence de journalistes lors d’un projet où des jeunes plantaient des arbres »

    Putain, oui ! Et moi, je ne pisse pas dans la cage d’ascenseur de mon immeuble, et aucun journaliste non plus..


    • c florian (---.---.162.39) 18 octobre 2006 14:57

      bon article. un jour il faudra se rendre compte que les maires connaissent mieux leurs villes que ceux qui ne lisent que les rapports de la police. à quand une vraie politique de la ville, ou plus exactement la recréation de « cités ».


      • jak (---.---.64.46) 18 octobre 2006 16:21

        en seine saint denis la gauche a la mémoire ultra courte, depuis l’après guerre jusqu’a la fin des années 90 on la nommait la banlieue rouge,le pc régnait en maitre ,quasiment ,dans la totalité du département. Rejetter le mal des banlieues sur le gouvernement, sans assumer ses responsabilitées sur l’état dans lequel ils ont laissés ses dernières, est une manipulation suupplémentaire de notre gauche nationale.La bonne question est pourquoi une grande partie des anciennes villes rouges enregistrent un vote fn supérieur a la moyenne nationale ?


        • ohnil ohnil 18 octobre 2006 16:31

          Attention à ne pas tout mélanger :

          Nombre de « cités sensibles » n’appartiennent pas aux communes sur lesquelles elles sont implantées.

          La plus connue est les 4000 de la Courneuve qui appartenait à la mairie de Paris.

          D’autres appartiennent encore à des organismes HLM Privés.

          A ce niveau, le maire d’une commune n’a que très peu de moyens d’intervention.


        • Ludovic Charpentier (---.---.71.227) 18 octobre 2006 17:22

          La belle analyse simpliste que voilà... D’abord, toutes les banlieues sensibles ne se trouvent pas que dans des villes de gauche. Il y a des quartiers sensibles à Nice, Toulouse... villes pas spécialement réputées à gauche. La commune de Montfermeil, situé au voisinage immédiat de Clichy Sous Bois, est de droite, mais affronte les mêmes problèmes. d’ailleurs, le député de la circonscription est Eric Raoult, UMP.

          Ensuite, si je ne me trompe, la politique des grands ensembles immobiliers et des barres d’immeubles est une politique d’aménagement urbain décidé dans les années 60 par le binôme De Gaulle-Pompidou. Et c’est un peu facile de dire ’pas de logements sociaux dans ma commune, s’il y a des pauvres, qu’on les regroupe entre eux chez les cocos’. Je ne dis pas que la gauche n’a pas non plus sa part de responsabilité (Clichy-Sous-Bois n’a pas été aidée entre autres par une grosse crise politique à la fin des années 80), mais il faudrait arrêter de tout résumer, surtout sur un sujet aussi sensible, à un clivage manichéen gauche/droite. Un piège qu’évite assez bien Claude Dilain.


        • aebc (---.---.138.87) 18 octobre 2006 19:36

          bravo pour l’article


          • Grrrrrrrrrr !!! (---.---.18.96) 19 octobre 2006 13:40

            Moi aussi, je voudrais être maire pour écrire un bouquin ! Votez pour moi en 2008 ! Merci d’avance ! Je vous ferais un best ! smiley


            • Ludovic Charpentier (---.---.101.205) 19 octobre 2006 14:07

              Je ne vois pas pourquoi un maire n’aurait pas le droit de s’exprimer sur la vie de sa commune vu que d’autres l’ont beaucoup fait à sa place smiley.

              Je vais paraphraser le Pr. Choron : Si vous ne pouvez pas acheter ce livre, volez-le !


            • (---.---.38.26) 27 octobre 2006 17:36

              cluade dilain se sert d’articles et n’hésite pas à plagier d’autres personnes ayant écrit sur ce sujet. quand il parle des arbres, il n’a jamais rien écrit la dessus mais plagié sans aucune honte le travail d’autrui. d’ailleurs comment peut il expliquer qu’il habite Clichy sous bois alors qu’en 95 il vivait à gagny et il y a moins d’un an au raincy. Ou est la sincérité de l’homme trop epris de son égo pour écrire la vérite. Dilain n’est qu’un menteur qui dilapide l’argent des clichois pour son propre interet et celle de ses proches. Comment porter caution à cet usurpateur qui après avoir soit disant écouter une personne le traite de « pauvre con » derrière, voilà qui est cet homme. Et croyez moi ce n’est rien a côté de sa maladie qui l’empêche d voir la réalité en face. je la plains sincèrement

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Brady


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