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Les sondages - Miroir déformant

L'utilisation de la technique des sondages pour définir "ce que pensent les Français" sur telle ou telle question n'est pas, pour la plupart des sociologues, scientifiquement sérieuse.

Les sondages sont tellement entrés dans les mœurs qu'il paraît naturel d'interroger n'importe qui sur n'importe quoi, sans se soucier de l'information dont chacun dispose sur les sujets en question ni de l'intérêt que chaque personne interrogée peut leur porter. Parler de sondages "d'opinion" est en fait une expression trompeuse dans la mesure où elle fait croire que toutes les réponses obtenues sont des "opinions". Il faudrait dire, pour être plus exact, que ce que les instituts de sondage recueillent ne sont pas des opinions mais des réactions spontanées très diverses d'une population elle même très hétérogène, aux questions que les sondeurs leur posent, dans un souci qui n'est pas toujours désintéressé, et qui ne correspondent pas forcément à ce que pensent réellement les gens.

Les questionnaires ne recueillent pas, à proprement parler, des opinions mais les sentiments d'approbation ou de désapprobation aux enquêtes sur des opinions qu'on leur propose. ("Etes-vous plutôt d'accord ou en désaccord avec l'opinion suivante" etc.). Les gens répondent à des questions qui ne les concernent pas et sur lesquelles ils n'ont aucune opinion arrêtée. Si, par exemple on demande à un échantillon représentatif de la population s'il faut ou non que les hauts fonctionnaires soient formés à l'ENA, la plupart des personnes n'auront jamais réfléchi à la question, mais ils répondent quand même. Ce qui compte, ce n'est pas de savoir, mais de pouvoir montrer qu'on pense quelque chose : bref, de jouer, d'accepter de répondre à l'enquêteur et de désigner une réponse parmi les réponses prévues. La pratique des sondages réside dans le fait que l'on suppose que tout le monde est censé penser quelque chose sur tous les sujets.

Sur tous les sujets possibles, on interroge aujourd'hui tout le monde, et la presse en publie les résultats. Les sondages font ainsi partie du jeu politique et viennent en quelque sorte le parasiter : il faut désormais payer des spécialistes qui sont chargés de faire en sorte que l'on croie que le peuple approuve ou désapprouve les mesures qui sont prises, les actions politiques engagées. On prétend mesurer scientifiquement ce qu'on appelle l'opinion publique. On impose ainsi, au nom de la science, l'idée que le peuple pense et veut toujours quelque chose ; bref, que les sondages d'opinion recueillent la volonté générale. Il s'agit ainsi de donner à penser quelque chose à ceux qui ne pensent peut-être rien. On demande, par exemple "Etes-vous pour ou contre les centrales nucléaires ?", sans se soucier de savoir si la personne à bien réfléchie au problème. Bien sûr on a la possibilité de dire qu'on ne sait pas, mais on préfère entrer dans le jeu et donner un avis. La question elle-même influence déjà la réponse. On n'aime pas trop les centrales, mais si l'on demandait pour ou contre "l'énergie nucléaire", la réponse ne serait pas forcément la même.

Il s’agit ici moins de critiquer une technique, dont la valeur dépend de l’usage qui en est fait, que de mettre en cause le recours systématique au sondage et le statut qui lui est imparti dans les médias. Initialement source d’information, le sondage crée désormais l’événement. Certains résultats sont publiés comme des scoops, pseudo-événements qui déplacent l’intérêt et les enjeux du débat. Désormais, l’homme politique oriente ses choix et infléchit son action selon les courbes de popularité. L’opinion reine est légitimée par le sondage qui se drape dans les plis de la science. La démocratie peut-elle se satisfaire de cette démagogie technocratique ? Sur les méthodes de désinformation et de propagande des médias, Rémy Rieffel, sociologue et professeur à Paris II, remarque : "La sélection des infos à laquelle ils procèdent, attire l’attention du public sur certains thèmes plutôt que d’autres. Leur influence ne consiste donc pas à dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais ce à quoi ils doivent penser …" . Les instituts de sondages agissent de la même sorte : un sondage, à fortiori non représentatif, est biaisé d’avance. Les sujets choisis, les tournures de questions, les réponses à choix multiple proposées influencent considérablement les résultats.

Sources : http://www.gralon.net/articles/commerce-et-societe/services/article-sondage-293.htm

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/16/loi-sur-les-sondages-la-balle-est-dans-le-camp-des-deputes_1481106_823448.html


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14 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 18 juin 2011 10:38

    C’est DSK se mirant dans la glace de la chambre du Sofitel.

    A propos des sondages, la proposition de loi visant à les réglementer a été revue à la baisse. Elle ne concernera que les sondages électoraux. De plus, le projet n’est pas inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée. Reporté aux Calendes grecques ?


    • Alicia fFrance aliciabx 18 juin 2011 14:22

      Vous noterez que des images de femmes fortes se voyant minces existent peu. Etonnant... smiley
      Pour ce qui est des sondages, ils influencent l’opinion par la manière de poser les questions ou en omettant des éléments.
      Malheureusement, ils sont sources d’emplois.
      Au fait, à quand la réforme ?


    • Fergus Fergus 18 juin 2011 11:46

      Bonjour, Kookaburra.

      Vous avez évidemment raison dans le constat que vous faites d’une utilisation trop fréquente et, volontairement ou pas, manipulatrice des sondages.

      Je crains toutefois que la lutte contre cette dérive sondagière ne soit une cause difficile à faire triompher tant notre vie est rythmée, au civil comme au politique, par le marketing, les typologies, les modèles. Nous sommes tous enfermés dans des boîtes, et censés penser (ou consommer) de manière identique dès lors que nous appartenons au même ensemble.

      Tout cela est ridicule, mais cela rassure les décideurs, qu’ils soient chefs de partis ou industriels, et surtout cela valide ou invalide les choix stratégiques qui s’offrent à eux. Avec, à la clé, le risque de monumentales gamelles en cas d’erreurs de campagne liées à des sondages mal menés ou mal analysés.

      L’intelligence marketing a pris le pas sur l’intelligence tout court, et cela, c’est une calamité ! A nous, tant individuellement que collectivement, de nous rebeller contre ces dérives. Après tout, personne n’est obligé de répondre à un sondage...

      Cordialement.


      • Kookaburra Kookaburra 18 juin 2011 12:13

        Bonjour Fergus,

        Vous avez malheureusement raison, et notre seule défense est de regarder les sondages avec scepticisme et méfiance - attitude que j’essaie de communiquer dans mon texte.


      • mathe-rob 18 juin 2011 15:03

        Je suis parfaitement d’accord avec cet article !!!

        C’est pourquoi 9 fois sur 10 je ne me reconnais pas dans les sondages et souvent je me demande à qui les questions sont posées !!!!

        Et je ne suis pas la seule, j’ai pas mal d’amis qui se demandent la même chose.......



        • Radix Radix 19 juin 2011 12:00

          Bonjour

          J’ajouterais que les sondages sont une caricature de l’opinion de par leur forme souvent binaire : oui/non.

          Par exemple celui qui se trouve à droite en page d’accueil : "Luc Ferry a-t-il bien fait de dénoncer un ministre pédophile ? OUI/NON !

          Ben oui si l’accusation est fondée, non si elle ne l’est pas. la réponse binaire est stupide !

          Radix


          • Francis, agnotologue JL 19 juin 2011 12:09

            Radix,

            si je suis d’accord sur le fond, je trouve que l’exemple est tiré par les cheveux, irréaliste : la question posée ainsi sous-entend implicitement qu’il est avéré que le ministre (lequel ?) est pédophile !

            La bonne question est : « Trouvez vous normal de dénoncer les pédophiles ? » Et Ferry, on s’en fout !


          • Radix Radix 19 juin 2011 12:44

            Bonjour JL

            C’est évidemment normal de dénoncer un pédophile puisque la loi nous en fait obligation vu qu’elle sanctionne la non-dénonciation de crime.

            Le problème est de différencier la dénonciation de la calomnie.

            Radix


          • Kookaburra Kookaburra 19 juin 2011 13:23

            Cela nous amène au mot délation, qui est un concept intéressant dans la mesure qu’il est intraduisible en anglais ou en allemand. Le mot anglais denunciation n’a pas le même sens péjoratif. C’est un phénomène culturel : le Français individualiste ne support pas qu’un autre le surveille. Les suisses, par contre, le trouve tout à fait normal et même souhaitable - ce que parfois m’a agacé pendant mes 7 années en Suisse.


          • Radix Radix 19 juin 2011 13:39

            Bonjour Kookabura

            Les français ont des réticences à la dénonciation, non pas par individualisme forcené, mais par le souvenir encore vivace des années d’occupation... Ce que n’ont pas connu les Suisses.

            Si je soupçonne mon voisin d’acte pédophile et en l’absence de preuves (elles sont délicates a obtenir) j’hésiterais à le dénoncer tant la frontière entre le devoir civique et la calomnie pure est fragile.

            Radix


          • Kookaburra Kookaburra 19 juin 2011 16:15

            Vous avez raison, au moins pour la génération qui a vécu la guerre, mais pour les plus jeunes il y a plutôt un aspect culturel je pense. C’est un sujet intéressant pour ceux qui ont vécu à l’étranger et qui ont remarqué cette différence - le civisme, qu’en Suisse on pousse jusqu’à le délation, où chacun surveille l’autre, et l’autre extrême en France où on ne remarque pas le décès de son voisin qu’après une semaine. Si j’ai pesté contre l’ingérence en Suisse, je regrette parfois un manque de civisme en France.


          • Francis, agnotologue JL 19 juin 2011 18:42

            Radix,

            non, le problème, du moins ici, ce sont les sondages.


          • Ruut Ruut 21 juin 2011 18:05

            Notons que les consultations directes sont extrèmement rares en France pays dit démocratique.
            Idem en Belgique.
            La démocratie est inexistante.
            Nous vivons dans une oligarchie voir au pire une dictature parlementaire.
            La Suisse semble etre une véritable démocratie mais n’y vivant pas je ne peut pas le dire.


            • Kookaburra Kookaburra 21 juin 2011 18:15

              Bonjour Ruut,
               Oui, je partage votre avis. J’admire la démocartie directe en Suisse. Et elle marche très bien - les gens ne sont pas aussi bêtes que les adversaires de la démocratie directe pensent.

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